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Vouloir un monde nouveau, le construire au quotidien, contribution MG Buffet (2ème partie)

Quels moyens politiques pour réaliser ces objectifs ? Quels types de rassemblements populaires, quelles alliances entre forces politiques pour aller en ce sens ?

Pour chacune et chacun de nous, aborder cette question est devenu une épreuve. Car elle renvoie à des échecs successifs. Échecs du programme commun, du gouvernement d’union de la gauche de 1981-1984, de celui de la gauche plurielle ; échec du « rassemblement antilibéral » ; échec de la gauche à la présidentielle, de niveau historique pour notre parti.

Il nous faut tirer lucidement les leçons de ces expériences. Nous y avons déjà beaucoup réfléchi lors de nos précédents congrès et depuis l’élection du printemps 2007. Qui défendrait aujourd’hui l’idée que tout ce que nous avons fait, nous avons eu raison de le faire et nous l’avons bien fait ? La critique sérieuse, rigoureuse, sévère s’il le faut est indispensable pour avancer ; c’est mon état d’esprit et je prends ma part de responsabilité. Mais je combattrais l’idée sommaire que l’échec de ces tentatives successives signifierait automatiquement que les motivations sur lesquelles elles se fondaient doivent être rejetées.

Quels sont en effet ce qu’on pourrait appeler les acquis politiques du Parti communiste français en la matière, sur lesquels, à mon avis, rien ne saurait nous faire revenir ?

Quelle conscience de classe aujourd’hui pour quel changement politique ?

Le premier est celui qui nous constitue depuis l’origine – et je ne parle pas même de 1920, mais du principe fondateur des premières Internationales ouvrières, de l’appel par lequel Marx conclut le Manifeste du Parti communiste en 1848 : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Nous savons de quel côté nous sommes, en faveur des besoins de qui et contre les intérêts de qui nous agissons. Nous combattons toute forme d’exploitation, d’oppression, de domination et notre objectif, que nous poursuivons inlassablement, est de rassembler toutes celles et tous ceux qui en sont victimes, dans la lutte, pour s’en libérer.

Les conditions de cette lutte se sont considérablement modifiées. Le renouvellement du monde du travail avec le doublement du nombre des femmes salariées depuis les années soixante et le développement du secteur des services, les nouveaux modes d’organisation du travail rendus possibles par les nouvelles technologies de l’information, l’explosion de la précarité, de la parcellisation, des emplois à temps partiels ont brouillé les repères anciens. On ne retrouvera pas la « conscience de classe » telle qu’elle s’exprimait sous la forme de la culture ouvrière d’antan.

Mais ce qui est bien présent dans la réalité, par contre, c’est la domination du capitalisme mondialisé. Ce système ne vient pas de nulle part. Il est celui d’une classe sociale, celle des grands capitalistes, de ces milliardaires qui prospèrent par la financiarisation, une classe qui a conscience d’elle-même, au profit de qui ce système est conçu et qui exerce son pouvoir sur l’immense majorité par des choix politiques. Il nous faut sans aucun doute travailler à donner à la notion de lutte des classes son contenu contemporain. En nous aidant du repère qui a constamment été celui du PCF depuis les années trente du siècle dernier : non pas l’isolement et la défaite assurée des plus exploités au nom d’une lutte « classe contre classe », mais le déploiement de tous les efforts possibles afin que toutes les forces sociales qui se heurtent au capitalisme fassent front, pour aujourd’hui et pour demain. Il nous faut contribuer à construire l’unité politique de celles et ceux qui, non pas malgré mais à partir de leurs différences de situation – ouvriers, employés, femmes et hommes salariés de toutes catégories, précaires, intellectuels, travailleurs sans papiers, sans-emploi, paysans, étudiants, retraités –, ont pour intérêt commun de s’émanciper des dominations qui les frappent toutes et tous. C’est un défi difficile à relever car tout est mis en œuvre par la droite et le patronat pour diviser voir opposer les salariés, les individus. Mettre en chantier l’élaboration d’un projet politique permettant à chaque composante sociale de trouver des réponses d’avenir pour elles- mêmes, tout en répondant aux enjeux de société, est un moyen de contribuer à cette unité politique.

Et je tiens à insister sur le fait que notre démarche doit considérer le combat féministe comme allant de pair avec celui contre le capitalisme. L’un ne se réduit pas à l’autre. Nous voulons les mener de front, avec leurs objectifs propres, parce que nous voulons libérer les femmes et les hommes des rapports de domination en tant que tels et permettre à la société de franchir une nouvelle avancée de civilisation.

Quel rassemblement politique pour réussir le changement ?

Un autre acquis essentiel pour notre parti, depuis également les années trente et la très grande innovation politique que fut le Front populaire, est l’objectif de rassemblements politiques à vocation majoritaire permettant de disputer démocratiquement le pouvoir aux forces qui soutiennent le capital. Cette expérience a fortement inspiré, au début des années soixante, notre proposition d’unir les partis de gauche autour d’un programme commun de gouvernement. L’incapacité dans laquelle nous nous sommes trouvés en 1977 de garantir le contenu de ce programme puis le « tournant de la rigueur » en 1983 suivi du retour de la droite trois ans après nous a conduits à remettre en cause l’idée d’accords exclusivement de sommet entre les forces de gauche et à travailler à impliquer les citoyens. L’idée de « primauté au mouvement populaire » s’est imposée à nous comme une condition nécessaire.

Enfin, nos expériences de rassemblement, notamment les plus récentes, nous ont rappelé le caractère indispensable, à tout moment, de l’absolue autonomie de parole, de décision et d’action de notre parti. Nous ne nous concevons plus comme les généraux d’une union dont l’autorité serait portée par le sens de l’histoire, mais nous n’acceptons pas non plus de nous concevoir comme les petits soldats d’une union dirigée tout aussi naturellement par d’autres puisqu’ils ne sont pas communistes. Nous voulons jouer pleinement le rôle qui est celui de tout parti politique qui tient à la représentation de ses idées dans la société.

Je crois que nous n’avons pas à revenir sur ces idées qui, pour notre parti, ne sont pas « tactiques » mais de principe : battre la droite et gagner une alternative de changement implique nécessairement un rassemblement de la majorité de notre peuple se traduisant par l’élection d’une majorité de gauche. Et vu la pénétration des idées de renoncement dans l’opinion, un tel rassemblement n’est imaginable que par l’intervention populaire dans les luttes, les confrontations d’idées, les votes. Et celle-ci a besoin de l’action autonome et unitaire de notre parti.

Tout cela rappelé et posé, comment comprendre que nous ayons échoué ? Et, surtout, quelles leçons en tirer pour tenter de sortir de la grande difficulté dans laquelle nous demeurons ?

Je ne veux pas procéder ici à un rappel détaillé de ce que nous avons fait ces dernières années. De notre participation au gouvernement de la gauche plurielle dont la politique n’a pas répondu aux attentes populaires et que notre électorat a ressentie comme un abandon de notre part. De notre appel à « révolutionner » la gauche qui n’a pas été suivi d’effets. Du « rassemblement antilibéral » qui n’a jamais pu rassembler qu’une fraction des forces de gauche et d’extrême gauche qui s’étaient mobilisés ensemble pour le non en 2005 et qui a finalement buté sur les différences profondes de conceptions que lui donnaient notre parti et ses autres composantes.

Au fond, au travers de toutes ces expériences, malgré nos efforts (et, je le répète, je ne prétends pas que tous aient été exemplaires ; la critique de ce qui doit l’être est nécessaire), notre parti n’a pas été perçu comme moteur, ni même porteur d’une alternative politique crédible. Les électrices et électeurs communistes ont ainsi opté de plus en plus pour un vote « utile » destiné avant tout à battre la droite, ou pour l’abstention, ou pour un vote de déception et de colère. Notre influence électorale n’a ainsi pas cessé de baisser pour atteindre, lors de la dernière élection présidentielle, un niveau catastrophiquement bas.

À l’inverse, lors du référendum de 2005, nous avons su proposer aux salariés, aux jeunes, aux électrices et électeurs de gauche un objectif précis et atteignable qui les a rassemblés majoritairement. Et, lors des municipales et cantonales de 2008, nos candidates et candidats, par leur bilan et leurs projets, ont représenté un choix crédible, efficace pour un grand nombre d’électrices et d’électeurs.

C’est bien à cette question de la crédibilité, de l’utile, du réalisable que nous nous heurtons lorsqu’il s’agit de décider des grandes orientations du pays. Au sentiment de plus en plus ressenti que ce ne serait pas du côté du Parti communiste qu’il faut chercher la possibilité d’une alternative politique porteuse de changements réels – car cette perspective serait elle-même chimérique.

Comment rouvrir une perspective de changement ?

C’est pour nous, bien évidemment, un obstacle considérable. Mais il n’y a pas que nous qui le rencontrons. Toute la gauche, tout le peuple de gauche s’y heurtent. Il y a aujourd’hui une véritable crise d’alternative à gauche. 2007 aura été son troisième échec successif à l’élection présidentielle. Les élections locales ont été favorables à la gauche. Mais personne ne peut penser qu’elle serait aujourd’hui en état de diriger la France.

Pour rompre avec la spirale de l’échec, il lui faut tourner la page. Mais pour faire quoi ?

S’aligner sur le choix que tant de partis socialistes et Verts européens ont déjà fait : être candidat à aménager le capitalisme mondialisé en appliquant ses normes, ce qu’on appelle le social-libéralisme ? En France, cela signifie utiliser toutes les ressources institutionnelles qui poussent au bipartisme et renoncer à mener une politique de gauche afin de « s’élargir » à la droite centriste. C’est une option qui existe, comme on le sait. Prévaudra-t-elle dans les mois, les années qui viennent ? L’extrême gauche fait comme si elle était déjà irrémédiable : c’est son principal argument pour expliquer que plus rien n’est possible ni avec le PS ni avec le PCF. Lequel (faut-il le préciser ?) ne saurait aller dans une voie du renoncement au changement que ce soit par la participation à un gouvernement porteur d’une politique de renoncement ou par une attitude de repli contestataire !

Le choix social-libéral est une impasse pour la gauche. Il la divise. Il rend hautement improbable sa victoire sur une droite mobilisée et rassemblée. Il la condamne aux yeux de notre peuple en lui bouchant toute possibilité de changement possible.

Quelle autre issue à cette crise d’alternative à gauche ? Il ne dépend pas seulement de notre parti de l’ouvrir, mais notre responsabilité est engagée pour y contribuer. C’est notre devoir de dire clairement dans quelle perspective politique nous nous inscrivons et de proposer des initiatives qui permettent de construire des dynamiques politiques en ce sens.

L’atonie et la passivité de la gauche, le sectarisme de l’extrême gauche face à l’offensive antisociale et antidémocratique inouïe de Nicolas Sarkozy constituent un handicap considérable pour le mouvement populaire. Je pense, malgré les difficultés notoires qu’on découvre dossier après dossier, que nous devons continuer à tout faire pour que, en riposte à chaque attaque du pouvoir, les formations de gauche, sur le terrain et au Parlement, puissent faire front ensemble.

Et je pense que nous devons dire clairement que notre objectif est une présidence de la République, une majorité, un gouvernement qui impulsent une politique de gauche porteuse des grandes réformes transformatrices correspondant à notre temps.

Le débat d’idées à gauche est au point mort. Même parvenir à se réunir autour d’une table entre responsables nationaux est devenu une course d’obstacles ! Or, la discussion publique du contenu des analyses et des objectifs des uns et des autres pour constater les points communs et les différences, la confrontation entre les conceptions d’aménagement et celles de transformation du capitalisme mondialisé sont des conditions impératives pour avancer et pour que le peuple s’empare des termes de ce débat.

C’est de son intervention que tout dépend et dépendra. C’est pourquoi, je l’ai indiqué, j’ai proposé que se tiennent de telles initiatives publiques entre les formations de gauche sur des thèmes précis. Surtout, je pense que l’élaboration du projet politique d’avenir que nous voulons promouvoir, pour tous ses objectifs ou seulement pour certains d’entre eux, doit combiner le travail créateur de notre parti et l’apport de tous les intéressés.

Il s’agit donc d’ouvrir partout où c’est possible, dans les quartiers et sur les lieux de travail, à partir des luttes ou des exigences populaires, des espaces où les citoyens, les salariés, avec toutes les forces politiques et sociales qui le souhaitent, avec des intellectuels, des créateurs, puissent se rencontrer, débattre, se confronter et construire ensemble les fronts les plus larges possibles visant des objectifs politiques précis. Travailler à tisser ces mobilisations jusqu’à leur donner la capacité de faire naître une véritable dynamique politique nationale porteuse d’un nouveau projet politique de transformation ; ce qui implique des étapes, des rendez-vous pour ce travail, qui devront être définis.

Des camarades appellent à prendre une initiative à gauche, je viens d’en proposer deux à l’instant, elles demandent temps et détermination, mais il n’y a pour moi pas de raccourci possible !

Nous devons prendre des initiatives à l’échelle de l’Union européenne. Je l’ai indiqué, la question posée par le rejet du traité de Lisbonne est celle de l’élaboration d’un nouveau traité par et pour les peuples européens. Les élections européennes de l’an prochain, en juin 2009, devraient être l’occasion de lui donner sa pleine ampleur. Un travail est engagé par le Parti de la gauche européenne, dont nous sommes un des membres fondateurs, pour mener une campagne sur des objectifs communs de transformations de l’Union européenne, ce qui ne corsèterait évidemment pas le programme et les listes que chaque parti présentera dans son propre pays. Nous devrons, compte tenu du calendrier, discuter collectivement de cette échéance dès la rentrée.

Je souhaite faire part dès maintenant de mon avis. Nous avons besoin d’une campagne véritablement européenne tant dans son contenu que dans la composition des listes ; aussi, ne devrions-nous pas donner visibilité à celles-ci en les construisant comme une liste nationale avec des acteurs et actrices des mouvements sociaux et démocratiques en France et en Europe ? Et faire cela en coopération avec des partis progressistes de toute l’Europe, du PGE et du groupe de la GUE-NGL au Parlement européen ? Et ces propositions, pourquoi ne pas les présenter publiquement et inviter tous ceux et celles qui les partagent à venir les construire avec nous ?

Les transformations du Parti communiste

Enfin, se pose naturellement la question du parti porteur de ce projet, des pratiques et des initiatives politiques que celui-ci implique et impliquera.

Alors , ce parti est ce le PCF rénové, suffit-il d’améliorer ce que nous faisons, de militer davantage ? Faut il inventer un nouveau parti ? Et avec qui ? Et faudrait-il dépasser le PCF pour construire du neuf ?

Ce débat n’est pas qu’interne. A gauche certains proposent un parti à la gauche de la gauche, d’autres préconisent : « un grand parti de toute la gauche ». Comme beaucoup de communistes, j’ai étudié ces propositions et j’ai eu le sentiment soit qu’elles relevaient de constructions très aléatoires dans l’état actuel de la gauche soit de projets bien différents de ce que je crois être les objectifs politiques des communistes.

Pour ma part, je pense qu’il faut s’appuyer sur les potentiels que porte le PCF, notre collectif humain, notre histoire comme nos innovations, nos erreurs comme nos apports à notre peuple pour lever tout ce qui nous entrave dans notre culture, nos pratiques, notre fonctionnement et élargir le champ de notre intervention, notre enracinement dans toutes les révoltes et exigences, notre capacité à produire des idées neuves. Le PCF doit se transformer pour cela.

La discussion qui s’engage va permettre à toutes les opinions de se confronter jusqu’au bout et je suis persuadée que les camarades auront à cœur de les préciser. Et de me contredire.

Je crois que tout le panorama de la situation politique à gauche appelle à redynamiser l’atout que représente le Parti communiste français. Mais cette conviction n’a de sens que si nous donnons les moyens à notre parti d’être ou de redevenir un grand parti de gauche, un grand parti populaire qui compte en France et joue son rôle en Europe et dans le monde.

Je pense que le projet de base commune devrait s’engager, sur ce point comme sur les autres, et proposer un choix clair et cohérent à la discussion du Congrès.

Y a-t-il un parti politique, actuel ou virtuel, qui puisse porter le projet de changement correspondant à notre époque ? J’ai la conviction, en examinant ce qu’est, en France, en 2008, le potentiel militant de désintéressement, de combativité, d’intelligence qui est celui du Parti communiste, son ancrage populaire, ses liens noués dans les luttes et la solidarité, sa place dans la gauche et la vie politique nationale, l’efficacité reconnue de ses élus confirmée lors des élections du printemps dernier, que notre parti peut devenir le parti de cette ambition. J’écris intentionnellement : il peut le devenir.

Je me suis expliquée lors de la rencontre nationale de Tours sur la nature de changements de notre organisation et de notre vie qui devraient en découler. On peut s’y référer. Cela m’évite de m’en expliquer longuement.

Je les résumerais en trois mots : démocratie, efficacité, ouverture.

Démocratie

C’est le maître mot de notre politique. Nous voulons sans attendre, je l’ai indiqué, procéder à une innovation politique fondamentale : ouvrir aux citoyens des espaces nouveaux d’information, de confrontation, de construction d’objectifs politiques précis, de l’entreprise et du quartier jusqu’aux niveaux national, européen et mondial. Et ainsi leur donner la capacité d’être en pleine maîtrise de tous les choix déterminant leur vie. Comment pourrions-nous être ces militantes et militants d’une démocratie créative inédite sans être nous-mêmes les membres d’un parti reposant sur la créativité et la prise en compte réelle de l’opinion de chacune et de chacun de ses adhérents ? Il suffit d’énoncer cette nécessité pour mesurer le chemin à faire.

Il y a à ce sujet une insatisfaction massive au sein de notre parti. Elle est légitime. Et la réponse ne tient pas d’abord, à mon avis, à une question de structures. Ces dernières années, nous avons procédé à plusieurs réformes de nos statuts, avec à chaque fois pour but l’accroissement de la souveraineté des adhérents. Reconnaissons-le : ces innovations ont plutôt tendu à compliquer qu’à résoudre le problème. Plusieurs consultations directes ont eu lieu pour prendre telle ou telle décision importante. Elles ont souvent été vécues comme des ratifications jouées d’avance. Et le problème posé demeure. Quelle déperdition entre l’extraordinaire richesse de ces dizaines de milliers d’intelligences qui constituent le collectif communiste et leur apport réel à la réflexion et aux décisions de notre parti ! Quelle déperdition entre ce potentiel immense et le rayonnement personnel de chaque adhérente et adhérent, leur capacité concrète de faire bien avancer nos idées dans la société ?

Il n’y a pas de démocratie sans organisation de la démocratie, sans travail suivi, sérieux, volontaire pour la faire vivre et en tirer tous les bénéfices. Et sans, je dirais, état d’esprit démocratique. Il est vraiment temps d’imaginer et d’instituer, à tous les niveaux de la vie de notre parti, des dispositions précises, permanentes qui donnent véritablement le moyen à chaque communiste d’être écouté ; de vérifier que son opinion compte réellement, même si elle ne l’emporte pas en définitive ; d’être sollicité pour contribuer, en général ou sur le sujet qui l’intéresse, à l’activité de son parti ; d’être en pleine maîtrise de nos débats, de nos analyses et de ce que porte le PCF. Bref, que partout et à tous les niveaux, notre collectif devienne un meilleur réservoir à idées, un meilleur démultiplicateur de l’action militante.

Efficacité

Il y a sur ce point aussi une insatisfaction majeure qui est aussi la mienne. Nous ne pouvons pas continuer avec la situation actuelle où des décisions sont prises majoritairement par nos congrès, par nos directions à chaque niveau, par les votes de désignation de nos candidates et candidats et où ensuite, comme dit la chanson, chacun fait ce qu’il lui plaît… La condition minimale, élémentaire de la confiance que les citoyens peuvent accorder à notre parti est ainsi entamée.

Je ne pense pas du tout qu’il puisse y avoir de solutions autoritaires, disciplinaires à cette situation. Ni non plus qu’elle doive nous conduire à la structuration de notre parti en courants organisés dont les influences respectives détermineraient la « synthèse » définissant la politique du parti et la composition de ses directions, comme cela se pratique ailleurs. Cela, alors que la grande majorité des communistes ne souhaite nullement se ranger derrière la bannière de tel ou tel.

Si la diversité entre nous, que nous avons définie avec raison comme une richesse, se traduit par des luttes internes aux enjeux plus ou moins opaques pour les adhérents et par des coups de canif à l’unité d’action du parti qui est pourtant un impératif non négociable, c’est qu’elle a du mal à irriguer réellement nos débats et nos choix. L’unité politique ne peut procéder que d’un véritable débat de fond, dans la confrontation loyale débouchant sur notre progression commune et des choix clairs. Les dispositions que je viens d’évoquer ne devraient-elles pas avoir aussi pour objectif de repérer les différences d’opinion qui s’expriment au sein du parti et permettre ainsi à nos différentes instances, de l’assemblée de section au Conseil national, d’en débattre « cartes sur tables », de décider en toute connaissance de cause et ainsi de mettre en œuvre ensemble, loyalement ?

J’ajoute que notre souci d’efficacité devrait nous conduire, en ce qui concerne le Conseil national, à un renouvellement et à une diminution de ses membres. C’est aussi, me semble-t-il, une question dont devraient être saisis les communistes. Je l’ai dit à Tours, nous avons besoin, pour notre efficacité et aussi pour notre image, qui n’est pas une question seconde, d’un souffle nouveau.

Ouverture

Pour moi, c’est peut-être la question essentielle. Devenir ce grand parti porteur de ce projet, c’est devenir un bien plus grand parti en nombre de forces militantes, en nombre d’adhérentes et d’adhérents.

Le souhaitons-nous ? Je veux dire : voulons-nous créer réellement les conditions pour que notre parti soit fort de toutes celles et tous ceux qui sont prêts à s’engager pour réussir enfin à changer dans les conditions de notre époque ? Il ne suffira pas d’un appel au bas d’un tract ou d’une campagne de renforcement. Il nous faut décider, ensemble, en en mesurant les conséquences, en donnant à cette décision le sens d’une initiative politique majeure, d’ouvrir le Parti communiste français aux femmes et aux hommes de gauche, aux jeunes, aux salariés dans leur diversité d’aujourd’hui, à toutes celles et tous ceux qui veulent transformer l’ordre actuel et qui n’ont pas la même histoire, les mêmes références, la même culture que nous. Et faire en sorte que ces adhérentes et adhérents, à égalité avec tous les autres, dans le même respect de leur diversité, soient à l’aise pour construire le grand parti porteur d’un nouvel espoir populaire que doit devenir le Parti communiste.

Conclusion

Voilà au travers de cette contribution je veux dire toute mon ambition pour cette espérance révolutionnaire et le combat politique que nous avons à porter. J’espère qu’elle sera un élément parmi d’autres pour l’élaboration d’une base commune construite non comme le texte de la direction mais bien comme le fruit commun des communistes.

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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