Un établissement sur deux en déficit !
Les hôpitaux sont au bord de la rupture. Les syndicats de salariés, les institutions gestionnaires, comme la Fédération hospitalière de France (FHF), multiplient les avertissements depuis des années. L’affaire de l’hôpital de Vienne constitue la dernière illustration en date de la gravité de la situation. Si la décision brutale de son directeur de s’en prendre au droit élémentaire au repos du personnel le singularise de la pire des façons, la situation financière de cet établissement n’est pas un cas isolé : les comptes de la moitié des hôpitaux publics sont dans le rouge, rappelle-t-on à la FHF. Après des années de sous-financement chronique, les gestionnaires s’en sortent en se livrant à de la cavalerie budgétaire (pratique des reports de charges d’une année sur l’autre), mais aussi en fermant des services, en supprimant des emplois, et en exigeant du personnel toujours plus de disponibilité. Le nombre de jours de travail supplémentaires accumulés sur les fameux comptes épargne-temps, qui ne sont donc ni payés ni récupérés, dépasse les deux millions. De toutes parts proviennent des échos de souffrances psychiques, se traduisant par un puissant sentiment de dévalorisation du travail.
Et, en dépit d’effets d’annonces, de marques de compassion envers un personnel si « dévoué », la thérapie envisagée par Nicolas Sarkozy ne laisse augurer aucune véritable amélioration. La préparation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2008, qui sera rendue publique lundi par les ministres concernés, Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot et Éric Woerth, est engagée sous le signe de la recherche de nouvelles économies.
La fédération hospitalière a réclamé une enveloppe budgétaire (ONDAM) en progression de 4 %. Non satisfaite toutes ces dernières années, sa revendication, établie sur la base des besoins des établissements calculés au minimum, le sera-t-elle cette année ? La tonalité du discours prononcé mardi dernier par le chef de l’État sur sa « stratégie sociale » n’incline pas à l’optimisme. Le PLFSS 2008 sera marqué par l’adoption de « premières réformes structurelles » visant au redressement des comptes sociaux, a-t-il dit, en annonçant le financement intégral des hôpitaux par la tarification à l’activité (T2A). Un mode de financement lancé en 2003, qui touche à ce jour 50 % de l’activité des établissements, et n’a, jusqu’alors, en rien apaisé leurs tensions financières. Il consiste à remplacer la dotation budgétaire attribuée aux hôpitaux par une rémunération à l’acte médical, impliquant une tarification des différentes pathologies. Une réforme qui, comme le relève le directeur de l’établissement de Vienne, instille une « logique d’entreprise » privée au sein du service public de la santé.
La T2A « favorise les actes répétitifs et simples, alors que l’hôpital doit accomplir des actes complexes dans des conditions de détresse et de fragilité qui sont coûteux », notamment dans les cas des pathologies les plus lourdes que les cliniques privées ne prennent pas en charge, explique François Aubart, président de la coordination médicale hospitalière, dénonçant le risque de « voir l’hôpital faire le tri des patients ». Bref, un « remède » qui pourrait s’avérer pire que le mal.
Yves Housson
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