PCF : vers un congrès moins autocentré
« Construire une - nouvelle cohérence de notre combat dans les conditions d’aujourd’hui » ; « faire un bilan de nos expériences passées » ; « travailler à donner un sens actuel à la visée d’émancipation humaine que nous appelons communisme » ; « construire un nouveau projet politique » ; « inventer de nouvelles formes de rassemblement en France, en Europe et dans le monde » ; « travailler à la nature et à l’ampleur des transformations de notre organisation et de son fonctionnement ». Ces quelques phrases, extraites de la résolution du Conseil national du PCF qui convoque le 34e Congrès pour les 11, 12, 13 et 14 décembre résument son objet affiché. La direction du PCF n’a pas renoncé à tout mettre sur la table, comme elle l’avait décidé il y a un an, après le choc d’avril 2007.
Lors de l’assemblée générale des délégués de section en décembre dernier, le débat s’était centré essentiellement sur la poursuite ou non de l’existence du PCF. Pour Nicolas Marchand, « le refus d’une dilution du PCF et notre attachement à l’existence du Parti sont une force, la base d’une unité très large ». Il en appelle, à partir de ce constat, à une « novation » d’ampleur. De son côté, Roger Martelli considère que le PCF vit une crise « structurelle ». « Ou bien on rénove, ce qui implique que l’on maintient pour l’essentiel la structure, explique l’historien communiste, ou bien on transforme, ce qui suppose de rompre, non pas avec le communisme mais une de ses formes historiques. » Sur la question de l’avenir du PCF, André Gerin, de son côté, réclame un « référendum au sein du Parti ».
Mais le débat s’est quelque peu déplacé. Sans - reléguer la question de l’existence du PCF au second plan, le « projet politique » et la question du « rassemblement » tiennent désormais la corde. Un travail de fond s’est engagé : regards nouveaux sur l’état du monde, recherches d’un nouveau mode de développement, réflexions sur la place du travail dans la révolution informationnelle, sur le défi européen, sur la construction de « fronts » de lutte politique… Autant d’avancées nouvelles qui, si elles étaient poussées, permettraient peut-être de donner un nouveau souffle.
Le PCF s’inquiète que la gauche, au moment où la droite accélère ses contre-réformes, assiste comme impuissante au glissement autoritaire du pouvoir sarkozyste. « Il y a urgence que se lève un débat à gauche car l’absence de perspective politique est le principal obstacle à une forte mobilisation populaire contre Sarkozy », alerte Marie-George Buffet. « Urgence » et « am- bition » sont devenus les mots repères de certaines contributions adressées à la tribune de discussion du congrès. Pour elles, le Parti communiste, son réseau de militants et d’élus doivent montrer leur utilité pour faire face à cette situation. « Si nous ne réussissons pas à donner un nouvel élan à notre combat politique, (…) c’est un des atouts du mouvement populaire dans notre pays qui disparaîtrait », lance Patrice Cohen-Seat. « Nous ne sommes pas devant un mur infranchissable mais devant un problème politique », insiste-t-il. Cette vision plaide pour que le congrès formule, selon Olivier Dartigolles, « une offre politique pour un espoir qui peut être à portée de main, qui peut se réaliser ». Quant aux transformations du PCF lui-même, le porte-parole du PCF estime qu’elles n’ont de sens « qu’au regard de l’urgence d’une bien plus grande efficacité politique pour contribuer à faire reculer les rapports d’exploitation et de domination ».
Cette entreprise se heurte cependant au moins à deux difficultés majeures. La première est que la recherche d’un tel projet n’est guère partagée dans le paysage politique à gauche. La seconde tient au fait que la direction du PCF, obnubilée par ses divisions, n’a pas jusqu’à présent réussi à concevoir d’initiatives audacieuses pour sortir la gauche de l’impasse.
Olivier Mayer
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