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Article paru le 12 avril 2008

L’Humanité des débats stratégie de classe à gauche

La dimension anticapitaliste du salaire

Par Bernard Friot, professeur de sociologie à l’université de Paris-X-Nanterre.

La constitution du salariat suppose qu’on poursuive l’éman- ci- - pation qu’a commencée hier la sociali- sation du salaire. Je vois quatre chantiers importants :

1) L’affirmation du travailleur comme producteur de richesse à travers le salaire à la qualification. Loin d’être un être de besoin, un « sans », voué à faire de sa force de travail un gagne-pain, un salarié payé à la qualification est un producteur inséré dans un collectif de travail, en mesure de revendiquer son intervention dans la définition des fins et des moyens de son travail et d’améliorer cette qualification dans un droit à la carrière. Le salaire à la qualification a été conquis dans une logique corporatiste, alors que l’actuelle financiarisation du capitalisme rebat toutes les cartes des marchés nationaux et, dans les nations, des marchés internes et des marchés professionnels : il s’agit donc de dépasser leurs logiques locales et passer de bribes de salariat hétérogènes à un salariat susceptible de se poser comme classe. Cela passe par un attachement plus fort encore de la qualification (et des collectifs de travail dans lesquels elle se bonifie en s’exprimant) à la personne même des salariés.

2) Le remplacement de l’épargne lucrative par la cotisation sociale. Le salarié n’est pas un travailleur sans patrimoine face aux aléas de l’existence, c’est le titulaire d’un salaire indirect qui trouve dans le flux intrapériodique des cotisations transformées en prestations une ressource plus sûre que la rente viagère d’un stock d’épargne. Les centres d’accumulation du capital sont parasitaires. Le flux de la monnaie nécessaire à l’investissement peut être généré dans une logique salariale, sous forme par exemple d’une cotisation économique s’ajoutant à la cotisation sociale.

3) La valorisation de travaux non voués au capital. Le paiement par le salaire de travaux non voués au capital représente aujourd’hui déjà 40 % du salaire de la sphère capitaliste. Cette dimension anticapitaliste du salaire a encore besoin d’être mise en évidence, tant tout est fait pour nier une réalité aussi porteuse d’un salariat en mesure, pour son travail même, de s’exprimer en dehors du capital. 4) La mise en cause du marché du travail. Les passages récurrents sur le marché du travail ne tentent d’améliorer l’employabilité du salarié que sur la base de sa disqualification préalable. Ce qui est aujourd’hui à l’ordre du jour au contraire, c’est l’affirmation de l’individu comme producteur de richesse dans des collectifs de travail et à ce titre ayant droit à l’attribution d’une qualification irréversible et d’un contrat de travail qui ne le laisse jamais sans un collectif de travail référent. Cette sécurité sociale professionnelle abolit le marché du travail, au contraire de la sécurisation des parcours professionnels qui le conforte. En conclusion, le salaire pour tout (y compris l’investissement) et pour tous (de la fin du lycée à la mort) suppose une considérable démocratisation de la création monétaire, qui ne doit plus être suspendue à l’anticipation par les banques commerciales de la valeur qui sera attribuée aux marchandises capitalistes. La création monétaire qui doit reposer sur la délibération politique de la valeur à attribuer aux travaux par la médiation de la hiérarchie des qualifications, étant entendu qu’une qualification doit être attachée à toute personne et que le champ des qualifications doit rester constamment ouvert.

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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