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Placer la culture, la pensée, le savoir, la recherche théorique au cœur de l’ambition communiste

Contribution de Léo Purguette

21 ans, militant à la section du PCF du Pays d’Aix, et au MJCF 13 (UEC Aix). Président de l’Association Jeunes et Culture 13.


25 août 2008

Cette contribution a pour point de départ un double constat : d’une part l’unanimité de nos dirigeants, quelles que soient les options qu’ils soutiennent, à exhorter l’ensemble du parti au bouillonnement d’idées, à la réflexion « sans tabous », et d’autre part le repli du parti observé depuis plusieurs années précisément sur le terrain de la pensée, de la culture, et des intellectuels.

Donner au PCF les moyens d’être à nouveau un « intellectuel collectif ».

Alors que les grandes échéances de notre parti (Assemblée Générale Extraordinaire, préparation du Congrès, phase statutaire du Congrès) font de plus en plus appel à la contribution des communistes, un nombre croissant d’entre eux restent spectateurs d’un débat se déroulant entre quelques camarades, personnes « qualifiées » et souvent autoproclamées.

Comment sortir de ce mouvement contradictoire ?

Une piste s’offre à nous : c’est celle de la réactivation partout et à tous les niveaux de l’effort de formation politique .

Par rejet violent d’une part de notre passé et de l’idée d’uniformité qui lui est attachée, le PCF s’est détourné de la recherche d’une forme d’unité et de cohérence idéologique de ses adhérents, pourtant nécessaire pour porter efficacement notre projet de transformation radicale de la société.

Une formation politique marxiste, critique, actuelle, dispensée à tous les adhérents est une entreprise émancipatrice, donnant à tous les communistes les armes pour leur militantisme et les clefs pour contribuer à la définition collective des orientations de leur parti.

C’est une question cruciale pour le PCF si nous refusons de le voir dériver en parti social-démocrate dépourvu d’idéologie, organisé autour de personnes plutôt que d’idées, ou en vaste forum alterquelquechose dont l’hétérogénéité idéologique n’aurait d’égale que l’impuissance transformatrice.

En ce sens, l’idée de base commune de discussion est bonne, mais ne doit pas se limiter à un texte « tombé » du Conseil National ou issu d’un petit groupe de camarades au moment des congrès. La constitution d’une base commune de discussion doit être continuelle, en perpétuelle consolidation. La formation politique est un des moyens de réactiver dans le parti, un débat de qualité, impliquant le plus grand nombre de communistes et susceptible de construire une dynamique collective durable.

Bien sûr cela ne se décrète pas, et pour réussir il faut s’en donner les moyens.

Développer des supports de formation diversifiés.

Les évolutions de la société n’ont, bien sûr, pas épargné notre parti qui y est ancré, et le reflux de la lecture, la passivité croissante face à l’information, nous touchent également.

Plutôt que d’en rester au niveau du constat, tirons le bilan de ces dernières années et identifions les manques et les moyens de les combler.

Tout d’abord, il semble évident de désigner le manque créé par l’arrêt de la publication des Cahiers du Communisme. Dans la reconquête du terrain des idées, la publication d’un support de formation ne serait-ce que semestriel apparaît comme primordial.

Mais cela ne peut être qu’un premier pas.

La PCF a réalisé d’énormes efforts pour intégrer les nouvelles technologies dans sa communication (site internet, vidéos en ligne, plateformes de blogs pour les présidentielles, meeting retransmis en direct…) Pourquoi ne pas utiliser ce savoir-faire au profit de la diffusion du savoir dans le parti ? Pourquoi ne pas produire des supports audio-visuels propices à la formation ? Les nouvelles technologies nous en donnent la possibilité à moindre coût, et par l’étendue des possibilités qu’elles offrent, nous permettraient de disposer partout d’outils de formation modernes, variés et faciles d’utilisation.

Retrouver notre voix en matière culturelle.

Quand on aborde les liens entre la culture et le PCF on pense tout de suite aux artistes et hommes de culture de très grand talent qui en étaient membres ou compagnons de route.

Mais si le PCF a longtemps été une référence en matière culturelle c’est aussi le fruit du travail exceptionnel réalisé par les municipalités communistes en faveur de la pratique populaire des arts et du développement d’une culture pour tous. Pourtant force est de constater qu’aujourd’hui, au niveau national, nous ne sommes plus producteurs d’un discours spécifique sur la culture.

La prise de parole du PCF sur le sujet est réduite à sa plus simple expression. Avec la publication périodique « Cigale » , éditée par le parti et pourtant inconnue d’un grand nombre de communistes, nous touchons les limites de la mise entre parenthèse de notre réflexion de fond sur le monde de la culture.

Aphone dans son propre bulletin, le PCF se contente de soutenir les combats ponctuels des salariés de la culture. Pas de projet global qui s’exprime, pas d’analyse du monde de l’art et de la culture qui émerge, pas de point de vue sur la création contemporaine, sa diversité, et les enjeux de classes qu’elle comporte…

En revanche on peut y lire de nombreux articles rédigés par des « personnalités » de la culture se réclamant de la gauche.

Privée de substance propre « Cigale » est un réceptacle, un support pour d’autres.

Dans un de ses derniers numéros, la démarche tourne au grotesque : « Cigale » publie des affiches soviétiques détournées pour dénoncer le caractère dictatorial et propagandiste du régime sarkozien. La quintessence de la bien-pensance petite-bourgeoise, qui se résume dans l’équation communisme=Staline=totalitarisme=fascisme=Hitler=Sarkozy, publiée par nos soins !

Pour quoi faire ? Pour plaire à qui ? Mystère.

L’anecdote qui confine au ridicule doit nous faire prendre conscience de l’urgence de nous saisir collectivement des questions culturelles  : dans le parti comme dans la société la culture ne peut pas être une affaire d’experts.

En associant, militants, responsables, élus, mutualisons les expériences, échangeons les points de vue et traçons les grands axes de la politique culturelle que nous voulons pour notre Peuple . Exprimons-nous sur la culture ! Le PCF n’a pas vocation à être un simple porte-voix, il doit savoir faire entendre la sienne.

Investir le monde du livre.

Interrogeons-nous également sur le monde du livre, et la quasi-absence en son sein de livres rédigés par nos dirigeants. Cet état de fait tranche avec la diversité de genres d’ouvrages (histoire, biographie, autobiographie, économie, philosophie…) et de dirigeants qui en étaient les auteurs (secrétaires généraux, dirigeants de premier plan mais également membres du CC spécialistes de telle ou telle question) qui s’offrait aux communistes il y a quelques dizaines d’année.

Bien sûr nous ne vivons plus au temps des éditions Messidor et le secteur de l’édition est pratiquement totalement inféodé à quelques grands groupes capitalistes. Pourtant il existe des maisons d’édition progressistes, il s’agit donc de faire acte de courage politique et de donner matière au débat, il s’agit de renouer avec l’idée que le PCF et ses dirigeants ont le devoir d’être producteurs et promoteurs de théories, de concepts, de réflexions…

Pourquoi ne pas agir de manière volontariste pour resserrer les liens avec les maisons d’édition qui nous sont les plus proches ? Pourquoi, dans le même mouvement ne pas nous doter de structures appropriées pour impulser l’ouverture, là où cela est possible, de librairies capables d’être des points d’appui dans la bataille idéologique, des lieux de débats féconds et de résistance aux logiques de marchandisation de la culture ?

Cela nécessite d’avoir une formidable ambition collective. Dans les grandes villes, où les dernières élections ont montré un recul relatif de notre enracinement idéologique, entreprendre une telle démarche est non seulement possible mais nécessaire .

Faire fructifier nos atouts dans le domaine de la recherche théorique et des études universitaires.

A l’échelle nationale des structures de réflexion et de recherche socio-économique et historique ont été fondées par le PCF. Saisissons-nous de notre XXIVème congrès pour en faire le bilan.

Espaces Marx, l’OMOS et la Fondation Gabriel Péri sont-ils seulement connus des communistes ? Qu’en est-il de leur production ? Répondent-ils à leurs objectifs ? Répondent-ils à nos besoins ?

Là encore le potentiel résidant dans de tels instruments est largement sous-exploité.

Les résultats ne sont pas proportionnels aux capacités ni aux financements.

Redéfinissons collectivement le rôle que nous souhaitons leur voir jouer auprès des adhérents, et sur le terrain idéologique au plan national comme international.

A l’intérieur des Universités, l’Union des Étudiants Communistes est un atout non négligeable pour la promotion des idées communistes.

L’UEC a récemment décidé de s’atteler à la rédaction d’un projet d’ensemble pour l’Université à côté d’une charte revendicative, c’est une formidable opportunité pour associer les étudiants communistes à leurs camarades du PCF dans une dynamique d’égal à égal, créant les conditions d’une convergence de vue sur les nécessaires transformations à apporter au service public de l’enseignement supérieur, et permettant de saisir les potentialités qu’il présente pour faire progresser les idées révolutionnaires dans le monde universitaire et dans la société toute entière .

Développer notre presse.

Notre presse (L’Humanité, L’Humanité Dimanche, La Terre, Economie&Politique, Les Lettres Françaises, La Marseillaise…) est un bien précieux dont il faut assurer la pérennité et le développement .

Certains auront beau-jeu de s’offusquer en rappelant qu’une partie des journaux dont il est ici question ne sont plus les journaux du parti.

Ils ont raison sur la forme mais tort sur le fond.

Ces journaux appartiennent à la mémoire, à l’histoire, au patrimoine des communistes.

Et quoi qu’en disent ceux qui nient l’évidence, un journal appartient avant tout à ses lecteurs  : les péripéties de notre presse durant ces dix dernières années le confirment.

Le mensuel Regards pour avoir oublié cette donnée essentielle en se considérant avant tout comme un journal propriété de sa rédaction s’est trouvé dans l’impasse absurde qu’on lui connaît, se coupant peu à peu de la majorité de son lectorat et finissant par devenir un journal plus fait pour ceux qui l’écrivent que pour ceux qui le lis(ai)ent.

Les difficultés récentes rencontrées malheureusement par l’Humanité liées aux problèmes de l’immobilier (y aurait-elle été confrontée en aménageant au Colonel Fabien ?) ont montré plus que l’importance des communistes dans son lectorat, elles ont confirmé leur rôle déterminant dans la survie du journal. De même, on peut citer leur mobilisation considérable pour faire renaître et diffuser l’Humanité Dimanche.

En Provence, la fusion du quotidien régional inféodé au PS avec celui de la droite avait fait escompter à La Marseillaise un basculement mécanique du « lectorat de gauche » en sa faveur. Infléchissant sa ligne éditoriale pour accompagner le mouvement, le quotidien régional n’a pas obtenu les résultats espérés mais s’est attiré le mécontentement du socle historique de son lectorat.

Ces trois exemples montrent le caractère contre-productif de l’autonomisation à marche forcée de notre presse.

Il ne s’agit pas de vouloir transformer nos journaux en tracts du parti, mais d’assurer leur développement en s’appuyant sur leur identité assumée.

Dans le contexte d’une crise générale de la presse écrite seul le dévouement des communistes (soutien financier, abonnements, diffusion militante…) peut faire la différence et assurer l’assise nécessaire au rayonnement de nos journaux.

Il nous faut être inventif et créer des solidarités nouvelles entre les communistes et leurs journaux (comités de défense, de diffusion, cercles de lecteurs contributifs…)

C’est une question vitale à la fois pour ces publications mais pour le courant d’idées qu’elles incarnent dans le monde de la presse.

Nous le savons, même parmi les adhérents, et de manière encore plus marquée chez nos sympathisants notre presse est sous-diffusée.

Étendre la diffusion de notre presse doit être une priorité c’est la condition pour pérenniser son existence mais aussi pour faire rayonner durablement nos idées.

Face à l’uniformisation de la pensée et à la concentration des titres de presse sous l’autorité d’une poignée de grands groupes capitalistes, notre presse à une place à tenir, un rôle particulier à jouer. L’Humanité pendant la campagne référendaire de 2005 a en ce sens pleinement rempli ce rôle. Et son identité communiste, à l’image de celle du parti dans la même période, ne l’a pas empêché d’être rassembleuse et de venir troubler la campagne de désinformation à grande échelle lancée par la presse capitaliste.

L’Humanité, il faut le souligner, a été particulièrement inventive et dynamique ces dernières années : renaissance de l’Humanité Dimanche, des Lettres Françaises, création de l’Huma des débats, numéros hors série, opérations jeunes correspondants, refonte du site internet et même récemment apparition de reportages vidéo sur le site.

C’est un exemple à suivre pour l’ensemble de nos titres.

La modernisation de notre presse passe , au-delà des modifications de formes dont auraient besoin certains titres pour être plus attractifs, par l’ optimisation de leur présence sur internet .

L’Humanité a initié la création d’une plateforme de la presse progressiste étrangère, pourquoi ne pas impulser une plateforme de la presse communiste française reposant sur des accords entre titres, permettant de mutualiser les moyens et d’atteindre une taille critique pour peser dans le paysage internet francophone en s’affirmant comme un grand pôle de la presse indépendante des puissances financières .

Enfin, en lien avec le thème de cette contribution, Les Lettres Françaises appellent une attention particulière.

La reprise de la publication de ce titre constitue une très belle initiative de la part de l’Humanité. Plusieurs années ont passé depuis leur renaissance, et force est de constater qu’il est nécessaire d’agir pour offrir aux Lettres Françaises la place qui leur revient dans le paysage intellectuel francophone .

Pourquoi ne pas agir pour faire d’elles, au moins dans un premier temps, un supplément réellement autonome, détachable d’une Humanité des débats séjournant plus longtemps en kiosque qu’un simple quotidien ?

Pourquoi ne pas organiser des diffusions spéciales à l’occasion de la présence militante des communistes à la porte de rencontres littéraires, au cours des festivals culturels, ou en lien avec les JC devant les classes préparatoires littéraires, les écoles des Beaux-Arts, les facultés de lettres ?

Conclusion

Pour conclure il parait donc essentiel pour ce XXXIVème congrès, de mettre la question de la pensée, de la culture, du savoir et des moyens pour les communistes de se l’approprier, au centre de notre réflexion collective.

Au-delà de cette première étape il semble nécessaire de placer notre combat sur le terrains des idées, nos efforts de recherche théorique, au cœur de ce que l’on pourrait appeler « l’ambition communiste » c’est-à-dire les moyens que nous nous donnons pour élaborer et promouvoir un projet solide pour un socialisme de notre temps, préalable incontournable avant la construction de la société sans classe, de la société communiste à laquelle nous aspirons.

Léo PURGUETTE
21 ans, militant à la section du PCF du Pays d’Aix, et au MJCF 13 (UEC Aix)
Président de l’Association Jeunes et Culture 13

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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