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Pour un parti communiste producteur de politique !

Contribution de Pierre Bachman

Section du Pays d’Aix


24 août 2008

L’histoire nous montre que les idées de progrès, la gauche, les mouvements révolutionnaires sont d’autant plus implantés qu’ils se sont construits sur des territoires où le débat politique était historiquement actif. Simultanément, l’histoire récente montre que le recul du débat politique fondé sur les illusions redoutables du management consensuel évacuant toute idée de conflit et de confrontation, est à l’origine de la régression politique, démocratique et sociale.

L’enjeu de ce congrès est donc de constituer notre parti comme pôle essentiel d’un nouveau système productif de politique.

Avec une telle hypothèse, il convient d’imaginer ce que nous voulons et avons à faire. D’une part, le congrès pourrait écrire un nouveau manifeste du parti communiste qui, en une dizaine de pages, positionnerait notre diagnostic et notre visée. En essayant d’être visionnaires ! Au-delà de ce manifeste des publications plus précises expliciteraient des points essentiels de notre stratégie, de nos valeurs et au-delà encore déboucheraient sur le ou les programmes que nous aurons à porter dans les diverses confrontations politiques, sociales électorales. Nous aurions donc tout un travail de réflexion théorique et pratique à mener entre communistes avec l’apport le plus important possible de capacités extérieures qui voudront bien collaborer à une telle démarche. Il nous faut reconquérir et faire identifier dans la société notre capacité à produire de la connaissance, du savoir, du sérieux et imposer notre place au cœur du débat public.

Notre travail pourrait alors se concentrer sur les points suivants :
- 1°) le capitalisme.
- 2°) le communisme.
- 3°) les mouvements qui se réclament de la transformation.
- 4°) l’enjeu d’un parti du communisme et de la civilisation.
- 5°) les valeurs intangibles et les solidarités à nouer.
- 6°) les moyens.

1°) le capitalisme. Sur la base d’un diagnostic court et précis il s’agirait d’affirmer que ce système en crise depuis bientôt 40 ans est inamendable et qu’il convient de le dépasser sous peine de sombrer dans des illusions mortifères et des barbaries sans retour. La guerre économique tue les droits et sécurités de vie. Elle habille les démocraties de guenilles.

2°) le communisme. Il faut sur ce sujet prendre à nouveaux racine sur ses origines au XVIIIe siècle, sur la référence à la révolution française, aux travaux marxistes, en positionnant ce concept comme processus de dépassement pour un bond de civilisation. Avec la fin des dominations et des systèmes d’exploitation comme horizon. Cette démarche relève évidemment d’incertitudes mais il est nécessaire de garder en permanence cette visée pour construire le chemin des possibles. C’est d’ailleurs cette boussole qui va nous distinguer du simple « anti » ou « alter » libéralisme. Simultanément il nous faut produire une analyse de classe sur les socialismes des XIX et XXe siècles. Il est en effet urgent de dépasser la vision globalisante ou superficielle de ces mouvements ou systèmes pour en tirer approche et appréciation qui ne soit pas idéaliste donc culpabilisante mais historique. Et si le système soviétique par exemple, au-delà de Staline, avait été simultanément communiste au sens originel, autoritaire et brutal, émancipateur et liberticide, tout et son contraire, c’est-à-dire vivant et contradictoire et peut être in fine « globalement positif » ? Que penser de la Chine, de Cuba, du Vietnam ? Que tirer des expériences sociaux-démocrates ? L’état actuel du monde devrait faciliter cette réflexion avec le recul qui s’impose.

3°) les mouvements qui se réclament de la transformation. Ils sont nombreux dans le monde mais ne sont ni homogènes ni forcément progressistes. Certains au contraire peuvent développer des idées rétrogrades de retour à un passé présenté comme meilleur ou idyllique. Toutefois, dans ces mouvements, peu ou prou, du « communisme » est déjà en œuvre au sens de démarche concrète de dépassement. Il nous faut donc identifier à l’échelle nationale ou internationale les forces avec lesquels nous aurons des convergences ou des solidarités à nouer… et celles avec lesquelles il faudra polémiquer. Il sera important de noter que les mouvements portant des embryons de communisme ne sont pas forcément le fait de personnes, d’organisations ou courants qui s’en réclament comme en Amérique du Sud. Notre rôle sera en particulier d’en prendre et faire prendre conscience.

4°) l’enjeu d’un parti du communisme et de la civilisation. Les hypothèses précédentes montrent que la visée communiste ne suppose pas qu’un projet politique mais a comme perspective un bond de civilisation. Elle est donc aussi de nature anthropologique. Notre parti doit s’affirmer, se positionner et se structurer en cohérence avec ce désir mobilisateur. Si par hypothèse une réflexion s’engageait sur un changement d’appellation il faudrait dans tous les cas conserver la référence au communisme conçu comme il vient d’être dit et suggérer sa visée re-civilisatrice.

5°) valeurs intangibles. Notre démarche, si elle veut s’identifier à un projet politique destiné à ouvrir un chemin vers une civilisation nouvelle, doit se fonder sur des valeurs solides et intangibles. En particulier celle d’émancipation humaine. Il en découle d’autres valeurs tout aussi intangibles : celle de progrès, de solidarité effective et pas seulement affective, celle de plein développement des capacités humaines qui d’ailleurs constitue l’une des définitions du communisme. Leur respect doit conditionner les convergences et les alliances éventuelles et doit permettre de nous identifier sans ambiguïté.

6°) les moyens. Au-delà de la nécessité d’un parti politique permettant la réflexion et la mise en œuvre de telles orientations, il s’agira d’articuler les éléments essentiels d’un processus efficace : la nature et les formes des rassemblements dont notre parti doit devenir l’un des pôles essentiel, les confrontations démocratiques, les rapports aux mouvements sociaux, une nouvelle culture du conflit, la place et la conception que nous avons du travail, des rapports de l’homme à la nature et des hommes entre eux, l’identification des besoins essentiels à satisfaire (sécurités de vie, maitrise du temps et des choix), les réformes structurelles à engager (finances-fiscalité, droits-libertés-institutions, travail-travailleurs-richesses-développement, intérêt général-action publique-services publics etc.). De ce point de vue, comme de ceux évoqués plus haut d’ailleurs, nous ne partons pas de zéro car il existe déjà d’importants travaux ou acquis propres à notre parti ou d’autres réalisés par des équipes de chercheurs ou repérable dans des luttes. Ils doivent inaugurer une nouvelle culture politique par leur mise en cohérence. Notre réseau territorial organisé est riche d’expériences qui doivent se rencontrer pour féconder cette cohérence et donner sens populaire à notre visée.

Sur ce chemin il est quelques passages obligés : réapprendre le plaisir, la curiosité d’apprendre, d’écrire. Travailler, restituer du savoir penser, dire et faire de la politique. Oui, il faut travailler ! Individuellement et collectivement.

L’expérience nous montre que le meilleur programme ne crée pas forcément mobilisation ou succès. Il est indispensable mais n’est pas suffisant. Nous devons agir, sans être sûrs de retours à court terme. Nous aurons probablement encore à ramer à contre-courant avant de « peser bien plus lourd » mais il nous faudra être tenaces et cohérents. Garder et conforter notre troisième place de force politique nationale. Et faire mieux si possible. Cette ténacité et cette cohérence pourront propulser nos propositions, notre posture, lors d’événements ou de conjonctures favorables. Notre démarche pourra alors prendre la force de la pertinence des désirs populaires, de la colère et des espoirs. Attention : les événements vont se bousculer avec une crise économique mondiale généralisée qui se profile. Il faut être prêts.

Finalement, sans ambiguïté, nous devons nous faire identifier dans la société comme les créateurs d’un projet nouveau qui suscite du désir de politique comme notre camarade Jacques Broda ne cesse de nous le rappeler. Pour une civilisation du « bien vivre » et non simplement du « mieux vivre » !

Pierre Bachman.
Eguilles le 24 août 2008.

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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