de Jean-françois Téaldi
Ce qui vient de se passer en Italie aux Congrès de Rifondazione et du PDCI nous interpelle à plus d’un titre dans le débat en amont de notre Congrès (je suis d’ailleurs étonné qu’aucune réaction de notre parti à ce sujet n’ait encore été diffusée).
Ce qui s’est joué dans ces deux congrès portait essentiellement sur la stratégie communiste à venir, dans un contexte de recomposition des forces de "gauche", après l’échec du gouvernement réformiste de Prodi à composantes communistes et l’élimination de toute représentation parlementaire de gauche lors des récentes élections des 13 et 14 avril derniers, dernier avatar du vote "utile" ou de l’abstention.
La gauche italienne n’a malheureusement pas fini de payer la désillusion des salariés causée par le bilan négatif du gouvernement Prodi et les illusions qu’avait occasionné la participation ou le soutien des composantes communistes à ce gouvernement.
Autant les débuts de Rifondazione, avant son entrée dans le gouvernement Prodi en 2006, paraissaient intéressants dans la recherche d’une ouverture et d’une prise en compte des forces sociales et sociétales en action contre la politique libérale, autant le maintien à tout prix dans ce gouvernement nous a rappelé le mauvais souvenir obstiné à rester dans les gouvernements de gauche plurielle auxquels nous participions en France, alors que la social démocratie tournait le dos aux objectifs de transformation sociale et de réponse aux attentes des salariés.
Les tentations de l’ancienne direction de Rifondazione de se fondre dans un accord organique avec le Parti démocrate, qui a pourtant abandonné toute référence à la gauche, ont ainsi été mises en échec et c’est certainement une bonne nouvelle pour les travailleurs italiens.
La nouvelle orientation de la majorité du Congrès scelle aussi l’échec de la stratégie de dilution de l’identité et des propositions communistes dans une "gauche" Arc en Ciel, qui n’a pas convaincu les salariés d’une possibilité de changement profond avec elle. Le Congrès a ainsi réaffirmé majoritairement sa volonté de continuer dans une stratégie de réflexion et d’action autour d’une visée communiste pour l’Italie et ouvert le champ de la construction au niveau de l’Europe, d’un socialisme du XXIe siècle pour reprendre une expression d’actualité en Amérique latine aujourd’hui.
L’objectif que se fixe la Direction nouvellement élue est de revenir aux sources de Rifondazione, de revitaliser le lien avec le mouvement social, de relancer la réflexion sur les raisons de la rupture entre la gauche de transformation et les salariés, sur la base des fondamentaux que sont l’exploitation de la force de travail et les conflits de classe qui en découlent.
Oui, en France comme en Italie, il faut pour les communistes une véritable rupture avec une stratégie et des orientations qui privilégiaient les alliances gouvernementales à tout prix, au détriment d’une réflexion et d’actions aux contenus transformateurs visant à quitter les chemins sans issue pour les peuples d’aménagement du capitalisme.
Comment ne pas voir que nombre de communistes en France sont déstabilisés, et ce depuis le Congrès de Martigues, par un Parti dont certains dirigeants ne semblent plus tenir compte des décisions prises majoritairement ; où les prises de position dans les débats et les votes sur les orientations paraissent parfois fluctuer selon l’humeur des uns ou des autres, selon les rapports de force qui se sont peu à peu cristallisés au sein du CN, au gré de courants qui se focalisent plus sur la volonté d’exister de certains qui les ont initiés dans la délimitation restreinte du périphérique parisien que sur la réflexion et la prise en compte des débats dans les fédérations et les sections ; débats qui, pour être souvent contradictoires et respectueux de la diversité des opinions, devraient tout autant permettre de trouver la meilleure manière de rendre audible les propositions du Parti et donc d’aboutir à des décisions assumées et impulsées collectivement afin de peser ainsi sur les conflits sociétaux en cours !
Faut-il pour autant revenir comme l’a fait le Congrès du PDCI au centralisme démocratique? Faut-il dans une moindre mesure réclamer aux dirigeants une certaine cohérence dans l’expression et l’impulsion des décisions majoritairement prises? La question fera sourire certains, en agacera d’autres, mais pourquoi en tant que marxistes ne pas la poser, puisque d’autres se la posent? Je n’ai d’ailleurs pas souvenir que cette question, comme beaucoup d’autres à l’époque, ait fait l’objet d’une débat très approfondi chez les adhérents dans la préparation du Congrès qui avait décidé d’abandonner cette manière de fonctionner.
Poser la question ne veut pas dire à mon sens que les expressions contradictoires ne doivent plus s’exprimer, que les camarades minoritaires sur un point à un moment ou sur des périodes données n’auraient plus le droit de conserver et de tenter de faire partager leur point de vue. Le recul démocratique serait alors mortel. Mais revenir à la cohérence dans l’expression publique des directions, cela permettrait peut-être au Parti, à ses adhérents, aux salariés qui sont en attente, de savoir et de comprendre où nous voulons aller, quel est le sens de notre combat et pourquoi ils pourraient le rejoindre.
Combien de fois dans nos réunions n’entendons-nous pas, et de plus en plus souvent : "Tu as vu les dernières prises de positions ? On ne s’y retrouve plus !" ; "Comment dans un même Parti peut-on avoir à ces niveaux de responsabilités de telles divergences de fond ?".
A tel point d’ailleurs que certains semblent passer plus de temps à fossiliser les divergences, comme s’il s’agissait d’un élément structurant et existenciel pour eux, plutôt que de rechercher les convergences permettant la synergie et l’action. Poser ces questions n’est pas revenir à des périodes révolues de glaciation, où les têtes se devaient d’être alignées comme un seul homme, mais poser tout simplement la question de la cohérence théorique de nos réflexions en vue de l’efficacité politique.
Les communistes italiens, ou français, ne sont d’ailleurs pas les seuls à s’interroger sur cette problématique. Le 28 juillet dans Libération, une quarantaine d’élus et de responsables socialistes n’écrivaient-ils pas dans la perspective de leur Congrès : "Nous permettrons à la diversité militante de notre parti de s’exprimer. Cependant dès lors que les votes seront intervenus, les décisions prises collectivement s’imposeront à tous. C’est la condition essentielle de la cohérence de notre organisation et donc de notre crédibilité."
Staliniens, rétrogrades les Auxiette, Ayrault, Delebarre, Dray, Mauroy, Sapin et Vallini? Non. Ils tirent tout simplement les enseignements de dérives que ne comprennent plus ni les militants, ni les électeurs. Dans le même ordre d’idée, la contribution de Roger Martelli au Congrès me rend perplexe.
Oui, Roger a raison, l’héritage marxiste léniniste rejeté n’a pas été remplacé. Il ne s’agit certainement pas d’y revenir et de façon dogmatique comme nous l’avons fait durant des décennies. Au moment où nombre d’intellectuels du monde entier (philosophes, économistes…) réaffirment la modernité de la pensée marxiste, débarrassée de son interprétation stalinienne, les communistes doivent plus que jamais s’en ré-emparer. C’est certainement parce que nous avons (volontairement?) oublié d’utiliser certains outils "marxiens" d’analyse de la société que nous en sommes arrivés à des tangages stratégiques au fil des années.
Je passerais donc sur les nombreux points d’accord de son analyse pour pointer uniquement ceux que je ne partage pas. Roger ne m’a pas convaincu. Et tout d’abord pourquoi les "conditions d’un choix communiste pleinement maîtrisé ne (seraient-elles) pas réunies"? Il me semble à contrario qu’elles le sont.
Pour Roger, le communisme devrait continuer à vivre mais pas sous la forme de l’actuel PCF. Entre la contestation en solo minoritaire et l’engluement majoritaire dans l’adaptation il n’y aurait pas de place. Le PCF n’aurait pas les moyens en rassemblant autour de lui de rompre le cercle vicieux de la dynamique politique actuelle. Un appel à le rejoindre serait inutile ou contre productif. Laisser penser que la proposition communiste devrait être l’ossature d’un projet transformateur contribuerait à jouer contre son camp.
Si nous devons effectivement plus que jamais être ouverts aux autres sans à priori, tirer les enseignements des échecs et de nos lacunes, transformer nos pratiques en lien avec le mouvement social et arrêter de penser que nous seuls avons les bonnes solutions, devons nous renoncer à avancer les idées émanant de la réflexion collective des adhérents (et des autres)?
Sommes nous convaincus que la réflexion collective est un plus? Oui ou non croyons nous possible le dépassement du capitalisme et la visée communiste comme perspective pour sortir de l’engrenage néo-libéral? Pourquoi devrions nous abandonner l’outil et renoncer à son renforcement alors que de nombreux jeunes écoutent avec intérêt nos propositions, adhèrent à nos actions dans les endroits où se déroule une activité publique et notamment dans les villes à direction communiste où les élus sont aussi des militants du Parti, certains jeunes le rejoignant, même si ce n’est pas massivement?
Fort d’un constat définitivement négatif pour l’avenir, il faudrait selon Roger reconstituer un pôle critique de gauche pour parvenir à des majorités d’alternative. Maintenir un collectif des communistes oui, mais cela ne passerait pas nécessairement par la perpétuation du PCF. Il ne croit plus à la pertinence de la structure, à la refondation de l’intérieur. Il penche pour une force politique contenant en son sein une composante communiste sans pour autant être un parti séparé.
Cela supposerait la nécessité d’englober le PS dans les alliances à venir. Les exemples de l’Allemagne (Die Linke) encourageraient à explorer cette piste. Pourquoi le Parti, avec ses forces militantes dont certains s’obstinent à ne pas voir qu’elles existent, même si elles sont notoirement insuffisantes, ne serait-il pas capable de renouer avec sa "critique radicale et son implication créatrice dans la société et les institutions"? Pourquoi si nous menons à terme les changements indispensables, le Parti autonome devrait-il cesser d’exister? Uniquement pour construire un pôle critique à gauche pour des majorités d’alternative ?
N’est-ce pas réducteur au regard d’un engagement communiste? N’est ce pas là voir l’outil comme seul instrument théorique critique ou au mieux d’accès au pouvoir dans une nébuleuse de gauche? Et pour quoi faire? Ce n’est ni d’alternance ni d’alternative dont les salariés ont besoin ; c’est d’une autre société basée sur la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme.
Bien sur qu’il faut envisager des coopérations avec le PS, mais à quelles conditions et jusqu’où? Nous ne devons plus faire de cette union la base exclusive, la seule perspective, intangible et incontournable, essentiellement en périodes électorales. La question à se poser c’est avant quel projet voulons nous, comment construire les rapports de force dans les luttes et pour bâtir, avec qui, PS et autres, sur quelles pratiques du national au municipal?
C’est de la réponse à ces questions que découlerons les alliances ponctuelles ou de gouvernance. Pourquoi "aller dans la direction" de l’expérience de Die Linke, certes inédite et intéressante, mais dans les conditions historiques de l’Allemagne et sans savoir ou mènera cette expérience, alors que l’histoire de la gauche et du mouvement ouvrier en Allemagne n’a strictement rien de comparable avec celle de la France?
Pourquoi rejeter toute l’histoire, les expériences, celle du Parti et du mouvement social, propres à notre pays ? Pourquoi après le "grand frère soviétique" et les "bilans globalement positifs" que nous avons trop suivis irions nous prendre encore comme modèles des pays extérieurs au notre? Ces structures composites, où les communistes perdent à terme toute identité et qui viennent d’échouer en Italie ne doivent pas servir de modèle aux communistes français. Enfin, selon Roger, les conditions générales n’existeraient plus à l’échelle européenne et mondiale pour constituer une force pertinente pour une relance communiste concertée. Est-ce à dire que les conditions d’exploitation n’existent plus? Qu’après avoir exercé leurs méfaits à l’échelon de l’état-nation elles ne se sont pas étendues à l’échelle du continent et même des continents?
La mondialisation libérale de l’économie montre tous les jours le contraire. Oui les conditions objectives économiques et
politiques existent. Constituer à l’échelle internationale une force pertinente pour une relance communiste concertée est un objectif crédible. Encore faudra-t-il que les partis se réclamant de
la visée communiste (et d’autres anti-capitalistes) soient capables de se parler, d’échanger, d’élaborer ensemble des propositions et des actions contribuant à modifier le rapport des forces.
Plus que jamais la Critique du Programme de Gotha, qui vient d’être rééditée, est à relire…
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Excellente analyse...Mais tu ne poses pas la question de la rupture stratégique avec le PS pour retrouver notre véritable indépendance de révolutionnaire .On ne peut pas retarder cette décision politique majeur pour l’avenir du socialisme en France .Les dirigeants du PS ont fait le choix de gérer consciencieusement le capitalisme.Nous devons faire une autocritique publique devant tous les citoyens de gauche de la période Mitterrandienne et de la gauche plurielle pour retrouver un écho favorable parmi les masses.Si nous ne faisons pas cette autocritique nous continuerons à être inaudible malgré notre beau programme de construction de la socièté communiste.
Rompre avec le PS c’est une nécessité politique et stratégique pour remettre les masses en mouvement contre le capital en cette période de vaches maigres sarkozistes.Les raisons "électoralistes" de l’union avec le PS contribuent à l’illusion d’un changement véritable à partir des collectivités territoriales qui gèrent fidèlement les institutions mises en place par le capital et ses dirigeants .La collaboration de classes évidente des dirigeants socialistes sur les institutions de la 5ème,le Marché,l’Europe,les Privatisations,les réformes sociales sur les retraites,la sécu,le Contrat de travail,la Diplomatie atlantiste etc....est démontré tous les jours .Leur refus de l’Autogestion des salariés dans les entreprises,fondamental pour permettre la mise en place de la nouvelle socièté socialiste,démontre aussi qu’ils ne veulent pas que le peuple gère ses propres affaires sans délégation de pouvoir.Il faut donc constater que nos objectifs sont diffèrents et en tirer les conclusions évidentes : l’alliance PS-PCF est un fiasco politique pour les intérêts des citoyens malgré quelques accords électoraux qui n’ont rien changer à la situation des gens.La gestion commune des collectivités territoriales n’a pas apporté de changement notable pour la vie quotidienne des citoyens,surtout des plus pauvres : les impôts sont élevés,la démocratie locale est paternaliste,le clientélisme reste prégnant,l’autogestion n’est pas mise en place,la collaboration avec le pouvoir bourgeois est plus que jamais à l’ordre du jour(exemple : communauté urbaine de marseille,commissions mixtes avec les élus de droite,déjeûner de compagnonnage avec sarko,anti-communisme permanent et ignorance voulue de l’histoire du mouvement ouvrier et de l’internationalisme prolètarien ,le refus du marxisme etc ...).Non,nous n’avons rien à faire avec ce parti opposant discret du sarkozisme pour le remplacer plus tard pour poursuivre la même route de l’exploitation soutenue des masses populaires .
Le congrès de décembre ne peut évacuer cette nécessité politique pour redonner aux idées communistes leur force d’attraction,libérées de la pensée social-démocrate qui fait le délice du bourgeois pour conserver ses privilèges .L’Union de la gauche..Programme Commun et bien d’autres slogans ont martyrisé des générations de militants communistes..Arrêtons le massacre des consciences au nom de la fidèlité aux idées communistes humanistes et libèrateurs ........Redonnons l’espoir aux travailleurs pour qu’ils contribuent au changement de socièté en rompant avec la socièté capitaliste sans espoir ...
Bernard SARTON,section d’Aubagne
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