jeudi 18 décembre 2008 / "le Patriote"
Le Congrès du PCF était attendu, avec espoirs ou scepticisme, exigence ou inquiétude, selon l’approche de chacun. Il
est la résultante d’un travail de 18 mois, ouvert dès après l’élection présidentielle de 2007. Il a connu dans les jours qui l’ont immédiatement précédé, un lourd tir de barrage médiatique
promettant « éclatement », « fermeture », « purge », bref une nouvelle étape d’une « descente aux enfers ». A la sortie de ces quatre jours, bon gré mal
gré, les commentateurs ont changé de ton, tant la réalité de ce Congrès était difficile à faire tenir dans cette image préfabriquée. Comme délégué, je donne ici quelques impressions
personnelles.
Un cap d’ambition partagée
Le socle du congrès, c’est l’analyse d’un bouleversement du monde qui a émergé ces vingt dernières années. Dans ses dangers comme dans ses potentialités. C’est aussi la recherche des contenus
et des processus politiques d’aujourd’hui pour construire et garantir des changements profonds, en France, en Europe et partout dans le monde. Résister, forger un projet, rassembler, en tenant
le cap de l’ambition d’un rassemblement, à gauche, populaire et majoritaire. Avec l’urgence d’engager tout de suite les mobilisations pour faire prévaloir d’autres choix face à la « crise
historique du capitalisme ». Urgence sociale et urgence écologique mélée. Ce socle a donné au congrès une dimension de « grand large », tout en étant imprégné du quotidien. Les
rencontres avec les salariés de La Défense, les étudiants des IUT, ou les travailleurs sans papiers d’Ile de France ont participé de ce processus. C’est en résonance avec cette ambition qu’a
été travaillé l’avenir du PCF ; pas dans le nombrilisme d’un « comment survivre ? » ou dans les méandres de la « gauche de la gauche », mais dans l’ambition
d’ouvrir une nouvelle page, à la fois nécessaire et utile, du communisme de France.
Un véritable travail démocratique
Le retravail et les réécritures du texte adopté montrent que de nombreux aspects des échanges que nous avons eus dans les Alpes Maritimes trouvent de réelles concrétisations. Pour ne prendre
que la première partie du texte, sur l’Amérique Latine, la recherche d’un nouvel internationalisme, les responsabilités de la France en Afrique, les enjeux du désarmement : les
modifications du texte sont substantielles. Retravail aussi pour prendre en compte « la crise historique du capitalisme » et ses développement ; ou bien pleinement intégrer et
développer nos choix pour « changer l’Union Européenne en profondeur » et l’émergence d’un « Front progressiste européen ».
Sur la méthode de travail, à noter le fait que la Commission chargée du texte a eu le souci, dès le vendredi, de
mettre à disposition des délégués, une première version réécrite du texte, tenant compte des amendements des conférences locales. Cela a permis un travail collectif de tous les délégués, en
groupe et par thème, dès le vendredi et avant la discussion générale du samedi sur une nouvelle version améliorée. Cela a permis de nouveaux enrichissements et un débat d’amendement sur
quelques points réellement clés. C’est très important pour faire vivre une diversité qui ne soit pas réduite à une collection de « chefs de file » de « sensibilités », mais
qui prenne bien en compte l’apport de tous les délégués.
Des choix clairs
Sur des questions clés, sur lesquelles le PCF avait souvent souffert ces dernières années d’un « manque de lisibilité », des choix clairs sont opérés. La réaffirmation d’une visée
communiste de dépassement de toutes les exploitations et dominations, « en partant des contradictions du réel sans jamais s’en détacher ». La prise en compte de la crise de la gauche,
non pour y creuser des lignes de démarcation, mais au contraire pour faire bouger ces lignes, dans toute la gauche, dans le sens d’un rassemblement populaire majoritaire pour le changement.
L’énoncé d’une initiative stratégique au long cours, en même temps que de portée immédiate, pour la construction d’un « Front progressiste et citoyen ». Cette proposition permet de
prendre à bras le corps cette difficulté récurrente de ces trente dernières années du « manque d’appropriation populaire des contenus et des processus politiques ». débat clair aussi
sur le choix d’une « transformation profonde » du PCF, et non celui du seul « renforcement » de l’existant, ou bien des différentes versions du choix de créer une
« autre » ou « nouvelle force » politique.
Front progressiste et citoyen
Pour définir et rendre crédible un projet politique de changement, il unit construction des « contenus » de propositions et rassemblement, moyen politique, pour les porter. Il s’agit
de partir des problèmes posés par la vie elle-même, (par exemple la crise financière), d’élaborer des contenus (exemple, un pôle public du crédit), et de favoriser toutes les formes de
rassemblements pouvant porter ces contenus (contre la privatisation de La Poste, ou pour de réelles réorientation des politiques des banques). Avec, à chaque fois, l’apport propre de ce que le
PCF a à proposer et des cadres d’actions, de confrontations, et de travail entre partis de gauche, forces sociales, militants, citoyens,…L’objectif étant de permettre la convergence de ces
fronts, par une politisation, au sens fort du terme, de leurs enjeux, au travers du dénominateur commun de se libérer d’une dictature financière sur toute la vie humaine. Les champs de
rassemblement sont donc immenses. Ils prendront forcement des formes différentes selon les enjeux concrets et les contenus. L’un est en élaboration en vue des prochaines échéances européennes
de 2009. Partant à chaque fois d’axes de contenus, et des construction populaires de ces axes, cette proposition stratégique de « Front progressiste et citoyen » s’émancipe de ce qui
a échoué depuis 30 ans. Elle prend en compte une expérimentation comme celle de la campagne référendaire de 2005, sans s’y limiter.
Une transformation profonde du PCF
A l’évidence, et des prises de positions publiques de Robert Hue, Jean Claude Gayssot, ou Pierre Zarka l’avaient montré, certains auraient préféré tourner la page du PCF, et créer une
« nouvelle force », sans être d’ailleurs d’accord entre eux sur ce qu’il faut créer. D’autres auraient voulu que le Congrès ne décide rien d’autre que de poursuivre des débats sur des
confrontations d’hypothèses. D’autres enfin, inquiets de toutes ces prises de positions, défendaient une option tournant principalement autour du « renforcement du PCF ». Le débat, en
préparation du Congrès, comme dans le Congrès lui-même, a eu lieu. Il en ressort un choix très largement partagé (le texte a finalement été adopté par 71% des votes exprimés), d’engager dans le
concret de « profondes transformations du PCF ». Elles sont esquissées dans le texte adopté et doivent être l’œuvre de toutes celles et ceux qui font ou ont vocation à faire le parti
communiste du 21ème siècle. Ce qui est plus exigeant d’efforts sur soi, et d’apports pour le rassemblement, que de simplement fusionner avec d’autres forces.
Sur la direction aussi
Au final donc, des choix clairs, durables, stratégiques, et ouverts sur un champ d’expérimentations, d’approfondissements et de mise en œuvre très vaste à développer. C’est d’ailleurs cette
pratique, au sens marxiste du terme, qui permettra au débat lui-même de se poursuivre et de se nourrir, sur toutes les questions, à partir des points de vue de chacun et de ce qui se fera
ensemble.
L’intérêt du texte adopté est qu’il sort des ambiguïtés des textes des congrès précédents, qui avaient donné lieu à des lectures presque opposées à peine leur encre sèche. De même le débat sur l’élection de la direction a permis de vraies avancées.
D’abord entendre le mécontentement des communistes sur les dysfonctionnements et la cacophonie de la direction précédente. Entendre aussi l’exigence que, dans une tension vivante entre « diversité et unité », cette tension vivante serve l’efficacité commune. Enfin, il faut apprécier une vraie novation, une commission des candidatures avait pu travailler dès septembre sur une transparence et des critères pour concevoir la future direction, et dès avant le Congrès, comme pendant le congrès, cette commission a permis une réelle co-élaboration des choix avec les fédérations puis délégations départementales.
Travaillant sur des critères où la diversité était prise en compte, sans tomber dans le travers de « quotas » pour telle ou telle sensibilité, la proposition initiale de la commission intégrait d’ailleurs des candidatures de camarades, qui feront finalement le choix de figurer sur des listes alternatives.
Robert Injey aborde par ailleurs cette question de l’unité, de la diversité et de l’efficacité. Une opinion
personnelle : Je sais que par tradition les communistes préfèrent qu’on aboutisse à une seule liste où tout le monde se retrouve. Dans le cas de ce congrès ci, après tout ce que nous avons
vécu, je trouve indispensable pour ma part que le texte ait construit des choix clairs, et très bien qu’il y ait eu, sans déchirements, quatre listes de candidatures. Dans les circonstances
d’aujourd’hui c’est plus clair, et les résultats lèvent bien des hypothèques et des paralysies, sans rien empêcher pour travailler ensemble demain à ce qui a été
décidé.
Jean Paul Duparc
http://www.le-patriote.info/spip.php?article2093
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