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Politique - Article paru le 8 décembre 2008 dans l'Humanité

 

Aubry dispute le terrain de la « rénovation » !

Gauche . Surfant sur le thème préféré de Ségolène Royal, la nouvelle première secrétaire et le conseil national ont élu samedi la nouvelle direction du PS dans une atmosphère houleuse.


La réduction de la fracture révélée par l’élection de la première secrétaire du Parti socialiste n’est pas pour demain. Samedi, lors d’un conseil national orageux, dédié à l’élection de la direction qui entourera désormais Martine Aubry, le PS a donné une nouvelle fois le spectacle d’un parti nettement divisé en deux camps.

Rien n’y a fait. Ni les appels à se tourner vers des Français en attente de réponses face à la crise, ni les appels au « rassemblement » de Martine Aubry. Les partisans de Ségolène Royal, absente de cette réunion, ont sévèrement critiqué la composition de la nouvelle direction, dont ils se disent « exclus ». Après avoir annoncé, la veille, leur intention de ne pas prendre part au nouvel exécutif, ils ont accusé Martine Aubry de laisser sur la touche « la moitié » des militants du PS. Parfois dans des termes très durs. « Vous prenez la lourde responsabilité de (nous) écarter », a prévenu l’ex-numéro 2 du parti, François Rebsamen, rallié à Ségolène Royal. « Nous attendions des reconstructeurs une perestroïka, nous avons aujourd’hui une normalisation », a accusé Pascal Terrasse, député de l’Ardèche.


Un vent
de désordre et de confusion


Les royalistes reprochent en fait aux amis de Martine Aubry, de Bertrand Delanoë et de Benoît Hamon de s’être mis d’accord sur un « texte d’orientation » inacceptable, à leurs yeux, sur certains points. Ledit texte tourne en effet le dos à la conception du parti défendue par Ségolène Royal, en maintenant par exemple la cotisation proportionnelle aux revenus. De même, la volonté, inscrite dans ce texte, de « débattre sérieusement la question du mode de désignation (du) candidat à l’élection présidentielle », a hérissé les royalistes, qui y ont vu une mise en question du mode de désignation directe par les militants, alors même que Ségolène Royal plaide pour l’organisation d’une primaire ouverte aux non-adhérents.

Sur la stratégie d’alliances, le souhait des partisans de Ségolène Royal d’ouvrir les bras à « tous les démocrates » s’est de nouveau heurté à une fin de non-recevoir de la nouvelle majorité, attachée à une démarche de « rassemblement de la gauche ». Là non plus, les dirigeants socialistes ne se sont pas fait de cadeaux, François Rebsamen rappelant malicieusement à Michel Destot, président du conseil national, l’accord qu’il a conclu avec le Modem aux municipales à Grenoble.

Sur le fond, des débats qui avaient traversé le PS pendant la campagne présidentielle ont affleuré de nouveau, les amis de l’ex-candidate critiquant par exemple la proposition de rehausser le SMIC, inapte selon eux à tirer vers le haut toute l’échelle des salaires.

Visiblement excédés, les ténors de la nouvelle majorité se sont succédé pour exhorter leur camarade à tourner la page du congrès. « Vous voulez jouer les prolongations, nous n’en avons pas envie », a lancé Benoît Hamon. « Le congrès est fini », a également martelé Bertrand Delanoë, en assurant la nouvelle première secrétaire de son « état d’esprit constructif et loyal ».

Peine perdue. Prenant prétexte d’un vote bloqué sur leurs amendements, les partisans de Ségolène Royal ont fait souffler sur la réunion un vent de désordre et de confusion digne d’une assemblée générale d’étudiants. La tension a atteint son comble lors d’une suspension de séance durant laquelle Vincent Peillon a accusé la nouvelle direction de vouloir « mettre Ségolène Royal dehors ». Une mise en scène destinée à « créer une ambiance », selon François Lamy, bras droit de Martine Aubry.

Un calme tout relatif est revenu lorsque la première secrétaire est intervenue. Dans un long discours, elle a assuré vouloir se consacrer à « la renaissance » de son parti. Sans lui opposer la cohérence d’un projet alternatif qui fait toujours cruellement défaut au PS, Martine Aubry s’en est longuement pris à Nicolas Sarkozy. La seule promesse qu’il ait tenue, a-t-elle dénoncé, est celle de la « rupture » avec « les fondements de la République », avec le « compromis social issu du Conseil national de la Résistance » et avec les « libertés publiques ». Elle a aussi sévèrement critiqué le « plan de relance » présidentiel et demandé l’annulation du paquet fiscal pour financer « une relance de la politique du logement, de l’aide aux collectivités et du pouvoir d’achat ».

Alors que se profilent des élections européennes difficiles pour le PS, elle a insisté, enfin, sur la volonté de son parti de « réorienter la construction européenne ». Tout en faisant l’éloge du manifeste adopté la semaine dernière à Madrid par un Parti socialiste européen (PSE) favorable à l’entrée en vigueur « rapide » d’un traité de Lisbonne qui laisse intacte l’architecture libérale de l’actuelle construction européenne (voir notre édition du 5 décembre).


Pas de royaliste dans le nouvel organigramme


Martine Aubry a détaillé, pour conclure, la feuille de route qu’elle se donne pour bâtir d’ici à 2012 « un PS - rénové, un grand parti populaire, ouvert, démo- cratique… ». Un travail qui incombera à une équipe resserrée et rajeunie, comme pour disputer à Ségolène Royal le terrain du « renouvellement ». Aux postes clés, celui de porte-parole échoit à Benoît Hamon, la « rénovation » à Arnaud Montebourg, la « coordination » à Harlem Désir, la « communication » à François Lamy et les « relations extérieures » au fabiusien Claude Bartolone.

Si les amis de Ségolène Royal ne figurent pas dans le nouvel organigramme, c’est en raison du refus opposé par Ségolène Royal au nom de sa « cohérence politique », s’est-elle justifiée. On voit mal, dans ces conditions, la présidente de Poitou-Charentes franchir le seuil de la porte que Martine Aubry assure vouloir laisser « ouverte ».


Rosa Moussaoui

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Tag(s) : #Politique
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