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Au PCF, le texte et le contexte

Le texte qui servira de base à la discussion pour le prochain congrès en décembre à Paris devra intégrer les évolutions d’une actualité qui s’accélère. Débats et controverses sur la nature des transformations à apporter au PCF.

Après l’adoption du texte qui servira de « base commune » au 34e Congrès, à la mi-décembre, une nouvelle phase du débat des communistes s’est ouverte. Cette adoption, première phase du congrès, ne clôt pas le débat, la base commune, tout en dessinant une orientation, reste un texte de « départ », à partir duquel par le jeu des amendements, enrichissements ou autres modifications, va se structurer le texte d’« arrivée ». C’est l’objet des congrès locaux et départementaux qui se tiendront d’ici aux assises nationales, du 11 au 14 décembre, à Paris-la Défense. Dans le même temps, l’actualité a connu une accélération particulière - crise financière mondiale, menaces de récession en Europe, plans de licenciements massifs, mais aussi mouvements en cours au sein de la gauche, nouvelle offensive de la droite contre les acquis sociaux, avec comme exemple emblématique la retraite pouvant être reportée jusqu’à soixante-dix ans. Rédigé il y a trois mois, le texte devra donc être enrichi, « la crise posant dans l’actualité des problématiques nouvelles », estime Marie-George Buffet (1), qui évoque « un contexte extraordinaire ». Pour commencer à y répondre, une réunion du Conseil national du Parti a été convoquée pour le 19 novembre, avec pour mission de mettre à jour le texte de base commune du congrès.

Quelles sont ces données nouvelles ?

Face à la crise et aux réponses apportées par les gouvernements, les communistes ont engagé dans toute la France une campagne de débats publics - 1 000 rencontres - avec des assistances fournies. L’intérêt manifesté pour comprendre et rechercher des alternatives progressistes rappelle l’ambiance des réunions qui décortiquaient le projet de constitution européenne pendant la campagne du référendum de 2005, témoignent des responsables locaux.

Le contexte, c’est aussi les mouvements qui s’opèrent au sein de la gauche : sur quoi va déboucher le congrès socialiste de Reims ? Quelles conséquences attendre du départ de Jean-Luc Mélenchon et de Marc Dolez du PS et de leur intention de fonder un nouveau parti ? Quel avenir aura la posture uniquement protestataire et surmédiatisée de la LCR, appelée à devenir un « nouveau parti anticapitaliste », abandonnant, dans sa dénomination, les références au communisme et à la révolution ?

L’appel lancé il y a deux semaines par le Parti communiste en faveur de la formation d’un front progressiste pour les élections européennes rencontre des échos favorables, estimait Francis Wurtz (2), se félicitant que Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez se prononcent également pour un front de gauche pour le scrutin européen. Une telle liste devrait rassembler « des femmes et des hommes représentatifs des courants politiques progressistes comme du mouvement syndical, social et associatif dans toute leur diversité », indiquait la résolution adoptée dernièrement par le Conseil national.

Enfin, le Conseil national devrait préciser la nature des transformations qu’il préconise pour le Parti communiste ?

Le nom, vrai ou faux débat ?

L’avenir du communisme politique, en ce début de XXIe siècle, a fait l’objet, portées par plusieurs personnalités, d’options diverses, y compris la création d’une nouvelle formation ou l’inclusion du communisme dans une structure plus large. La base commune précise à ce propos que « la voie de la transformation du PCF apparaît plus féconde que celle de la recherche d’un autre parti aux contours incertains ». Cette proposition s’appuie aussi sur la position majoritairement exprimée lors de l’assemblée des responsables de sections de toute la France, réunis il y a un an.

Dans ce contexte, la question d’une éventuelle nouvelle appellation du Parti communiste vient d’être reversée au débat dans une contribution collective signée par vingt membres de la Direction nationale (3). Pour les signataires, il n’est pas question de rayer le mot « communiste » mais de trouver, expliquent-ils, « un nom qui dise le communisme qui est aujourd’hui le nôtre, qui du même coup contribuera à nous libérer d’une image qui ne correspond pas à ce que nous sommes ».

Ils ne se prononcent pas davantage pour la création d’un nouveau parti : « Nous voulons continuer notre parti et le métamorphoser réellement. » Et les auteurs du texte de livrer cette suggestion : « Ne pourrions-nous pas accoler au beau nom de communiste, qui dit notre refus du capitalisme et notre idéal de solidarité et d’émancipation, celui de la démocratie, ce qui dirait notre rupture totale et définitive avec le stalinisme ? » Si l’on veut, comme il est précisé dans le texte de base commune, opérer une « transformation du PCF » et « ouvrir le Parti aux hommes et aux femmes de gauche qui cherchent les voies d’un combat (…), qui veulent transformer l’ordre actuel sans avoir forcément la même histoire, les mêmes références, la même culture que nous », alors il est nécessaire, estiment de leur côté les vingt signataires, de « produire un acte public qui donne ce signal ».

Cette initiative, survenant juste après l’adoption de la base commune et portant sur une question aussi sensible que celle du nom du Parti, jette un certain trouble et a relancé la controverse. André Gerin, député communiste du Rhône, qui avait présenté un texte alternatif à la base commune, s’insurge, dans une lettre adressée à Marie-George Buffet, « qu’une partie de la direction fasse semblant d’ignorer que l’immense majorité des communistes veut préserver un PCF autonome et tente de lui imposer un autre choix, je dis attention, danger de division ».

Nicolas Marchand a réagi en voyant une concomitance entre la publication de ce texte et l’annonce de la volonté de Jean-Luc Mélenchon de créer une nouvelle force politique. Or ni dans la résolution adoptée par la direction du PCF ni auprès de Jean-Luc Mélenchon, il ne saurait être question d’un quelconque projet de regroupement dans un nouveau parti. D’une manière symétrique et pour s’en féliciter, une autre dirigeante, Dominique Grador, considère que cette initiative est un argument en faveur d’une formation nouvelle.

Le Conseil national du PCF est donc appelé à lever les incompréhensions et à éclaircir un débat qui s’est quelque peu assombri. Sans répondre explicitement à la démarche des vingt responsables et sans reprendre leurs propositions, Marie-George Buffet écrivait dans l’Humanité (7 novembre) que, pour elle, le PCF « n’est pas seulement une organisation mais un parti politique dont la vocation est d’être et de demeurer l’une des principales formations politiques de notre pays ». Et Marie-George Buffet de préciser : non pas « un parti communiste », mais « le Parti communiste français ».

Jean-Paul Piérot
(article paru dans l’Humanité du 12 novembre 2008)

(1) Tribune dans l’Humanité, 7 novembre 2008.

(2) L’Humanité, 10 novembre 2008.

(3) Tribune dans l’Humanité, 10 novembre 2008, signée par François Auguste, Nicole Borvo, Joël Canapa, Sophie Celton, Patrice Cohen-Seat, Jean-Marc Coppola, Marie-Claire Culié, Pierre Dharréville, Michel Duffour, Élisabeth Gauthier, Brigitte Gonthier-Maurin, Joëlle Gréder, Fabienne Halaoui, Alain Hayot, Gérard Mazet, Gérard Piel, Marjolaine Rauze, Gilles Ravache, Jean-Claude Sandrier, Richard Sheehan.


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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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