L’urgence écologique, otage de la crise financière
La « crise financière » aiguise les débats pour une perspective politique. Les enjeux du dépassement du
capitalisme et du rassemblement populaire majoritaire pour en construire le chemin et les contenus peuvent devenir des questions à la fois individuelles et de masse.
Hier encore Fillon nous affirmait avoir gagné « une bataille idéologique » à la fois sur les « valeurs » et les « propositions ». Aujourd’hui le capitalisme peut être contesté sur son injustice, mais aussi sur son efficacité pour assurer le devenir du genre humain. Les dirigeants socialistes affirmaient à propos de l’économie de marché que « le débat est derrière nous ». Comme le dit un éditorialiste des Échos, « après l’été, il est revenu devant ». Et ce débat sera d’autant plus « devant » si un très grand nombre de personnes s’en empare pour leur propre compte.
Là est la clé de tout.
Une protestation radicale, spéculant sur l’absence de perspectives à gauche pour prospérer, ne peut convenir. Les expériences passées, comme, le glissement social-libéral du PS, portent beaucoup à « se sentir sceptiques » à propos d’une perspective politique à gauche. C’est compréhensible. Ce n’est pas une raison suffisante pour renoncer. L’actualité nous montre éloquemment son besoin et les possibles. Par-delà les époques, il est une caractéristique du PCF, c’est l’ambition croisée entre l’utopie de « changer le monde » et la conquête au quotidien de transformations utiles pour le peuple. Son affaiblissement ne vient pas d’une « malédiction d’une obscure matrice », pas plus que de manquements à un « fondamentalisme », mais du retard et de la difficulté durables à faire vivre cette ambition croisée dans les conditions d’aujourd’hui.
Prendre cette question par le bout d’une recomposition politique organisationnelle, penser qu’un Meccano politique
de création d’une « nouvelle force » pourrait permettre de contrebalancer la menace du « bipartisme », c’est passer à côté de l’essentiel. C’est la faiblesse de l’appel de
Politis.
L’essentiel réside dans la « question sociale » et dans la question démocratique. Quelles que soient leurs configurations, toutes les tentatives politiques de ces trente dernières
années ont échoué par la non-réponse à une amélioration durable des conditions de vie d’une majorité de la population, et par la non-possession par les populations des processus
politiques.
Les avancées mises en débat dans la proposition de base commune pour le congrès du PCF sont des dimensions qui peuvent intéresser bien au-delà de ses adhérents. Dans les contenus des grandes transformations pour réussir un changement social. Dans la mise en débat de la constitution de « fronts progressistes » sur chaque grande question : de la défense de l’hôpital à la création d’un pôle public de crédit, jusqu’à la perspective politique elle-même, avec ses dimensions européennes et mondiales. C’est une démarche qui permet, à gauche, les rassemblements mais aussi les confrontations indispensables. Elle appelle pour réussir la maîtrise et l’innovation populaires. Ouverte sur de nouvelles dimensions féministe ou altermondialiste. Elle positionne, dans ce cadre, l’ambition d’une majorité politique de gauche pour l’exercice de responsabilités de gestion à tous les niveaux, y compris au gouvernement. Elle invite, sans trier au préalable, à interpeller sans relâche toute la gauche, parce que c’est tout simplement l’intérêt populaire. Elle permet d’aborder la question des alliances et des accords politiques sans lesquels une perspective majoritaire reste une incantation. Elle évite les impasses des définitifs « plus rien avec le PS » ou « rien avec la LCR », qui n’ont pas de sens, sauf à considérer que la situation de demain ne peut être que celle d’aujourd’hui, voire pire. Misanthropie qui serait seulement interpréter le monde avec pessimisme et renoncer à le transformer. Loin d’un choix communiste.
La gauche se révolutionnera en rapprochant le centre de gravité de la politique du peuple. Seule façon de mettre en échec le « bipartisme ». Cela vaut aussi pour le fonctionnement du PCF. Le vote direct des adhérents pour le choix de la base commune est un moment important d’appropriation collective. Ceux qui avec un « jésuitisme d’appareil » s’esquivent de ce vote, soit en ne voulant pas soumettre leur proposition au choix des adhérents, soit en n’ayant même pas déposé de texte, vont à rebours des défis d’aujourd’hui.
La démarche engagée pour permettre de débattre au préalable d’une conception et des candidatures au Conseil national, avec un aller-retour avec les départements, est aussi une vraie et positive rupture. Plutôt que tout se passe, trop tard, loin des adhérents, dans des commissions de congrès. Allons au bout de toutes ces novations. C’est ce qui peut réconcilier, pour le présent et pour l’avenir, le rayonnement du PCF et le devenir de la gauche.
Par Jean-Paul Duparc, enseignant, directeur du Patriote, Nice.
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