mardi 9 octobre 2007
J’ai bien pris connaissance du formulaire qui me demande mon avis sur les orientations futures du parti communiste. Il me semble toutefois que toutes les questions n’ y sont pas posées, surtout les plus pertinentes.
Suis je ici, titulaire de ma carte, pour sauver un parti, ou pour aider cette jeune fille du lycée professionnel de Lavelanet d’une expulsion de mon pays ? Une usine va fermer et virer 150 personnes avant la fin de l’année à Lavelanet : les considérations de mon parti ont-elle la moindre influence sur cette délocalisation sauvage ?
Allons-nous encore délibérer pendant des plombes alors que l’urgence est là ? Je garde précieusement ma petite carte plastique rouge, juste derrière celle qui me donne accès aux billets de banque. Il faut abandonner tout espoir de gouvernement qui ne passerait pas par une lutte radicale. Il est tombé sur nos têtes un ennemi qui ne peut être vaincu que par l’intelligence combattante. Pendant qu’on se gargarise de victoires à la baballe, on vire les noirs, les arabes et les asiatiques. Des rafles se déroulent chaque jour , notamment dans le 19e arrondissement de Paris où je réside souvent. J’en suis le témoin oculaire.
A Lavelanet, c’est une lycéenne qu’on veut déporter. J’ai bien dit déporter. Que le préfet assume ses actes, ou qu’il résiste avec nous. L’heure n’est pas aux formulaires, mais à la résistance. Je vous exhorte à retrouver vos chemins dans les champs. Vos pigeons voyageurs, vos planques, votre expertise internet, votre intelligence. Le temps de la clandestinité est revenu. Ne sont-ils pas des clandés ceux que nous voulons garder ?
Le temps du combat humain est revenu. Non, nous nesommes plus un parti de gouvernement. Non, nous ne pouvons plus supporter le poids des compromissions. Redevenons, en ce siècle déjà pas mal entamé, avec nos maigres troupes bien âgées, cette force qui imprime son poing dans l’air, la tête haute, le cœur vif, l’esprit exalté.
Nous connaissons l’ennemi. Cessons d’être une entreprise d’imprimerie avec l’arrière train sur deux chaises. Huma et Patriote compris. Inspirons nous de ces journalistes russes qui reçoivent des balles en salaire.
Des voyous vont bientôt jeter l’entreprise CMTF (Carreman Michel Thierry Finitions, Lavelanet, Aeiège) aux oubliettes, tant mieux pour les travailleurs roumains et indiens, tant pis pour nous. Que faisons-nous ?
Rien.
On me demande comment sauver le parti communiste, je demande comment il va m’aider à sauver le monde.
L’autre jour je suis passé à pied Place du Colonel Fabien, et je me suis dit tiens si j’entrais pour voir, puis je me suis dit tiens je connais personne là dedans, et qui c’est qui pourrait changer le monde là dedans, alors j’ai marché, ma petite carte rouge contre le cœur. Alors je crois qu’aujourd’hui le parti c’est nous, les ptits mecs avec leur carte.
Surtout n’oubliez pas : organisez une clandestinité viable, armée, informatisée, ruralisée, brillante.
Par coquetterie, je vous mets cette photo, prise le 14 juillet 1989.
Nous ne sommes plus un parti de gouvernement.
Nous sommes un parti révolutionnaire. Ou rien.
Eric Woljung
Collectif Bellaciao
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=53402
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