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Rapport de Pierre Laurent au 34ème Congrès du PCF (1ère partie)

Cher(e)s camarades,

Permettez-moi tout d’abord de vous souhaiter la bienvenue au 34ème congrès. La bienvenue, et surtout un travail fructueux. Vous attendez toutes et tous beaucoup de nos travaux. Vous y êtes engagés depuis des mois, avec énergie et passion. Les communistes que vous représentez ici en attendent eux aussi beaucoup. Ils vous ont délégué en vous confiant le mandat de réussir ce congrès. Et cette attente, nous le savons tous, va bien au-delà de nos rangs.

Depuis que chacun dans le pays prend conscience de la gravité de la crise dans laquelle le système capitaliste est entré, des conséquences qu’elle peut avoir, qu’elle a déjà sur des millions de vie, dans nos quartiers, notre pays, en Europe, partout dans le monde, les salariés cherchent comment faire face. Beaucoup s’inquiètent mais beaucoup déjà se mobilisent, et se disent que ça ne peut plus continuer comme cela, que les responsables de cette crise ne peuvent pas être ceux qui nous expliquent tous les matins comment en sortir pour en vérité rester aux manettes et continuer à s’en mettre plein les poches. Ces salariés guettent tous les signes de résistance et d’espoir, et ici en France, ils suivent avec attention ce qui peut se passer de neuf à gauche pour ouvrir des perspectives face à la politique de la droite et de Nicolas Sarkozy, et engager sans tarder la reconstruction d’une alternative politique de changement. Lundi, en rentrant dans vos départements, vos communes, vos entreprises, vous en croiserez par dizaines qui vous interrogeront : alors, au Parti communiste, vous avez décidé quoi ? Chers camarades, je vous le dis, nous ne pouvons décevoir cette attente.

Nous vivons une situation d’urgence. Des dizaines de milliers de précaires et d’intérimaires ont pris la porte depuis l’été pour payer l’addition laissée par les actionnaires sur le comptoir des marchés financiers. Des dizaines de milliers d’ouvriers sont cloués au chômage technique et s’angoissent chaque jour qui passe ce qui les attend. La crise du logement prend des allures de catastrophe, le pouvoir d’achat fond comme neige au soleil, les hôpitaux sont asphyxiés et l’inquiétude grandit sur le droit à la santé, quant à l’éducation de nos enfants, le pays vient de prendre conscience grâce à la mobilisation des enseignants que les suppressions de postes et des réseaux d’aide, les fameux Rased, signifiaient tout simplement l’abandon de dizaines de milliers d’enfants à leurs difficultés scolaires…

Devant la colère et les angoisses qui grandissent, le gouvernement de Nicolas Sarkozy n’oppose que cynisme et arrogance. Le Président de la République prétend tous les matins solutionner la crise, présente touts les deux jours un pseudo plan de relance. Mais à chaque nouvelle annonce, ce sont les mêmes, les actionnaires, et surtout la classe des grands capitalistes, qui se sentent rassurés, qui comptent ce qu’ils vont encaisser, et les mêmes, la grande masse des salariés, qui font ceinture. Nicolas Sarkozy occupe le terrain en promettant de refonder le capitalisme mais aucune des racines de la crise n’a pour le moment été égratignée par l’avalanche d’annonces présidentielles. Tout est fait au contraire pour relancer à plein régime la machine financière capitaliste, alors qu’elle nous conduit à nouveau à coup sûr dans le mur.

J’écrivais ces lignes quand au début de la semaine le comble du cynisme a été atteint avec l’amendement du député UMP Marini, qui préconisait de déduire de leurs impôts les pertes boursières des actionnaires. C’est probablement ce que ces messieurs appellent moraliser le capitalisme ! Mais cette sinistre comédie ne s’arrête pas là : le gouvernement a pris ses distances avec ce prétendu franc-tireur. Ce petit manège est désormais connu. Il fait florès au gouvernement. Rachida Dati s’enflamme pour l’emprisonnement des mineurs dès 12 ans. Christine Boutin veut enfermer les SDF à l’asile… François Fillon et Nicolas Sarkozy tempèrent les ardeurs de leurs ministres devant les caméras, et eux qui mènent au pas de charge une politique ultra-réactionnaire se font passer pour des modérés. En vérité, ni Monsieur Marini, ni Rachida Dati, ni Christine Boutin ne sont des ultras égarés. C’est toute la politique du gouvernement qui est marquée de cette violence anti-sociale et de cette inhumanité. Que propose en effet Nicolas Sarkozy quand il s’agit de faire face à la crise de l’automobile ? Tout simplement de faciliter le recours au chômage technique, autrement dit d’utiliser les moyens de l’Etat contre le monde du travail. Et pendant qu’il encourage ainsi le chômage, la fusion imposée à l’ANPE et à l’UNEDIC laisse en souffrance cent mille dossiers qui risquent de priver les allocataires de leurs droits ! Et que dire du nouveau patron de l’UMP, le « chouchou du président », Xavier Bertrand, qui avant de prendre les rênes du parti sarkozyste aura mis la dernière main à cette grande avancée sociale : la retraite à 70 ans !

Alors oui, cette politique, nous sommes plus que jamais décidés à la combattre, à la faire reculer, à rassembler dans l’action pour d’autres choix ! Nous en prenons ici l’engagement, Contre chacune des mesures qui prétendra faire payer la crise aux travailleurs, il se trouvera des communistes pour organiser la riposte et favoriser le rassemblement ! Notre peuple peut compter sur la détermination de nos militants, sur celle de nos élus, et je veux notamment saluer ici en votre nom à tous le courageux travail d’opposition, de proposition et de rassemblement de nos parlementaires, députés et sénateurs, qui dans les hémicycles de la République honorent nos valeurs et la gauche face à cette droite ultra-réactionnaire.

Et d’ailleurs cette volonté de combat grandit dans le pays. Les résultats des élections prud’homales le montrent, la journée d’action unitaire de tous les syndicats envisagée pour le début de l’année 2009 peut la renforcer encore. Nous l’avons nous aussi senti lors des multiples rencontres-débats que nous avons organisée sur la crise, ou en faisant signer par dizaines de milliers nos pétitions contre la privatisation de la Poste. Des idées , des solutions nouvelles trouvent un écho plus important. La crise bouscule bien des certitudes. Amplifier ces ripostes, et construire les chemins vers de profonds changements politiques, voilà bien le sens des décisions que nous avons à prendre. Je veux vous dire une chose à ce propos. En débutant nos travaux camarades, n’en doutons pas, ce que nous déciderons dans cette salle comptera. Nous ne laissons pas impressionner. Nous ne sommes pas ce parti de quantité négligeable que décrivent certains à longueur de colonnes, quand ils ne préfèrent pas nous ignorer purement et simplement. Les salariés, les travailleurs que nous côtoyons tous les jours, le peuple tout entier, la gauche auront besoin de toutes leurs forces pour relever le défi de la crise et lui ouvrir, à l’opposé d’une relance des solutions capitalistes, des issues progressistes. Nous sommes lucides sur les difficultés que nous traversons. Mais cela ne peut en aucun cas nous le faire oublier : nous sommes une de ces forces ! Et nos initiatives peuvent beaucoup compter dans la période qui s’ouvre.

C’est pour cela que nous sommes là, que vous êtes là : pour remettre cette force à l’offensive, pour la rénover si profondément qu’elle retrouve toute son énergie, toute sa créativité, toute son efficacité ! Nous voilà donc avec ce congrès au défi de conclure utilement nos débats d’orientation pour nous hisser à la hauteur de la situation. Ces débats sont maintenant engagés depuis dix-huit mois. Ils ont débuté à l’été 2007 au lendemain des résultats d’une élection présidentielle, marquée par la victoire de Nicolas Sarkozy, une nouvelle défaite de la gauche et un score historiquement bas de notre parti qui a nourri le doute sur l’avenir même de notre organisation. Ils se concluent aujourd’hui dans un autre contexte, totalement inédit, au cœur d’une crise majeure du système capitaliste mondialisé qui ouvre sans nul doute pour les années à venir une nouvelle période politique. Présenté ces deux dernières décennies comme « la fin de l’histoire », le capitalisme mondialisé est aujourd’hui remis sur la sellette. Les forces, qui comme nous le combattent et proposent de le dépasser, ont devant elles de nouvelles responsabilités et de nouvelles opportunités pour faire prévaloir un autre mode de développement, une autre vision de l’avenir de l’humanité. Ces dix-huit mois écoulés sont à eux seuls une belle leçon de choses de l’accélération de l’histoire dans laquelle nous sommes plongés. Faire preuve de clairvoyance politique dans cette situation extrêmement évolutive n’est pas le moindre des défis que nous ayons à relever. En nous écoutant, en nous respectant, en allant au bout de nos confrontations d’idées, nous en sommes, j’en suis convaincu, collectivement capables.

Nous avons beaucoup travaillé et échangé. Samedi après-midi, nous adopterons tous ensemble le texte qui fixera notre cap pour trois ans. Ce cap sera alors notre loi commune.

Nous voulons tous, je crois, parvenir à conclure ce débat dans la clarté et en nous rassemblant, pour pouvoir, demain, mettre en œuvre avec efficacité nos choix majoritaires.

Je veux insister sur ce point. Des journalistes nous interrogent ces jours ci sur l’éclatement du parti communiste. Quelle drôle d’idée ! Vous qui sortez de plusieurs mois de débat, de vos conférences de section, de vos conférences départementales, vous pouvez en témoigner. Est-ce l’éclatement qui a marqué nos débats ? Non, c’est au contraire un profond désir d’unité. Ici, nous ne sommes pas à Reims, au bal des egos et des écuries présidentielles, nous sommes dans un parti d’idées et d’action où le respect doit être la règle. Nous allons faire des choix clairs, prendre des décisions, parce que la situation, celle du pays, de la gauche, comme celle de notre parti l’exige. Notre diversité demeurera, nous la respecterons dans nos directions, parce que c’est un acquis sur lequel aucun communiste n’a l’intention de revenir, et surtout pas, je peux vous l’affirmer, la nouvelle équipe qui nous allons élire dimanche. Non, ce n’est pas de cela qu’il s’agit, la page que nous allons ouvrir, c’est celle du rassemblement des communistes autour de choix majoritaires clairs et cohérents. Et notre unité n’en sera que plus efficace parce qu’elle sera justement bien campée sur deux jambes : respect de notre diversité, et respect des choix de la majorité.

Cette clarté et cette cohérence nous sont nécessaires pour l’action. Et la crise nous invite évidemment à l’action sur tous les terrains. Elles nous sont nécessaires pour comprendre le monde, ses évolutions, ses contradictions, ses potentiels, pour démêler le vrai du faux dans l’intense affrontement politique et idéologique qui se livre actuellement. Elles nous sont indispensables pour rendre lisible et mobilisateur notre projet politique, pour sortir du flou, des hésitations, des tergiversations que l’on nous prête trop souvent, même quand c’est à notre corps défendant, pour briser le silence médiatique dans lequel on cherche à nous enfermer. Clarté et cohérence nous sont tout simplement indispensables pour repasser sans tarder à l’offensive.

Reconnaissons le : au lendemain de l’élection présidentielle, le défi n’était pas mince. La crise « existentielle » devant laquelle notre résultat électoral nous plaçait, l’urgence qu’elle nous imposait, nous avaient dans un premier temps conduit à envisager la tenue d’un congrès extraordinaire fin 2007. Nous avons finalement pris le temps, procédant par étapes, réunissant d’abord une assemblée nationale extraordinaire des animateurs de section il y a un an ici même, travaillant ensuite sur la base de son mandat par ateliers thématiques, puis en mai-juin derniers au cours de trois rencontres nationales dont les discussions furent largement profitables.

Toujours avec la même volonté d’approfondir notre réflexion, nous avons réalisé une importante étude sur la perception du communisme et du Parti communiste par les Français, qui a été comme vous le savez présentée lors de notre université d’été. L’université d’été elle-même, relancée cette année avec succès, a également constitué un moment de formation et d’échanges apprécié. Enfin, les 15 et 16 novembre derniers, la tenue de la rencontre pour un nouvel internationalisme avec plus de cinquante organisations présentes venues de quarante pays a constitué un autre enrichissement précieux. Et je ne parle pas des très nombreuses soirées ou journées de travail organisées dans les sections et les fédérations. C’est donc ainsi que le travail sur la base commune a progressivement mûri.

Les communistes nous avaient prévenus. Pas question de se laisser enfermer par avance dans un débat d’options prédéterminées, dans la répétition d’opinions ou de clivages déjà cent fois entendus. Ils ont tenu parole. Et en effet, dans ce débat, nous avons tous bougé.

Il faut dire que la vie aussi s’est chargée de nous faire bouger. Je ne cite que deux exemples. La campagne des élections municipales et cantonales, qui loin d’avoir été une parenthèse dans nos débats, nous a contraire apporté de nouveaux éléments de réflexion. Sans infirmer les problèmes politiques nés de l’élection présidentielle, ses résultats ont confirmé la persistance de nos atouts et validé nos démarches de rassemblement quand elles étaient menées de façon offensive, et résolument ancrées dans la proximité sur un travail de projets. Il faut redire, ici, le courage et la détermination de tous ces communistes, qui après le choc de la présidentielle, ont su repartir avec esprit de conquête et d’ouverture dans cette bataille électorale, surprenant tous ceux qui avaient déjà inscrit sur leurs tablettes notre déclin. Non seulement, les pronostics ont été déjoués mais des villes et des cantons ont été gagnés ou regagnés. Le pays peut compter sur ces milliers d’élus et leur association, l’ANECR. Ce n’est pas un mince point d’appui.

L’accélération de la crise financière mondiale, l’entrée générale du système capitaliste en crise et en récession ont elles aussi bouleversé la donne de nos débats . Nous avons réagi avec force et sans tarder. Notre campagne « la Bourse ou la vie » entamée avant l’été nous y avait préparés. La manifestation du 27 septembre sur les salaires avait aussi donné le ton. Nous avons très vite pris la mesure de la crise et de l’importance de ses conséquences politiques. Cela nous a évidemment poussé à approfondir et à enrichir nos analyses.

Au fond, plus que du temps, je crois que nous avons eu raison de prendre de la hauteur. Nous avons ainsi progressivement mûri un choix, celui de resserrer nos débats autour de trois grandes questions : l’analyse de la nouvelle époque dans laquelle nous sommes entrés avec le déploiement de la mondialisation ; le projet politique de changement que nous estimons nécessaire et possible de faire avancer dans les échéances politiques à venir ; la question de l’avenir du Parti communiste, de son utilité comme de ses nécessaires transformations.

Tout montre aujourd’hui que nous avons eu raison de faire ce choix.

Lors du vote sur le choix de la base commune, une large majorité des communistes qui se sont exprimés ont validé ce choix, considérant qu’il était le plus fécond pour pousser notre réflexion commune. Le vote, il est vrai, a également été marqué, chez ceux qui ont voté pour la base commune, comme chez ceux qui ont voté pour les textes alternatifs présentés mais aussi chez d’autres qui n’ont pas pris part à ce vote, par de fortes exigences d’amélioration et de clarification. Notre responsabilité est aujourd’hui d’entendre tout cela et de mener à bien tous ensemble le travail d’enrichissement attendu. J’y viens mais je crois qu’il était utile de mesurer le chemin parcouru.

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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