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Politique - Article paru le 30 juin 2008 dans l'Humanité

Les Français veulent le respect du vote irlandais

Europe . Il faut abandonner le texte, estiment la majorité des Français, selon un sondage BVA. Par ailleurs, seuls 30 % voient dans la politique actuelle de l’UE « une source d’espoir ».

Les prouesses pyrotechniques n’y changeront rien. La tour Eiffel illuminée aux couleurs de l’Union à partir de ce soir ne créera aucune illusion sur la réalité de la perception, dégradée, qu’a l’opinion publique de la construction européenne, telle qu’elle est conduite actuellement. À la veille de la présidence française pour les six prochains mois, Nicolas Sarkozy, qui s’exprimera ce lundi soir sur France 3, aura eu connaissance du sondage BVA réalisé pour Ouest France Dimanche. Selon celui-ci, seuls 30 % des Français voient dans la construction européenne « une source d’espoir ». Pire, ils sont plus nombreux (33 %) à ressentir de la « crainte ». 37 % n’éprouvent ni espoir ni crainte, une sorte de mise à distance en quelque sorte. Le « rêve européen », tant vanté par Jeremy Rifkin, pendant la campagne du référendum sur la constitution européenne de 2005, n’a certes pas encore tourné au cauchemar. Il s’est tout simplement évanoui. Les Français seraient-ils pour autant d’indécrottables nationalistes, des souverainistes sourcilleux, voire ces anti-Européens qu’ont décrits, sans chercher à comprendre davantage les causes du divorce, les eurolibéraux au lendemain de leur défaite en 2005 ? Évidemment non. Si l’Europe de la commission Barroso, du commissaire français Jacques Barrot, de la semaine de 65 heures et de la « directive de la honte » ne fait pas rêver les Français, ces derniers attendent de l’Europe - ils sont 53 % à penser ainsi - qu’elle prenne des décisions sur les grandes questions engageant l’avenir commun des peuples européens : politique étrangère, immigration, environnement…

Echec de la conception libérale

Mais la politique économique et sociale de l’UE, déclinée au fil des directives, protégée par les jugements de la Cour européenne de justice, rebute fortement les Français. À une très large majorité - entre 60 % et 80 % en moyenne -, ils préfèrent que les dossiers de l’emploi, de la santé, de l’éducation, de la fiscalité demeurent l’apanage de l’État nation. C’est sans doute là que réside le principal échec de la conception libérale de l’intégration européenne. Loin d’être la conséquence d’un désamour des peuples vis-à-vis de l’Europe, qui serait dû à un manque de « pédagogie » imputable aux hommes politiques et aux journalistes, l’Union européenne souffre d’une crise de confiance fondée sur l’expérience. Les Français, comme bien d’autres Européens, ne voient pas, et pour cause ! dans la construction actuelle un moyen de conforter les modèles sociaux, d’harmoniser vers le haut les conditions de vie des peuples, de faire prévaloir un mieux-disant social. Faute d’Europe sociale, il n’est pas étonnant que les Français rechignent à déléguer ces questions aussi cruciales à un niveau où ils n’ont pas le sentiment de pouvoir exercer la moindre souveraineté.

Le traité de Lisbonne « caduc »

Il est aussi question de souveraineté, mais cette fois de souveraineté bafouée, dans le sondage BVA. Les Français, qui ont été privés de leur droit de décider eux-mêmes du sort du traité de Lisbonne, copie conforme de la constitution qu’ils avaient refusée en 2005, estiment qu’il faut respecter le vote négatif des Irlandais. Seuls 14 % considèrent qu’il faut les faire revoter, et 25 % qu’il faudrait poursuivre le processus de ratification comme si de rien n’était. En tête de toutes les réponses en vue d’une sortie de crise, 41 % constatent que le traité dit « simplifié » est caduc et doit être abandonné. En toute démocratie.

Jean-Paul Piérot

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Tag(s) : #Politique
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