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Politique - Article paru le 8 décembre 2008 dans l'Humanité


À Dieppe, les communistes planchent sur l’issue à la crise !



Le congrès fédéral de Seine-Maritime a consacré ses débats à l’élaboration de solutions anticapitalistes concrètes, en partant de l’exemple de Renault.


Dieppe (Seine-Maritime),
envoyé spécial.


« Emploi, salaires, services publics, pouvoirs nouveaux… Ce n’est peut-être ni dans cet ordre, ni dans ces termes exacts que notre texte de base commune énonce les axes porteurs de transformation, les axes de luttes et de combats. Mais c’est ainsi qu’ils surviennent aujourd’hui, dans la vie, à partir de la crise du capitalisme. » En ouvrant, à Dieppe, la conférence fédérale des communistes de Seine-Maritime, préparatoire au 34e Congrès du PCF convoqué à partir de jeudi à la Défense, Céline Brulin a résumé l’état d’esprit des militants qui ont planché ce week-end dans une quarantaine de conférences fédérales, un peu partout en France. Pour la secrétaire départementale, réélue dimanche par les 150 délégués, « une urgence s’impose aux yeux des communistes : agir pour des solutions immédiates et des mesures structurelles pour sortir durablement de la crise ». D’où la décision des Seinomarins d’ajouter dans la base commune un « plan anticrise » passant notamment par une autre mobilisation du crédit et des fonds publics pour les entreprises, notamment dans l’automobile. Un secteur en crise qui emploie 50 000 salariés en Haute-Normandie.

Le sujet a en effet monopolisé le débat général, samedi matin, lancé par Claude Bernard, syndicaliste à Sandouville. Ici, personne ne croit au plan Sarkozy. « Les mille euros de prime à la casse vont subventionner à 75 % l’achat de véhicules produits à l’étranger », remarquent certains. Quant au crédit impôt recherche ou la baisse des taux de la BCE, ils ne sont assortis d’aucune condition.

Pour les délégués, la question n’est pas théorique, elle est pratique. Comment infléchir la stratégie de Renault, entreprise bénéficiaire qui met ses personnels au chômage partiel et menace de fermer le site de Sandouville, tout en exigeant de nouvelles aides publiques ? « Il est proprement scandaleux qu’une entreprise qui fait des bénéfices demande des aides aux collectivités », lance un délégué de Renault Cléon, qui réclame une « position claire du PCF sur ces subventions ». Si tout le monde est à peu près d’accord sur cette pétition de principe, « est-ce qu’on se contente de dire non ? », s’interroge Sylvian Chicotte. Pour lui, toute la question est d’inventer « des solutions en faveur du développement local et de l’investissement. Utiliser le levier du crédit en différenciant les taux permettrait d’abaisser les charges financières des entreprises qui investissent dans l’emploi, au lieu d’abaisser les cotisations et donc les salaires ».

« Nous ne sommes pas opposés à toute aide », rappelle de son côté Jean-Louis Jegaden, élu au conseil général, où une commission de contrôle des fonds publics a été créée, sous l’impulsion des communistes. « La question est de savoir à quelles conditions. Si nous exigeons d’une PME qu’elle ne redistribue pas ses bénéfices aux actionnaires, pourquoi ne l’exigerait-on pas de Renault ? » L’argument ne convainc pas un délégué de Sandouville, qui juge ces garanties très « aléatoires ». « Une entreprise peut les respecter pendant des années, et puis les remettre en cause le mois brutalement, en fonction des aléas ». « Où sont les emplois pour les millions d’euros que Renault a reçus il y a quatre ans ? », renchérit un délégué d’Elbeuf. « Le contrôle des fonds publics, je n’y crois pas pour les grosses entreprises comme Renault. Et quand elles font des milliards de bénéfices, pourquoi poser la question ? »

« Nous sommes tous d’accord pour dénoncer la logique des grands groupes. Le problème est ailleurs, réagit le député Daniel Paul. Il faut sortir du système des aides directes, car ce n’est pas aux collectivités de financer les investissements des entreprises. Sinon, on rentre dans une logique de surenchère, où les entreprises mettent les États et les collectivités en concurrence pour savoir qui mettra le plus d’argent sur la table. En même temps, on ne propose pas de laisser les entreprises sur la touche. D’où notre proposition d’un pôle public du crédit pour permettre aux entreprises de financer leur développement industriel. » Mais un délégué craint que la logique de Renault soit, à court terme, la plus forte. Et de mettre en garde : « J’ai vu comment ça se passe dans d’autres pays, ils sont prêts à mettre beaucoup de fric. Moi, je suis pour la subvention. Sinon, Renault s’en servira pour supprimer encore plus d’emplois… » Jean-Claude Blondel, de Renault Sandouville, met finalement tout le monde d’accord sur un point : « Le tort serait de chercher entre nous une réponse qui n’est pas binaire. L’important est de mettre en débat dans le peuple les aides aux entreprises pour en faire un sujet de conflictualité. Seul un rapport de forces favorable permettra que l’argent soit bien utilisé et non dévoyé vers d’autres buts que l’emploi. »


* Marie-George Buffet a estimé, hier, sur Canal Plus, qu’il faut « créer une nouvelle équipe » pour « diversifier » les représentants du PCF. Interrogée sur ceux qui, au sein du PCF, réclament la création d’une « nouvelle force » politique, elle a répondu que cette option n’est pas « le choix majoritaire des communistes ». On ne peut « à la fois créer une autre force et à la fois espérer diriger le PCF », a-t-elle ajouté.


Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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