Vous trouverez ci-dessous la copie intégrale de la lettre que Daniel Cirera, membre de l’Exécutif national, vient d’adresser à Marie George Buffet après la consultation des communistes des 29 et 30 octobre 2009.
« Le 1er novembre 2008.
Marie George,
Lorsque nous avons décidé la tenue et l’organisation du 34° Congrès en 2007, nous étions sous le choc de l’ élection présidentielle, de notre résultat, de la victoire de Sarkozy et d’une droite conquérante. L’essentiel du débat depuis – quand il a eu lieu et qu’elle qu’ait été l’orientation des analyses et des réponses que chacun de nous y apporte - s’est focalisé en fin de compte sur les raisons de notre déclin, sur les moyens de faire face à la crise existentielle à laquelle le PCF, comme la plupart des autres partis communistes, est confronté. Avec d’autres, j’ai eu l’occasion de dire ce que je pensais de la manière dont était préparé le congrès, comme du choix de réponse avancée par le texte proposé à la discussion. Je maintiens l’essentiel de ces critiques et je regrette que les signaux lancés par les communistes eux-mêmes pour une meilleure prise en compte des réalités n’aient pas été entendus. Mais là n’est pas l’objet de cette lettre.
L’enjeu du Congrès s’est en effet déplacé, avec l’éclatement de la crise et son expansion. Le mouvement réel, comme nous aimons à dire, bouleverse les conditions du débat. Car cette crise de système débouche sur une crise politique. Politique en ce sens que toutes les forces politiques ayant mis en oeuvre les politiques libérales qui ont conduit à cette crise historique sont confrontées à leur échec alors qu’elles n’ont pas de politique de rechange. Les politiques libérales et social libérales sont partout délégitimées, en France comme en Europe.
Le capitalisme lui même est contesté. Notre parti est ainsi placé devant des responsabilités politiques que nous n’envisagions pas de cette nature il y a seulement quelques mois. Les militants le mesurent et expriment de légitimes attentes et le plus souvent des inquiétudes sur notre capacité à y faire face. C’est aussi ce que nous entendons des femmes et des hommes qui nous disent « Mais que fait la gauche face à cette crise ? », alors qu’ils pressentent que le pire est sans doute à venir. Toutes les questions concernant le rassemblement et les changements à opérer pour être le parti du communisme en France au XXI° siècle, prennent une nouvelle dimension. Que faut-il que nous décidions pour être vraiment en capacité de jouer, en relation avec le mouvement populaire, un rôle décisif afin d’imposer les ruptures indispensables avec les politiques libérales ? C’est la question qui nous est posée. Face aux inquiétudes et aux attentes populaires, et dans cette situation inédite nous avons la responsabilité de contribuer à changer l’offre politique et à ouvrir une perspective. Cela dans un environnement où tout bouge et va bouger très vite, où toutes les autres forces politiques vont se repositionner.
Pouvons-nous faire face à des responsabilités d’un tel niveau avec le congrès tel qu’il est préparé ? Je ne le pense pas. Le texte de base commune est déjà submergé par les événements. Le cadre même du "projet" est emporté dans la tourmente de la crise. Ce n’est qu’un projet nous avait-on dit lorsque s’exprimaient des critiques sur ses insuffisances. Il sera nécessairement réécrit a-t-on expliqué pour justifier le vote en sa faveur. Mais dans quel sens serait-il réécrit ? Et par qui ? Surtout, qui peut penser qu’il suffirait d’amender un texte conçu dans un autre temps pour faire face à la nouveauté de la situation, avec ce qu’elle implique de créativité politique en prise avec l’action et le mouvement populaire ? Le fait que la "base commune" proposée par le Conseil national ait été votée majoritairement doit-il masquer le fait qu’il s’agit bien souvent plus d’un vote par défaut que par adhésion. Nous pouvons tous en témoigner. Ignorer les dizaines de milliers d’adhérents qui ne s’y reconnaissent pas, qui n’ont pas pris part au vote, ou ignorer les insatisfactions serait une faute aux conséquences lourdes.
Comment pourrions nous nous résigner au départ de celles et ceux qui, découragés, baissent les bras parce qu’ils ne voient rien venir de nouveau. Or la crise a bouleversé la donne. Les communistes, par la signification explicitement donnée à leurs votes ou leurs non votes, ont exprimé à la fois leur volonté d’unité, et leur volonté que le parti joue son rôle pour rassembler et apporter des réponses fortes, visibles, originales et efficaces, des réponses politiques à la crise. Ils veulent un congrès utile.
Se hisser à la hauteur des enjeux du moment, rassembler les communistes, tenir compte des attentes et des insatisfactions, bannir tout immobilisme, cela implique selon moi de redéfinir sans attendre les objectifs et les conditions de préparation du Congrès à partir des réponses à apporter pour faire face à la crise. Il est possible de le décider sans que quiconque y perde la face. Le temps presse. Il est court, très court. Pour la part qui me revient, sans rien retirer des critiques que j’ai émises, je suis totalement disposé, avec beaucoup d’autres j’en suis certain, à contribuer à ce travail.
Bien fraternellement, Daniel Cirera »
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