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Politique - Article paru le 22 septembre 2007 dans l'Humanité

L’hôpital malade des logiques comptables

Service public . L’établissement de Vienne, imbriqué dans la privatisation des soins, supprime les congés courts de son personnel paramédical. Reportage.

Vienne (Isère),

envoyée spéciale.

L’hôpital de Vienne, en Isère, domine tout le paysage depuis le mont Salomon. C’est une vieille institution, construite en 1930, mais tout y est neuf, puisqu’il vient de s’offrir une totale mise à niveau. S’il se trouve aujourd’hui sous les feux médiatiques, ce n’est pas directement en raison de sa qualité d’hôpital de proximité, à l’offre très variée en médecine, chirurgie, obstétrique, gériatrie de moyen et long séjour, psychiatrie et pédopsychiatrie, qui vient de s’enrichir d’un pôle mère-enfant. Derrière cette « vitrine » prestigieuse, il y a la gestion et les 1 400 personnes qui en assurent la vie et qui ont appris, à la fin du mois d’août, que les congés du personnel paramédical en RTT, récupérations de jours fériés, congés annuels non programmés seraient gelés. La mesure pourrait s’étendre en octobre.

le budget, variable d’ajustement

« C’est la moins mauvaise solution, nous explique le directeur de l’établissement, Gérard Servais, car, sinon, on aurait dû fermer un service et le remède aurait été encore pire que le mal, puisqu’on aurait encore perdu de l’argent. L’hôpital est maintenant dans une logique d’entreprise car la réforme de la tarification nous oblige à avoir un équilibre entre les dépenses et les recettes. Comme beaucoup d’hôpitaux, nous ne trouvons pas d’intérimaires. Nous n’avons pas, non plus, enregistré les mutations souhaitées en provenance d’autres établissements qui ont les mêmes problèmes que nous. » La menace de fermeture d’un service s’est accompagnée d’une précision : rien ne dit qu’il pourra être rouvert.

Le chantage a fonctionné, mais le mécontentement du personnel n’est plus en sourdine. « On ferme régulièrement des services en période estivale pour permettre au personnel de prendre ses congés, raconte Samy Gacem, secrétaire syndical CGT de l’hôpital. Ce ne sont pas des mesures exceptionnelles. Ce qui est exceptionnel, c’est le contexte dans lequel intervient aujourd’hui cette décision. » Ce mois-ci, outre la suppression des congés, chaque groupe de 38 malades s’est vu amputer d’une infirmière sur les trois qui assurent le service. Celle du matin a été supprimée. Le personnel qui travaille à temps partiel est rappelé pour faire des heures supplémentaires qui ne seront ni payées ni récupérées.

En 2005, 92 postes ont été supprimés, toujours de personnel paramédical. L’équation est simple : avec la tarification à l’activité, c’est celle-ci qui détermine le budget. À activité moindre, budget réduit. Les travaux de mise à niveau, en particulier du plateau technique, la création du pôle mère-enfant ont perturbé l’activité, donc les ressources, donc le budget. Et l’Agence régionale de l’hospitalisation y est allée de son rappel à l’ordre, il fallait un retour à l’équilibre. Comme toujours, la seule variable possible était… le budget du personnel.

À cette logique s’est ajoutée la concurrence, à un kilomètre et demi, de l’autre côté du Rhône, de la clinique Tremel, qui devait abandonner ses services de maternité-obstétrique au profit de l’hôpital, comme en avait décidé le Schéma régional d’organisation sanitaire et sociale. Le personnel réorienté devait arriver cette année ; il a débarqué en 2006, en pleins travaux du pôle mère-enfant. Et, depuis, le service de la clinique fonctionne toujours, en pratiquant les actes les plus rentables, comme les césariennes, et il manque trois cents accouchements à l’hôpital pour répondre à ses quotas. « L’ARH laisse faire, s’indigne Samy Gacem. Nous devions avoir un cinquième praticien, mais l’hôpital n’a pas les moyens de le payer. Nous avions 25 lits de maternité publics, aujourd’hui nous en avons 24, dont 12 privés. Nous avons été il y a quelques années sous les feux de la rampe parce que l’hôpital de Vienne a été le premier à avoir des licenciements économiques sous contrats privés. Mais aujourd’hui, il ne faut pas se servir de nos difficultés pour mettre sous le coup des 35 heures notre problème de personnel. Nous ne comprenons pas bien notre surexposition médiatique et nous craignons qu’elle serve cette campagne. Nous sommes en pleine marchandisation des soins. On calibre les patients comme des fruits et légumes. À chaque acte sa durée d’hospitalisation. On ne travaille pas avec des hommes, des femmes, leur histoire, leur âge, on travaille sur des pathologies formatées techniquement au moindre coût. Ce n’est pas notre métier. »

« qu’on nous donne les moyens »

Réunis en CHSCT, hier matin, les délégués syndicaux ont fait entendre leur avis. Alain et Thierry sont catégoriques : « Il manque du personnel aussi parce qu’il y a des arrêts maladie. Comment, dans ces conditions de surcharge de travail, ne pas s’attendre à ce qu’il y en ait plus ? D’autant que la clinique voisine ne s’embarrasse pas de principes. Elle n’accueille même plus les prothèses de la hanche pour les personnes âgées, parce que la durée des soins ne libérera pas le lit assez vite. C’est l’hôpital qui récupère leurs malades. C’est notre travail, nous sommes un service public et nous le revendiquons. Mais qu’on nous en donne les moyens au lieu de privatiser l’hôpital. »

Émilie Rive

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Tag(s) : #Santé
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