Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Article paru le 12 avril 2008

L’Humanité des débats stratégie de classe à gauche

La classe ne résume pas toutes les inégalités

Par Salvo Leonardi, sociologue (*).

La notion de classe ne peut plus être lue aujourd’hui à travers la grille de l’opposition fordiste-industrielle entre travailleurs manuels et non manuels. Le vote de classe n’est pas assimilable au vote « ouvrier » car ce serait confondre la partie avec le tout, ne pas prendre en compte les nouveaux profils sociaux de l’exclusion et de l’exploitation à l’ère du post-fordisme et de l’économie de la connaissance.

La gauche comme la droite assument, parallèlement au conflit distributif, de nouveaux champs de bataille, de nature plus culturelle, éthique et post-matérialiste. Les travailleurs - noyau central d’une coalition de progrès autour des thèmes de la redistribution économique - ne détiennent plus la primauté politico-morale à l’égard de nouveaux terrains d’affrontement politique : immigration, environnement, homosexualité, paix, famille post-traditionnelle, etc. D’autre part, il existe un progressisme des nouvelles couches urbaines sécularisées.

La droite a toujours su trouver une audience assez vaste au sein du prolétariat ; il suffit de penser aux mouvements ethno-nationalistes, au néofascisme, ou au populisme de la vieille Amérique latine. Mais le néopopulisme utilise surtout aujourd’hui les thèmes de la peur, du « risque », et les décline de manière xénophobe, antiétatique et antifiscale, antiélitiste et antipolitique. Taguieff a écrit qu’il ne faut pas sous-estimer la forte demande d’autorité et d’ordre de ceux d’en bas.

À gauche on s’est orienté vers une conception post-classiste et post-travailliste de l’activité partisane. Mais pourquoi un parti calé sur la centralité du consommateur-citoyen, devrait-il encore attendre de la vieille classe ouvrière qu’elle vote pour lui ? La gauche ne peut et ne sait plus offrir de solution alternative sur le plan social et économique et se rabat sur la diversité et les thématiques éthiques des droits civiques. Mais ces valeurs cosmopolitiques et vaguement élitistes ne sont pas comprises par les masses moins instruites, par les laissés-pour-compte de la mondialisation.

Pourquoi alors ceux qui subissent l’exploitation et l’oppression ne développent-ils pas une conscience politique plus radicale ? Les facteurs culturels, le féminisme, l’immigration rendent la structure de classe beaucoup plus complexe que par le passé. La classe n’est pas morte mais elle n’épuise ni n’absorbe toutes les dimensions des inégalités sociales et de l’identité sociale.

La gauche doit se rendre à nouveau capable de produire des médiations pour réconcilier les masses et la politique. Elle peut le faire à la seule condition de conjuguer les thèmes éthiques et citoyens avec un puissant renouvellement des thèmes d’inclusion sociale, du travail, de la lutte contre la précarité et la marginalisation. Le rapport entre la gauche et la classe salariée/ouvrière reste nécessaire, mais il est indispensable que l’action politique retrouve une capacité à faire dialoguer les intellectuels avec le peuple. Sans cela, la gauche sera condamnée au divorce néoélitiste avec les masses.

(*) Chercheur à l’Institut de recherche économique et sociale (IRES) de Rome

s.leonardi@ires.it

Publicité
Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :