mercredi 9 juillet 2008
par Buffet Marie-George
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Répondant à l’appel à contribution du Conseil national, je souhaite donner mon opinion aux adhérentes et adhérents et ainsi contribuer à un débat clair.
D’abord, ne faut-il pas s’interroger sur l’ordre du jour ?
Franchement, au regard de l’état de la gauche française, des forces de progrès européennes, du PCF lui-même, se fixer aujourd’hui pour objectif « la construction d’une alternative en France, en Europe et dans le monde », n’est-ce pas se payer de mots ? Je ne le pense pas. Certes, je n’ignore pas qu’à travers la crise existentielle de notre parti, dont je porte une responsabilité, se joue pour une grande part l’avenir de l’idée et de la possible mise en œuvre d’un projet de changement réel dans notre pays. Nous avons à évaluer tous nos choix passés, examiner leur mise en œuvre, mais les causes de cette crise et les moyens de la surmonter doivent à mon avis être examinés dans une perspective plus vaste.
Celle de notre propre raison d’être dans les conditions concrètes de notre temps.
J’affirme pour ma part que le combat pour l’émancipation humaine est un combat d’actualité, parce que c’est le combat nécessaire de l’époque dans laquelle nous sommes entrés.
Et quand j’évoque un changement d’époque, je ne pense pas à celle de l’avant-1989, avant la chute du mur de Berlin. C’est vrai qu’on n’en finirait pas de faire la liste de ce qui différencie, tellement radicalement, les réalités et les aspirations d’aujourd’hui de celles du soviétisme et de la « coexistence entre deux systèmes sociaux différents ». Libertés, démocratie, droits pour chaque individu, reconnaissance de la domination patriarcale, conception du développement…
Mais presque deux décennies se sont écoulées depuis lors.
C’est, cette période des années 1990 qui est en train de s’achever, et une autre qui s’ouvre : celle de la mondialisation réalisée. Celle-ci est en effet devenue notre quotidien. Elle peut donner espoir ou effrayer, mais elle est et elle sera notre réalité. On ne reviendra pas en arrière. On ne peut plus concevoir d’activité humaine, quelle qu’elle soit, hors de ce processus. Le travail, la culture, les modes de production et de consommation, le comportement de chacune et de chacun à l’égard de l’autre et de la nature sont désormais inscrits dans cette dimension avec la force de l’évidence. Et déjà, de l’habitude.
C’est une chance de progrès immense pour notre civilisation.. La « révolution numérique », qui offre de telles possibilités d’information et d’échanges qu’on a pu parler de l’émergence d’une « société de la connaissance », l’élévation des qualifications et du niveau culturel, l’allongement de la durée de la vie, la réduction des distances construisent des être humains à la fois plus autonomes et plus proches, plus informés et conscients et donc plus responsables à l’égard des autres et de la planète.
Pour la première fois de son histoire, l’humanité a les moyens concrets, à la portée de chaque individu, de prendre conscience de sa communauté de destin
J’ai bien conscience, en écrivant ces lignes, de la distance qui sépare ces potentiels des réalités.
Car le processus de mondialisation a été et demeure piloté par le capitalisme, devenu le système social dominant de par le monde. Le capitalisme s’est engouffré dans les possibilités d’accumulation sans précédent de profits, notamment financiers, que lui ouvrait la mondialisation. Il s’est lui-même mondialisé et financiarisé et a ouvert l’ère de la marchandisation universelle.
On en mesure aujourd’hui les résultats. Ces années 1990-2000 devaient être celles de la « fin de l’histoire ». Elles devaient être celles d’une évolution tranquille, pacifiée, prospère. Mais la « thérapie de choc » appliquée au monde entier, à l’Est, au Sud, au Nord, pour en faire un espace ouvert à la liberté totale de circulation des capitaux, à la mise en concurrence des travailleurs et des peuples et en définitive à la loi barbare du plus riche et du plus fort, la politique de guerre aux peuples menée au nom de la « guerre contre le terrorisme » ont entraîné une spirale de violences, d’injustices, de souffrances insupportables.
Ces années ont aussi été, au final, celles de véritables reculs de civilisation.
Aujourd’hui, dans notre monde, les inégalités sont partout : entre les individus, les classes sociales, les genres, les peuples, les continents.
Constater que jamais les plus riches n’ont été aussi riches à l’heure des émeutes de la faim et des migrations de la misère est devenu une banalité. La logique folle du profit partout, le plus vite possible, dans n’importe quelles conditions et le productivisme irresponsable qui l’accompagne mettent en péril l’avenir même de la planète et des générations futures. Et voilà que ce système lui-même plonge dans la crise avec l’aggravation de la crise financière annonciatrice d’une crise économique globale majeure. Voilà que ce qui en faisait sa force, sa capacité à impulser une croissance mondiale soutenue (à quel prix humain et écologique !) et à permettre à certains de « gagner » (aux dépens de tous ceux qui « perdent ») est en train de se gripper. Voilà que le consensus réalisé sur la « pensée unique » néolibérale se lézarde. De plus en plus d’experts mettent en garde contre une application jusqu’au-boutiste des principes libéraux. On évoque même une nécessaire « moralisation » du capitalisme ou encore de nouveaux processus de régulation faisant appel au « retour de l’État ».
En fait, aujourd’hui, la cause du capitalisme mondialisé et financiarisé est de plus en plus indéfendable au regard des intérêts les plus élémentaires et les plus vitaux de l’humanité. Les tenants de l’ordre actuel du monde et de la société, les avocats de la pseudo-« modernité » néolibérale mènent un combat passéiste.
On ne peut pas continuer dans cette voie. D’autres solutions, d’autres logiques de développement humain, économique, social, écologique sont indispensables.
Voilà pourquoi, je le redis, le combat pour l’émancipation humaine est un combat d’une brûlante actualité. Il y a urgence pour garantir l’avenir de l’humanité et de la planète, de parvenir à dégager des voies, des solutions nouvelles qui permettent aux hommes et aux femmes, aux peuples de s’émanciper en tout domaine des dominations et des logiques du capitalisme.
Ce combat a un nouveau rendez vous avec l’histoire !
Bien sûr, personne ne s’imagine que ce combat a un boulevard ; les tenants de l’ordre actuel ne sont pas à la veille de céder leurs pouvoirs !
Leur puissance, ils le savent, est aujourd’hui sans commune mesure avec celle des forces de résistance et de changement en France, en Europe et de par le monde ! Mais c’est ce combat-là qu’il est vital d’engager pour la planète et ses habitants. C’est dans ce combat-là que nous, communistes français, nous nous situons. Toutes les images du monde nous mobilisent ! A nous de le changer !
Un impératif de résistance.
Comment mener ce combat ?
D’abord en résistant. En contribuant à unir le plus largement contre tout coup porté, sur tous les terrains.
Je sais qu’en écrivant ces lignes, j’encours le reproche d’en rester à un point de vue quasiment conservateur. Se dresser « contre », n’est-ce pas s’entêter à refuser de voir que tout bouge ? Il devient même de bon ton, à gauche, d’expliquer que la place des militantes et militants politiques ne serait pas dans les luttes et les manifestations ou, à l’inverse, que ce serait à eux de redresser les choses puisque les syndicalistes se comporteraient en « traîne-savates ».
Eh bien non : refuser, s’opposer, résister, ce ne sont pas des gros mots. C’est la dignité, la liberté de chaque individu, c’est la solidarité.
Et si il est vrai que le mouvement social et démocratique n’est pas au niveau nécessaire, il n’est pas atone. Faut-il rappeler les mobilisations des cheminots, des fonctionnaires, des enseignants, des lycéens et étudiants, des dockers, des usagers contre les franchises médicales, des professionnels de l’audiovisuel public et de tant d’autres depuis l’élection de Nicolas Sarkozy ? Le pouvoir et le grand patronat leur répondent par une intransigeance absolue, souvent provocatrice. Cette arrogance, ce mépris, ce mur opposé aux exigences populaires sont pour eux une stratégie essentielle. Un véritable bras de fer se mène, dans l’entreprise et la commune jusqu’aux niveaux européen et mondial, entre les individus, les peuples et les tenants de l’ordre capitaliste. Ceux-ci ne s’arrêtent et ne s’arrêteront pas, parce que leur logique même de domination et de profit est celle d’un engrenage sans fin vers davantage de domination et de profit. On le voit bien avec la droite au pouvoir : chaque « réforme » accomplie en annonce aussitôt une autre, qui aurait été inconcevable avant la première ; chaque point marqué n’est à leurs yeux qu’un appui supplémentaire pour en marquer d’autres. Affirmer qu’on ne cédera pas quoi qu’il arrive, qu’aucune autre politique n’est possible, réprimer ceux qui relèvent la tête, défier ouvertement les syndicats et les associations, tenter ainsi de créer un sentiment de renoncement et de défaitisme constituent la condition politique de cette entreprise.
C’est pourquoi il est absolument décisif, oui, absolument décisif pour faire reculer la barrière des possibles de riposter de toutes ses forces, personnellement et collectivement, à cette offensive, de créer des rapports de forces, par les luttes et par les votes, qui permettent d’obtenir des succès. Grands ou partiels : il n’y en a pas de petits, de négligeables. Tous contribuent à relever le défi lancé par la classe dominante. C’est pourquoi les communistes considèrent comme leur devoir de contribuer activement à toutes les ripostes et de prendre eux-mêmes des initiatives : je pense à nos campagnes « La Bourse ou la vie », pour un nouveau traité fondateur de l’Union Européenne après le non irlandais, pour des institutions démocratiques. Et je propose de décider à la rentrée une initiative plus ample pour faire entendre la protestation contre la politique de Sarkozy.
J’ajoute : ce combat quotidien des élus qui s’opposent pied à pied à la politique du pouvoir, du grand patronat, des dirigeants européens, ces luttes de toutes celles et tous ceux qui, ensemble, se battent pour les salaires, l’emploi, les retraites, la Sécu et la santé, les services publics, l’école et l’Université, la recherche, l’éducation sans frontières, les droits des sans-papiers, la culture, la paix, ces combats féministes, ces marches des fiertés, ces manifestations de solidarité avec le peuple palestinien, avec les peuples opprimés – toutes ces ripostes, ces mobilisations contribuent à « la construction de l’alternative ».
Parce que celle-ci ne peut se concevoir qu’à partir d’une intervention populaire, citoyenne, pas avec des femmes et des hommes résignés et revenus de tout.
Ce sont ces hommes et ces femmes qui ne se résignent pas qui nous interrogent, interrogent la gauche, le doute au cœur, « peut-on faire autrement ? ». Ce sont des syndicalistes français ou européens, des militantes et militants qui, face à la mise en œuvre d’un projet global des forces de droite et capitalistes, interpellent les forces de gauche sur leurs réponses et leurs objectifs politiques ?
Et sur ces deux demandes, comment est perçu le PCF ?
Coincé dans le « ni ni » ? ou vécu en « Monsieur Plus » ? Cette réponse est caricaturale et nous savons que d’autres liens bien plus forts se sont tissés avec nos concitoyens. Mais cela dit, sommes-nous perçus comme une force utile donnant sens à une espérance révolutionnaire ? Sommes-nous positionnés de façon positive, c’est-à-dire comme une force ayant la volonté de concevoir et de mettre en œuvre, par l’exercice du pouvoir et l’intervention populaire, un projet identifiable, crédible et moderne de progrès social ?
Etre le parti incarnant cet objectif. Voilà pour moi le chantier de notre congrès.
Quand je fais part de cette conviction, il arrive que des camarades me disent : « Mais nous avons des propositions ! Est-ce que le problème ne vient pas du fait que nous ne savons pas les mettre suffisamment en valeur ? »
J’ai pour ma part consacré l’essentiel de ma campagne en vue de l’élection présidentielle à exposer ces propositions. Je n’ai aucune raison de rougir de leur contenu. Qu’il s’agisse de celles-ci ou de bien d’autres que nous défendons, nous sommes loin d’avoir tout à inventer.
Mais la question est-elle là ? Combien de femmes et d’hommes me tiennent à peu près le même discours : « Ce que vous proposez est très bien, mais… » Et derrière ce « mais », j’entends un très fort doute quant à la possibilité de réaliser de tels objectifs parce que, fondamentalement pour eux, le « cours des choses » ne va pas dans ce sens-là. Et nos propositions, aussi légitimes soient-elles, ne sont pas perçues comme s’inscrivant dans le contexte actuel, dans un proche avenir possible. Alors que les « réformes » de Nicolas Sarkozy sont, elles, perçues comme en conformité avec le reste du monde ! Est-ce que nous n’apparaissons pas, à notre corps défendant davantage comme les défenseurs des acquis d’un monde perdu que porteurs des potentiels du monde nouveau qui est en train de s’installer ? Et est-ce que ce problème n’est pas seulement celui du PCF, mais celui de la gauche tout entière et de toutes les forces politiques de transformation en Europe ?
D’autres camarades, face au constat que le capitalisme fait aujourd’hui la démonstration de son incapacité à résoudre les plus graves problèmes de notre temps, en concluent que le communisme n’a jamais été plus actuel qu’aujourd’hui. En quoi ils ont raison. Sauf si on en reste là.
Je ne vais pas développer cette question dans le cadre de cette contribution. Je pense que nous devons encore beaucoup pousser l’analyse des différentes dimensions de ce que nous appelons la « crise du communisme » et des raisons qui nous conduisent à continuer de faire du communisme une référence fondamentale de notre action. Il nous faut parvenir à en affirmer une conception neuve afin qu’elle ne renvoie pas quasi instantanément dans la conscience commune au passé, et à des échecs terribles. Pour cela, je crois qu’il nous faut partir d’une espérance révolutionnaire, car rien ne changera durablement au quotidien sans qu’on s’attache à l’ordre établi et qu’on porte une visée communiste. Et il ne faut pas en rester aux mots. J’ai déjà eu l’occasion de le dire, « anticapitalisme », « communisme », « antilibéral » cela a un sens pour nous, mais nous avons le devoir d’aller aux réalités derrière les mots. Dépasser le capitalisme ne relève pas pour moi d’un slogan, cela demande constructions et prise de responsabilités. Le communisme n’est pas un acte de foi ou un idéal hors du temps, il n’a de sens que par la qualité des analyses du réel et de l’action pour le transformer qu’il doit permettre.
Je partage, de ce point de vue, ce qui est écrit dans le texte de l’atelier qui a traité de la conception du projet : « Ce projet d’avenir n’est pas la description d’un monde ayant dépassé tous les systèmes d’exploitation et de domination, réalisant la visée d’émancipation humaine que nous nommons le communisme. Mais sa démarche, qui consiste à partir des réalités sans jamais s’en détacher, du vécu de millions d’hommes et de femmes, des rapports de forces réels ; qui travaille à identifier les principales contradictions de notre époque, les moyens concrets de les surmonter, les forces capables de se mettre en mouvement et de se rassembler pour y parvenir ; qui se donne pour ambition de donner à voir le sens dans lequel il est possible de transformer la société, l’Europe, le monde – cette démarche est au sens véritable du terme la démarche communiste. »
Aussi quand nous parlons de projet politique, nous parlons donc des grandes réformes à la hauteur des défis sociaux, économiques, politiques, écologiques de notre époque qu’il serait possible de mettre en œuvre dans les cinq à dix années à venir. Et nous parlons indissociablement des moyens politiques de réalisation de ces objectifs. C’est-à-dire du type de rassemblements à perspective majoritaire qui les rendraient réalisables, et du parti politique qui soit porteur de ce projet, animateur de dynamiques unitaires transformatrices.
Grands traits de contenu et rassemblement politique sont inséparables : énoncer des propositions de réformes n’a pas de sens si cela ne permet pas de rassembler suffisamment largement pour faire force politique ; un rassemblement est impossible sans objet et ne se renouvellera pas si la déception et l’échec sont au bout. La responsabilité de notre parti est donc de dire tout à la fois ce qu’il propose, comment en créer les conditions et quelles conséquences il en tire pour lui-même.
Sans énoncer aujourd’hui dans le détail ce que pourraient être ces grandes réformes, on peut formuler ce qu’on pourrait nommer la « feuille de route » de ce travail : la logique politique qui doit l’animer, dont il ne doit pas dévier. Il ne s’agit pas de décrire une perspective lointaine que nous remettons sans cesse à plus tard. Encore moins un idéal inaccessible, fût-il paré du qualificatif de « communiste ». Nous voulons transformer la réalité ici et maintenant. Donc, pas de construction abstraite, mais une prise en compte la plus précise possible des problèmes posés et, sur cette base, des issues possibles pour relever les défis de notre temps.
Les obstacles auxquels se heurte cette recherche de solutions neuves sont considérables. Le rouleau compresseur des réformes correspondant aux exigences du capitalisme mondialisé s’est frayé son chemin grâce à une concentration inouïe des pouvoirs, à la constitution d’organisations internationales et d’ensembles continentaux qui en assurent la mise en œuvre.
Près de 80% des lois votées par le Parlement français sont des transpositions de directives de l’Union européenne dont les institutions sont les bras armés des tenants de l’orthodoxie néolibérale.
Aucune barrière n’endigue la liberté totale de circulation des capitaux et les spéculations qui se portent un jour sur l’immobilier, un autre sur le pétrole et aujourd’hui sur les matières premières alimentaires.
L’apparition de nouveaux géants, la Chine, l’Inde, le Brésil, le retour de la Russie introduisent des données totalement inédites tout en s’effectuant dans le cadre de la loi de la « concurrence libre et non faussée ». L’OTAN, qui ne devrait plus avoir de raison d’être, joue un rôle accru de défense du « camp occidental » en englobant ce qui aurait dû être la défense européenne. Et tout le monde sait aujourd’hui que le risque de délocalisation et plus généralement les formes accrues d’exploitation, de précarité et de casse sociale obéissent à une logique de dumping social, fiscal et salarial à l’échelle du monde.
On touche là, évidemment, à une question politique essentielle, qui doit être traitée comme telle : Quels sont, dans ce monde, les changements à la portée de l’intervention et de la décision des individus, des peuples, des États ? Si le capitalisme mondialisé a tout verrouillé, la conclusion s’impose d’elle-même : il faut ou bien se limiter à l’aménager ou bien renoncer à toute réforme, nécessairement illusoire hors de la révolution mondiale.
Ces deux faces du même fatalisme veulent ignorer que ces blocages ne sont pas le fruit du destin, mais le résultat de choix économiques, financiers et en dernière instance politiques. Il n’est pas vrai qu’on ne peut rien changer en France et que la France ne peut pas contribuer à changer en Europe et dans le monde. Il n’est pas vrai que les instruments de domination et d’expansion du capitalisme mondialisé soient tout-puissants pour l’éternité. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’il n’y a pas de solutions simplistes aux problèmes posés, qui négligeraient ces données, qui ne se situeraient pas au niveau où se prennent les décisions, en France, en Europe, dans le monde.
Il nous faut donc être capable d’avancer des propositions de politiques nouvelles en faveur de la solidarité, de la paix, de l’avenir de la planète, de transformations des institutions et des pouvoirs dans l’Union européenne et les grandes instances internationales. Des propositions qui, pour être crédibles, ne peuvent pas être celles du seul PCF, ni même uniquement franco-françaises ! Notre réflexion s’inscrit dans les nombreuses recherches en ce sens de partis progressistes, de syndicats, de mouvements altermondialistes, féministes, écologistes, elle se nourrit de toutes les expériences visant à s’émanciper des politiques de guerre et de pillage des ressources, en Amérique latine, au Proche-Orient, en Afrique… Je le redis, cette question des transformations possibles à l’heure de la globalisation est primordiale. Elle conditionne la conception de toute politique se donnant pour objectif de changer. C’est pourquoi j’ai proposé récemment aux autres partis de gauche de confronter publiquement, à la rentrée, leurs analyses sur ce point et les conclusions qu’ils en tirent.
J’ai insisté au début de ce texte sur la contradiction explosive entre les potentiels de notre époque et les exploitations, pillages, dominations sur lesquels prospère le capitalisme mondialisé. Un axe essentiel de tout projet d’avenir est donc de proposer d’ouvrir une autre voie : un nouveau mode de développement à la fois soutenable écologiquement ; générateur de progrès social, d’avancées dans les connaissances, d’épanouissement personnel ; démocratique et citoyen dans la gestion des villes et des territoires, aux niveaux national et européen, sur les lieux de production comme de consommation et de services.
Si les mots n’étaient pas chez nous tellement chargés de sens, on pourrait parler d’une véritable révolution. Cette transformation du mode de développement ouvre en effet de nombreuses pistes :
Il s’agit d’abord de dépasser la confrontation productivisme/décroissance, d’affirmer la nécessité d’un nouveau type de croissance qui repense les contenus de celle-ci : comment produire, en faveur de qui et pour répondre à quels besoins ? La France a besoin d’une politique industrielle et énergétique qui, appuyée sur une grande politique publique de recherche, mette l’innovation au service de productions nouvelles, utiles socialement, capables de relever les défis d’un développement écologiquement durable. Ce qui devrait impliquer une nouvelle ambition pour des services publics modernisés ; une maîtrise sociale des marchés ; une maîtrise publique des grands organismes financiers, la création de pôles publics bancaires et de fonds d’investissements décentralisés ; un investissement massif en faveur de l’éducation et de la formation, de la recherche, de la culture.
Cet autre mode de développement appelle aussi une nouvelle conception du progrès social, construit sur l’exercice effectif des droits à l’emploi et à la formation, aux salaires, au logement. Elle appelle une nouvelle conception du travail, moins aliénante, plus créatrice, où la finalité du travail puisse être discutée ; une protection sociale étendue à tous les âges de la vie ; une reconnaissance des droits des jeunes à l’autonomie dans l’accès à la formation, au logement, à l’emploi, à la culture.
Enfin, une autre piste est celle du droit à la ville et à des territoires solidaires, qui englobe tous les aspects d’une nouvelle qualité de vie pour tous, logements, transports, équipements scolaires, culturels, sportifs, de santé, de loisirs, espaces verts, qualité de l’air, de l’eau, de l’urbanisme. À quoi est liée une autre conception de la consommation, moins inégale, plus responsable socialement, moins soumise à la rentabilité ; une alimentation de qualité appuyée sur des agricultures assurant la sécurité et la souveraineté alimentaires ; un rapport plus équilibré et plus maîtrisé avec la nature ; l’affirmation de l’existence de « biens communs » de l’humanité tel que l’énergie.
Le second grand trait d’un projet d’avenir devrait s’en prendre à ce qui est le cœur des politiques néolibérales : l’encadrement autoritaire des individus et des peuples et leur mise en concurrence généralisée. Notre projet est celui d’une société d’épanouissement individuel, de liberté et de solidarité.
Nous croyons à la pleine égalité des droits et refusons toutes les dominations. L’émancipation des femmes, gravement remise en cause en ce début de 21e siècle, fait du féminisme un de nos combats existentiels. Nous croyons à la diversité et refusons toutes les discriminations. Nous croyons à la fraternité et refusons tous les racismes. Nous croyons à la culture, à son potentiel d’émancipation, d’ouverture à l’autre et refusons toutes les censures. Nous croyons aux potentiels de la révolution numérique qui peut mettre en partage les savoirs, la culture, l’information et refusons les prétentions capitalistes à les enfermer dans les logiques de marchandisation. Nous croyons à une société de liberté parce qu’elle est le chemin d’une émancipation partagée.
Notre projet, c’est donc l’exercice de pouvoirs nouveaux pour une nouvelle démocratie. La présidentialisation et la pipolisation de la vie politique ne sont pas seulement dangereuses, elles sont profondément archaïques à l’heure du progrès des connaissances, de la diffusion des savoirs et de la circulation accélérée de l’information. Et il en est de même de l’exclusion des salariés des principaux pouvoirs de décision de leur entreprise au profit d’actionnaires qui se moquent de l’intérêt général.
On peut donc penser à trois grandes réformes pour promouvoir l’exigence démocratique :
1) La démocratisation des institutions, des modes d’élection, du rôle du Parlement, de l’élaboration des lois ; la création d’un statut de l’élu qui permette dans toutes les assemblées de démocratiser l’accès à la fonction d’élu et de revaloriser son rôle.
2) La promotion à tous les niveaux d’une démocratie participative dotée de pouvoirs réels d’intervention accessibles en permanence à tous les citoyens.
3) La création d’une véritable démocratie sociale qui développe de nouveaux droits et pouvoirs pour les salariés dans les entreprises et les territoires. Nous avons l’occasion de développer et d’enrichir ces idées à l’occasion de la bataille qui se mène pour refuser la réforme actuelle d’accentuation du présidentialisme et de la campagne que nous avons engagée pour la démocratisation des institutions. Aussi, je veux encore une fois appeler tous les parlementaires de gauche à être présents au prochain Congrès à Versailles et à voter contre le projet de Nicolas Sarkozy.
Je l’ai souligné, pour être crédibles, adaptées aux réalités, ces axes de transformations, ce nouveau mode de développement et cette promotion de la liberté et de la démocratie doivent avoir une dimension européenne et mondiale.
Cela dit, à l’évidence, la question de l’Union européenne constitue une question en tant que telle pour la France et pour son peuple. Aussi le troisième grand trait d’un projet d’avenir devrait être la refondation de l’Union européenne.
Jamais, depuis son lancement, la construction européenne n’a suscité un tel désenchantement, si ce n’est un tel rejet, parmi les peuples qui la composent. Le non irlandais, trois ans après celui des Français et des Néerlandais, est une nouvelle illustration du fossé qui ne cesse de s’élargir entre les aspirations des citoyens et la structure économique libérale, le mode de fonctionnement centralisé, opaque, autoritaire et la conception du rôle de l’Europe dans le monde à l’œuvre aujourd’hui.
Cette crise de légitimité de l’actuel modèle européen peut susciter et suscite un désir de repli sur le seul cadre national. Pour nous, la nation est loin d’être dépassée. Mais son avenir n’est pas dans l’isolement et l’hostilité à l’étranger. Nous choisissons la voie inverse de celle du nationalisme : l’ouverture résolue vers les autres peuples européens. Ils se heurtent aux mêmes problèmes. Ils aspirent eux aussi au changement. Ce n’est qu’ensemble que nous pouvons espérer mener avec succès le combat pour une finalité radicalement autre de la construction européenne.
Le traité de Lisbonne ne sera pas ratifié. Dès lors, la question à l’ordre du jour ne peut pas être le simple statu quo dans le cadre actuel en crise, mais l’élaboration d’un traité véritablement nouveau. Nous voulons agir pour une Europe qui permette aux peuples et aux nations qui la composent d’unir leurs compétences et leurs moyens pour porter un modèle social et environnemental avancé dans la mondialisation. Pour une Europe qui use de son poids et de son influence pour faire émerger d’autres règles dans les relations internationales, plus équitables, plus démocratiques, plus pacifiques. Pour une Europe qui offre à tout autre peuple du monde qui le souhaite la chance de développer des coopérations sans domination, dans l’esprit des principes de la Charte des Nations unies.
Il s’agit d’un projet ambitieux et exigeant, à mille lieux des simples incantations protestataires. Mais c’est seulement s’il est conçu ainsi que l’engagement européen sera à même de susciter l’envie d’agir ensemble et la créativité qui font si cruellement défaut à l’Union européenne aujourd’hui. J’ai la conviction que nous devons nous engager sur cette voie : changer l’Europe est un des grands défis révolutionnaires de notre temps.
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