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Tribune libre - Article paru le 13 juin 2008 dans l'Humanité

En finir avec les déserts politiques dans l’entreprise

Par Richard Sheehan, membre de l’exécutif national du PCF.

Le monde du travail est l’un des principaux leviers de transformation de la société. Le courant libéral a pris cette question à bras-le-corps. La révolution technologique et informationnelle, le lien social et le rapport au travail changent et ainsi transforment la société. L’individualisation due aux mutations du travail avec la disparition des grands ateliers, l’apparition d’une nouvelle forme d’organisation plus divisée et fondée sur l’initiative et l’autonomie des salariés, l’introduction de nouvelles méthodes de « management », l’illusion donnée aux cadres d’une implication dans les orientations de l’entreprise, ont petit à petit contribué à la perte de la conscience de classe. Cette conscience était le verrou que les libéraux devaient faire sauter pour avancer leur projet de société de libre concurrence, du chacun pour soi et de la concentration des richesses, des connaissances et du pouvoir, au nom de la rentabilité maximum. Alors que la conscience d’appartenir à une classe porte en elle l’expression de l’exigence de changement, le crédit des possibles et l’idée que le politique peut agir sur l’économie. Nous sommes là en plein coeur de la bataille idéologique et politique.

Dans cette bataille, le monde du travail est aujourd’hui continuellement traversé par des interrogations : Pouvons nous continuer comme cela indéfiniment ? Faut-il s’adapter au système ? C’est ce type de questionnement que l’on trouve aujourd’hui y compris parmi les salariés en lutte, que ce soit sur les retraites, les salaires, l’école et la recherche…

En fait, le travail est au coeur de tous les enjeux. Il est porteur de contraintes et d’émancipations potentielles. Son appropriation sociale est essentielle, car là, ce n’est plus seulement la question de la répartition des richesses mais également la manière de les produire. Cela pose la question de l’emploi, du travail et ses finalités, de la protection sociale, des solidarités, des territoires, de l’écologie dans le sens du développement durable et humain. Ainsi, nous voyons la possibilité de créer une certaine unité du monde du travail dans le sens large du terme.

Nous devons reprendre une analyse sur la notion de classe en la liant avec les bouleversements de la société depuis vingt ans. L’ensemble du salariat aujourd’hui se retrouve dans le camp des exploités. Avec la destruction de la conscience de classe ouvrière, il ne s’est pas pour autant reconstruit une conscience dans le salariat. L’unité du salariat et la question de la finalité du travail sont au coeur du rassemblement transformateur nécessaire remettant en cause la domination de la finance sur la planète et répondant aux défis du développement humain et de son environnement.

En fait, cette bataille est un enjeu démocratique portant sur la responsabilité sociale de l’entreprise sous contrôle des salariés et des citoyens. Il y a besoin de démocratie dans et hors l’entreprise, ce qui pose l’exigence de droits et de pouvoir nouveaux pour les salariés et les populations.

Inscrivons nos choix dans cette visée politique. Le monde du travail doit pouvoir s’émanciper. Les communistes ont un rôle essentiel à jouer, ce qui implique une organisation pour relever le défi d’une activité communiste dans la durée et de proximité sur les lieux du travail. Les communistes tissent de nouveaux liens avec les salariés, avec les syndicalistes et recréent une activité nouvelle à l’entreprise. La dernière période a vu la création de plusieurs sections et collectifs d’entreprise. C’est un fait politique. C’est le cas des cheminots et de la RATP avec leurs journaux respectifs Rail Com et Ça Roule, deux publications de masse. Un réseau Énergie est créé. Une lettre électronique régulière IEG (Industrie électrique et gazière) est éditée dans les Bouches-du-Rhône… La structuration des portuaires à Marseille pourrait nous aider dans le développement de notre activité dans d’autres lieux comme Toulon, Saint-Nazaire ou Le Havre. D’autres initiatives pourraient être prises comme pour la sidérurgie, la chimie, la santé, le commerce ou poursuivies comme dans l’aéronautique.

En Île-de-France, deux pôles parmi d’autres méritent attention. Deux cent mille salariés à La Défense, quatre-vingt mille à Roissy, et ce sont quasiment des déserts politiques, sauf pour le MEDEF et le pouvoir. Les enjeux de transformation sociale exigent que nous relevions au plus vite ce défi en faisant de la question politique dans l’entreprise un enjeu prioritaire.

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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