Un projet politique crédible dans un monde nouveau
Marseille (Bouches-du-Rhône), envoyé spécial.
Samedi à Marseille, le chemin vers le 34e Congrès du PCF de décembre prochain s’est-il éclairé ? La discussion s’est avancée sur « le projet ». Depuis des mois, les principaux responsables du parti, Marie-George Buffet en tête, affirment que c’est là que se situe la question principale. Devant 250 militants venus d’une quarantaine de départements, Olivier Dartigolles affirmait d’emblée que « la question du projet, du sens de notre combat est apparue centrale dans le débat des communistes ». « L’absence de projet de transformation progressiste de la société contribue, à gauche, à la prépondérance de l’idée qu’il faut s’adapter au capitalisme », explique-t-il en demandant que le prochain congrès réponde à la question « que se posent des millions de femmes et d’hommes : pour demain, pour les prochaines années, que m’est-il permis d’espérer ? ».
un démarche qui n’a rien d’évident
Mais que signifie « cette mise en chantier d’un pro-jet » pour les responsables communistes ? Pour le porte-parole du PCF, il faut être
capable « de répondre concrètement à cette question : com- - ment envisagez-vous, avec ce que vous proposez, le monde, l’Europe, la société qui changent tellement, à l’échelle des cinq ou dix ans ? Quelles sont les grandes réformes appelées par les évolutions de la période actuelle ? » Et autre facette du même chantier il s’agit « à partir de la réalité de donner à voir pourquoi, comment et avec qui il est possible et nécessaire de la transformer ».
La discussion sur cette question montre que la démarche proposée n’a rien d’évident. Michel, du Lot, met en garde : « Un canevas, oui ; un projet ficelé et abouti, non ce n’est pas possible. Évitons de masquer, par une grande théorisation, un travail de luttes à mener dans tous les domaines. » Pour un communiste des Yvelines, il n’est pas juste de dire que les communistes n’ont pas de projet. « Le problème, c’est sa crédibilité » et il demande un effort de « communication ». Nadia pense, elle, que l’obstacle n’est pas l’absence de projet mais « l’image du communisme ». « Il faut seulement avoir le courage de dire que ce qu’on veut, c’est le socialisme », estime un communiste du Var.
« La nécessité d’un projet, j’en ai fait l’expérience dans mon rôle d’élue », affirme à rebours Martine Durlach. Pour l’ancienne adjointe aux quartiers dits sensibles de Paris, il ne suffit pas de répondre aux besoins immédiats des gens. « Ils veulent savoir où on va dans les années à venir. Les progrès de l’information donnent l’envie de savoir et la capacité d’anticiper », affirme-t-elle. Pour Pierre Laurent, l’originalité du PCF à gauche est « d’incarner un changement concret, réel pour tout de suite. C’est là-dessus qu’aujourd’hui nous sommes en difficulté : est-on capable de proposer un chemin crédible pour changer concrètement les choses ? ».
« Nous avons changé d’époque »
Projet ou pas projet ? La discussion ne s’en tient pas là. Elle permet de dégager de premiers sujets de controverses. Un nouveau mode de développement, un projet non productiviste est en débat. Croissance ou décroissance ? Quelle croissance ? Que produire, dans quelles conditions, avec qui ? Quelles réflexions sur le travail, sur l’industrie, sur les consom- - - mations ? Sujets d’autant plus en discussion qu’ils ne sont pas coutumiers des délibérations communistes. Au- tre point de frictions, l’Europe. « Il faut sortir de l’Union européenne », affirme Jean-Jacques Karman. « La question n’est pas de sortir de l’UE mais de changer dans l’UE », réplique Jacques Fath.
Sujet essentiel, prendre en compte les évolutions réelles du monde. « Nous avons changé d’époque », affirme Jacques Fath. « Nous som- mes dans un autre monde, avance Jérôme Relinger, où seule subsiste et s’aggrave la dimension d’exploitation. Saurons-nous nous extirper des schémas historiques de réponses (dirigisme, étatisme, nationalisme, volontarisme…) qui correspondaient au capitalisme du XXe siècle ? » Réponse d’autant plus urgente, selon Jean-François Gau, qu’on est sortis de la période où la toute-puissance du néolibéralisme ne rendait pas crédible un changement réel. « Si on considère qu’une autre phase du combat peut s’ouvrir main- tenant, nous som- mes placés devant des responsabilités nouvelles en travaillant à la fois à une conception nouvelle du communisme et à des réponses précises à la question : quelles grandes réfor- mes pour les cinq ou dix années à venir est-il réellement possible d’engager ? » Les communistes auront-ils la volonté et la capacité d’un tel projet politique ?
Olivier Mayer
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