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Politique - Article paru le 22 septembre 2007

l’Humanité des débats. Travail

« Renouer les liens avec le monde ouvrier »

Par Olivier Schwartz, agrégé de philosophie, professeur de sociologie

« Au cours des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, la notion de classes sociales a connu chez les sociologues, les intellectuels et même dans une partie de la gauche un discrédit important. Durant les Trente Glorieuses, le niveau de vie s’était globalement élevé, y compris pour les ouvriers. Et du même coup, l’idée s’est peu à peu installée selon laquelle la France était devenue une vaste société de classes moyennes, et que seulement une partie minoritaire de la population restait pauvre et exclue. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que cette idée est de plus en plus remise en cause. On redécouvre l’existence des ouvriers, des employés dont les conditions de travail et de rémunération sont souvent très proches de celles des ouvriers. On redécouvre len France des classes populaires.

Et en même temps, ce qu’il faut constater aussi, c’est que le sentiment d’appartenance de classe, dans le monde ouvrier et dans les milieux populaires, s’est beaucoup affaibli. On pourrait penser qu’il en va ainsi dans tous les groupes sociaux, mais il ne semble pas que ce soit vrai. Par exemple, dans les classes dirigeantes, il y a un sentiment partagé d’appartenance de classe qui demeure relativement fort. Dans le monde ouvrier par contre, ce sentiment s’est dilué. Il y a sans doute plusieurs explications à ce phénomène. La tertiarisation de la société a fait perdre de la visibilité à la classe ouvrière. D’autant plus que ce mouvement s’est accompagné de la liquidation de bassins industriels entiers. Il est sans doute difficile aujourd’hui pour les jeunes générations de s’identifier à un monde ouvrier qui apparaît souvent comme un groupe du « passé », un groupe qui n’a plus les capacités d’agir et de peser sur le cours des choses. De plus, les qualifications ouvrières, autrefois reconnues (BEP, CAP), sont aujourd’hui perçues par les jeunes comme des diplômes du bas de l’échelle sociale, destinés à ceux qui sont en échec scolaire, alors qu’ils offrent dans certains cas de réelles qualifications.

La question qui se pose donc aujourd’hui, à la gauche et au Parti communiste, est de savoir comment renouer les liens avec ce monde ouvrier, avec ces classes populaires. Sachant que le monde du travail est aujourd’hui plus instruit, plus informé qu’il ne l’était auparavant. Les ouvriers d’aujourd’hui sont conscients des difficultés qu’engendre la mondialisation de l’économie. Ils ne sont pas réconciliés pour autant avec la société telle qu’elle est. Toutes les enquêtes montrent qu’il demeure chez eux une méfiance, hostilité très forte, plus forte que dans les autres groupes sociaux, aux formes contemporaines du libéralisme. Ils sont en même temps pragmatiques. Pour renouer avec eux, il faut pouvoir leur tenir un discours qui leur apparaisse crédible, parce qu’adapté à la complexité du monde d’aujourd’hui : là est toute la difficulté. »

(*) Dernier ouvrage paru : le Monde privé des ouvriers, PUF, 2002.

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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