mercredi 2 juillet 2008
Selon la cohérence politique que l’on porte, il est compréhensible que l’on n’ait pas spontanément le même regard sur ce que serait un « congrès pour rien » ou un « congrès utile ». On trouvera ici quelques convictions, sans prétention mais nettes, dans cette phase préparatoire à la « base commune ».
Une remarque préalable
Le débat n’en est heureusement plus à son état binaire initial. « Maintient ou liquidation du Pcf » pour certains, dans un fondamentalisme identitaire, peu porteur d’avenir de mon point de vue. « Maintient ou dépassement du PCF dans un nouvelle force » pour d’autres, dans l’obsession d’une recomposition politique à gauche ou à la gauche de la gauche. Le vrai risque de « verrouillage » de la pensée et de l’imaginaire était que le débat en reste à ce niveau là. (1)
C’est en s’immergeant pleinement dans la compréhension des évolutions et des contradictions actuelles du monde, de l’Europe, du capitalisme d’aujourd’hui, de la société française, que l’on peut espérer répondre aux questions sur les transformations à apporter au PCF lui-même.
Cette compréhension permettant de comprendre les limites et les échecs de ce qui a été essayé jusqu’ici en France et dans le monde, et de se mettre en situation de répondre aux défis de projet, de stratégie politique, de rassemblement populaire majoritaire, d’alliances, d’organisation et de pratiques politiques, correspondant au changement social à notre époque.
Dans cette période de pré préparation de congrès, un des acquis à approfondir en contenu et à élargir en nombre de personnes actives dans le débat, est d’avoir commencé à dépasser les limites des « positionnements politiques préfabriqués ». C’est indispensable pour se mettre en situation de répondre aux questions que posent l’état du monde, de la société, de la gauche et des urgences populaires. Et ces questions se posent à nous comme à toutes celles et ceux que le changement social concernent ou intéressent.
C’est aussi une bonne façon de reconstruire une utilité, une efficacité et une unité politique des communistes dans la société française.
Etre résolument ambitieux
C’est bien entendu réaffirmer notre ambition de civilisation d’un dépassement du capitalisme, des exploitations et des dominations, et retravailler notre choix émancipateur du communisme. Disputer résolument au capitalisme son « efficacité » et son « réalisme » présumés.
C’est donner à voir un devenir de la société française, en Europe et dans la « mondialité » d’aujourd’hui, qui fasse sens à la fois pour l’épanouissement de chacun et la réussite collective.
C’est contribuer à reconstruire une culture et une pratique politique sur les obstacles à vaincre, les repères de classes, les rapports sociaux à transformer, les grandes réformes à opérer, le mouvement populaire à constituer, pour rendre possible ce devenir, à la fois individuel et collectif.
C’est faire une « offre politique » de démarche de gauche, pour que ce mouvement populaire, cette émancipation humaine et cette transformation sociale aient des concrétisations politiques avec ce que cela implique de mouvement majoritaire, d’alliances et de travail, indissociablement dans la société et les institutions, elles mêmes à transformer. (2)
C’est dessiner les transformations que nous voulons apporter à notre organisation politique afin qu’elle-même se mette au niveau de cette ambition.
Le tout, pour être crédible, en donnant bien à voir en quoi nous tirons les enseignements de ce qui à échoué dans le passé. Qu’il s’agisse des expériences s’inspirant d’une forme historique de communisme, des deux expériences de gouvernements de gauche en France qui ne sont pas parvenues à changer positivement et significativement les réalités, des formes de rassemblements qui faute de consistance populaire ou bien par « délégation de pouvoir » ont été contreproductives ; ou bien encore des échecs en France et dans le monde de la social démocratie et de l’extrême gauche.
Ce travail de « distinction » vis-à-vis de ce qui a échoué est essentiel. Y compris pour être entendu des personnes, militantes ou non, intéressées au changement. En clair, si ce que nous proposons semble refaire ce qui s’est fait à l’Est, ou bien repartir comme avant avec le PS, ou bien refaire « aréopage » avec des personnalités auto proclamées d’une étroite « gauche de la gauche », il n’y aucune chance que cela ait de l’écho.
Répondre aux questions
Depuis un an et à juste titre, nous émettons un grand nombre de questionnements. Si la réflexion ne sera sur de nombreux sujets, fort heureusement, jamais achevée, il est nécessaire que le congrès soit en situation de déterminer une cohérence, fasse de vrais choix et pose des repères forts et durables pour l’avenir.
Je lis dans certaines contributions qu’il faudrait simplement que le congrès décide « d’enclencher un processus », aux contours qui semblent bien flous (3), sans anticiper sur les formes futures d’organisation politique, de rassemblements, d’alliances,…..Bref, un congrès pour décider le moins de choses possible au motif qu’il faudra bâtir avec d’autres ensuite.
Les femmes et les hommes qui sont en besoin de changement et de perspectives politiques, sont en droit d’attendre du PCF qu’il énonce clairement ce qu’il souhaite et ce qu’il est. Bref qu’il prenne ses responsabilités.
Si nous sommes adhérent d’un parti politique, c’est au minimum pour que, au bout d’un an et demi de questionnements, il sache formuler de façon cohérente ses choix. On se met d’autant mieux en capacité de travailler utilement avec d’autres qu’on sait soi même qui on est et ce qu’on veut.
C’est d’ailleurs en répondant à ces questions que nous tracerons les transformations à apporter au parti politique lui-même. Deux exemple : on n’a pas la même conception du projet, de la stratégie et de l’organisation politique selon qu’on se propose de « sortir de l’Europe » ou qu’on affronte le défi de construire les larges convergences internationales pour « changer l’Europe ».
On n’en a pas non plus la même conception, selon qu’on se propose de rassembler « autour » du PCF, ou même autour « d’une nouvelle force », ou bien que l’on se propose d’agir politiquement dans la société pour permettre aux femmes et aux hommes de s’approprier des projets, de les investir et de les porter pour leur propre compte dans la société.
Le projet de « base commune » doit donc permettre de progresser dans l’émergence d’une cohérence de réponses sur « projet-stratégie-organisation »
C’est d’autant plus important que l’absence de choix pourrait ouvrir la voie à des dérives sans rivages.
Prenons un exemple : nous indiquons dans nos réflexions que nous faisons une différence entre rassemblement, construction populaire, et alliances pouvant s’opérer à telle ou telle échéance. Ce sont effectivement deux dimensions à la fois liées et distinctes. Mais imaginons que le Congrès soit flou dans ses choix : sur quelles dérives, voire quelle cacophonie cette « distinction » pourrait-elle alors déboucher lors des prochaines régionales ?
Surtout si le raisonnement n’est alors surdéterminé, faute de Congrès clair, que par l’objectif « d’avoir le plus grand nombre d’élus », dans un contexte où beaucoup de premiers dirigeants de fédération sont devenus depuis plusieurs années « Vice Président » de ceci ou de cela.
Phantasmes ? Non, quand je vois ce qui se passe dans certaines régions, je ne suis pas tranquille sur ce qui peut se produire. D’ailleurs j’aimerais bien que l’on ne parle pas que du « cumul des mandats » au niveau des élus, mais aussi des situations de « cumul des mandats » d’élus et « de responsabilités » dans l’organisation et de ce que cela peut risquer d’induire si la démocratie interne à l’organisation n’est pas suffisamment vivace.
Etre clairs
La base commune doit permettre de construire une unité efficace et ressourcée des communistes.
Est-ce à dire que celle-ci doit juxtaposer les différentes cohérences qui se sont exprimées jusqu’ici ? Et que sa capacité à « produire de l’unité » devrait s’estimer au nombre et aux différences de positionnement des membres du CN qui la voteraient ensemble ? Non seulement je ne le crois pas, mais je suis même convaincu du contraire.
Le projet de base commune doit être le produit du travail visant à faire émerger du neuf. Elle doit avoir une architecture cohérente. Elle peut comporter, sur certains points des variantes, dès lors que ces variantes sont compatibles avec la cohérence d’ensemble.
Elle doit même rechercher à prendre en compte des causes, des apports ou des réflexions d’ « autres cohérences ». Car ces « cohérences différentes » ont pu pointer et naître de vrais problèmes, de vrais défauts, ou de vrais manques à notre politique, même si on ne partage pas les réponses qu’elles proposent.
Mais si il s’agit d’énoncer une « autre cohérence », alors il est beaucoup plus clair et souhaitable de saisir tous les communistes de vrais « textes alternatifs » plutôt que de juxtaposer plusieurs cohérences dans un même texte.
J’ajoute trois remarques.
Les congrès précédents nous ont montré qu’à rechercher au CN des textes convenant au plus large spectre des différentes opinions de ses membres, il en résulte des textes dont les « équilibres subtils et flous » sont le produit de « compromis d’arcanes » qui échappent à la souveraineté des communistes. Ce sont des textes qui donnent lieu, à peine votés, à des interprétations différentes. Si nous voulons innover vraiment : sortons de ces pratiques là !
Si la base commune devait comporter toutes les cohérences en présence, cela signifie que les choix structurants seraient renvoyés au seul congrès et à ses éventuels compromis internes, voire de commissions ou de couloirs. Il me semble beaucoup plus démocratique que, dans un premier temps, par un vote sur le choix d’une base commune parmi des textes alternatifs, tous les adhérents soient décideurs de la cohérence dont l’architecture a leur préférence.
Afin dans un deuxième temps, jusqu’au congrès, travailler à enrichir, tous ensemble, la cohérence choisie.
La présence de plusieurs textes fait elle grandir le risque d’un éclatement ou d’une division accrue des communistes ? Je trouve que globalement le débat entre les communistes est adulte, et qu’ils sont suffisamment matures pour se saisir de plusieurs textes, exprimant des cohérences différentes (puisque « cohérences différentes » il y a) et choisir.
Ils sont d’ailleurs plus intéressants dans leurs échanges que les discours répétitifs qui se confrontent sempiternellement au CN. Pire, il me semble que le risque de division ou de désagrégation seraient bien plus importants si les communistes ne sont pas mis en situation de faire dans la préparation de leurs congrès des choix clairs et vrais.
Et ceux qui font cause commune pour dénoncer un hypothétique « verrouillage » et veulent que le congrès décide « le moins possible », ne visent ils pas tout simplement à avoir les mains libres après le congrès, pour mener à bien, ensemble, ou chacun de leur côté, des démarches qui n’auront plus rien à voir avec le collectif militant communiste ? C’est parfois à se demander si certains ne voudraient pas que, du Congrès, émerge « le moins possible » afin de mieux pouvoir dire ensuite que, décidément, cette « matrice » ne peut plus rien produire.
Permettre à la souveraineté des communistes de s’exercer
Bref, un congrès réussi serait me semble t il, un congrès qui conjugue l’ambition dans ses objectifs de transformation du monde et de la société française et la transparence pour permettre à la souveraineté des communistes de s’exercer.
Cela demande une proposition de base commune qui s’efforce de proposer une cohérence qui prolonge et développe les réflexions de ces 12 derniers mois. Et que chacun s’assume dans les propositions et les cohérences qu’il porte jusque dans des textes alternatifs s’il le faut, proposés à la discussion de tous.
C’est aussi cela faire de la démocratie, à la fois le but et le moyen du combat que nous menons.
Jean Paul Duparc 06 Nice
(1) je trouve que fort heureusement les trois rencontres nationales ont permis au débat de prendre du souffle et de l’étoffe ; alors que je constate que dans leurs tribunes ou interventions, que ce soit R.Martelli ou JC.Gayssot ou A.Gérin ou Y.Dimicoli en restent à la répétition de ce qu’ils écrivaient il y a an, qui dans l’Humanité, qui dans l’Echo du Centre, etc…. (2) voir une précédente contribution sur projet et stratégie intitulée « Réflexions pour un point de vue communiste de France » sur Alternativeforgenet (3) voir par exemple une récente contribution de Pierre Blotin sur Alternativeforgenet
Collectif Bellaciao
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article68508
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