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Article paru le 12 avril 2008

L’Humanité des débats stratégie de classe à gauche

Une vaste classe sociale de semblables différents

Par Stephen Bouquin, sociologue, directeur de la revue les Mondes du travail.

L’aspect premier dans le débat sur les classes sociales, c’est la notion du « nous ». Sans « nous » identifiable, il n’y a pas de collectif. Il n’y a que le « moi, je », sinon un collectif indéfini comme les gens, les habitants, la multitude… Le « nous » existe alors avec des frontières floues. Il vaut mieux en cas d’un « nous faible » symboliquement le faire exister à partir de ce qui est rejeté et/ou revendiqué. Ces deux aspects renvoient à une matérialité sociale, à un vécu, une condition sociale. En effet, on revendique un changement, on refuse ce qui rend la vie insupportable, ce qui est ressenti comme injuste. Le « nous » que forme une classe n’est pas une substance mais une réalité relationnelle, construite par les rapports sociaux (de domination, d’exploitation). Lorsque l’on parle de la « classe en soi », on parle de la condition sociale imposée aux individus. Mais, comme les circonstances changent, les situations vécues aussi et la classe en soi tout autant. En même temps, commencer à énoncer le « nous » pour revendiquer conduit à faire exister un groupe social « pour soi ». Ceci souligne également combien de classes et groupes sont une construction politique nourrie de l’expérience de l’adversité et du conflit. Bref, il faut conjuguer une analyse qui intègre l’effet de structure et celui des acteurs et leur action.

Comment (re)définir le « nous » ? Sur le plan de la structuration sociale, il est urgent d’abandonner une définition de la classe à partir des catégories socioprofessionnelles. D’ailleurs, avec une telle définition, la bourgeoisie n’apparaît que résiduellement. Les ouvriers sont souvent les conjoints d’employées. Ces deux catégories socioprofessionnelles ont une position équivalente dans les rapports sociaux ; ils et elles vendent (ou tentent de vendre) leur capacité de travail et sont salarié-e-s ; ils et elles ont une position subalterne et contribuent par leur effort à la valorisation du capital. Il faudrait y rajouter les cadres, certainement les cadres encadrés, les techniciens et autres travailleurs « intellectuels » dont l’ascension sociale n’est pas beaucoup plus facile, ni l’autonomie dans le travail étroitement encadrée par la qualité totale, les clients, le flux tendu. La classe des exploité-e-s et dominé-e-s porte-t-elle un nom ? Plusieurs options existent : classe salariée, laborieuse ou travailleuse, et ces dénominations permettent d’échapper au réductionnisme ouvrier. Cette redéfinition permet aussi de mieux entrevoir les aspirations convergentes sur le plan du travail, des temps sociaux, des revenus comme de la qualité de vie. C’est parler d’un « nous » en lien avec l’une des principales contradictions sociales, à savoir l’opposition capital-travail. Mais les dominations et discriminations sexistes, racistes agissent aussi et conduisent à la construction d’autres groupes, d’autres subjectivités à ne pas dissocier de l’antagonisme de classes. Il existe une vaste classe de semblables différents, certes traversés par des différences idéologiques et tiraillés par des orientations sociales divergentes. Mais l’unité organique et politique de cette classe dominée n’a jamais été atteinte. Il y a toujours eu des ouvriers conservateurs et les dominants ont toujours cherché à élargir leur base sociale parmi les opprimés. Aujourd’hui, avec 80 % de la population liée de près ou de loin au salariat, ils ont plutôt intérêt à le faire… Il nous reste à agir et à penser en renouant avec le mouvement réel d’émancipation démocratique et sociale, une définition plutôt actuelle du communisme.

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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