FRANCE
Le monde, le développement, l’union, le projet, le Parti : regards nouveaux
Un monde nouveau ?
Le « capitalisme mondialisé » façonne un monde nouveau. Pour beaucoup de communistes, c’est l’écroulement du système socialiste qui a laissé libre champ au capitalisme, la chute du Mur qui a fait passer d’un système bipolaire à un système unipolaire. Une autre grille de lecture apparaît : ce qui a changé le monde c’est le bouleversement de la production, « la révolution informationnelle », comme la « révolution industrielle » avait bouleversé le monde des XIXe et XXe siècles. L’effondrement du système soviétique serait alors une conséquence de son incapacité à relever les défis de ces bouleversements. Cette lecture conduit à abandonner les « recettes » passées pour chercher des réponses concrètes aux défis posés par ce monde et cette société.
Un nouveau mode de développement ?
Une idée émerge : au coeur du projet des communistes doit être placé un développement qui implique le dépassement de toutes les formes de domination et d’exploitation de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme, de la nature par l’espèce humaine. Pour les communistes, cela impliquerait un renoncement définitif au modèle productiviste. Croissance, décroissance, nouvelle croissance, sont des options en débat. La discussion est vive sur le défi énergétique : nucléaire ou non ? Les économies d’énergie sont-elles un des enjeux majeurs ? Quelle place pour les énergies renouvelables ?…
Une période nouvelle, un projet nouveau ?
La dernière décennie du XXe siècle était celle de « la fin de l’histoire », du triomphe définitif du capitalisme sur le monde. Pour beaucoup, une période nouvelle s’amorce avec une crise « systémique » du capitalisme. Entrer dans une telle période implique de nouvelles responsabilités pour les communistes : doivent-ils dessiner un projet communiste pour l’avenir tout en animant des luttes de résistances ou doivent-ils contribuer à l’élaboration d’un projet politique de transformation comme réponse immédiate ? Pour certains, le projet est déjà écrit. Pour d’autres, son élaboration implique un énorme travail. Doit-il être l’oeuvre du Parti communiste, ou l’objet d’une élaboration populaire et ouverte à d’autres ?
Rassembler, qui, comment et pour quoi ?
Les différentes stratégies d’union de la gauche sont-elles la cause principale des reculs du PCF ? Ceux qui le pensent refusent toute alliance avec le Parti socialiste dans les conditions du rapport des forces actuel. Et privilégient les rassemblements exclusivement « à la base », ou des alliances à la gauche de la gauche. D’autres options affirment que l’union avec toutes les forces de la gauche est la condition pour constituer un mouvement majoritaire. Il faut donc, selon eux, chercher une forme de rassemblement qui permette de réaliser cette union sans jamais que le mouvement populaire ne perde la main. Tenant compte des dérives actuelles du Parti socialiste, des partisans de cette option estiment que le PCF doit chercher à construire des « fronts » sur des objectifs politiques communs.
Le Parti ? Quel parti ?
Concernant la question de l’existence et de l’avenir du PCF, les choix se définissent surtout en opposition les uns par rapport aux autres. Pour des communistes, l’enjeu majeur du congrès est de préserver le PCF de toutes les tentatives de « liquidation » qui s’organisent en son sein. Certains souhaitent un parti qui revienne « aux fondamentaux » communistes, d’autres militent pour une « novation » du PCF, en rupture avec la mutation, mais qui renoue avec les évolutions engagées dans les années soixante-dix. Plusieurs options recherchent une « rupture » franche. La référence à Die Linke est très souvent évoquée. Des communistes militent de longue date pour un « dépassement » du Parti communiste français, préférant une forme de « mouvement politique » à la forme « parti », cherchant à rassembler « la gauche radicale » dans le prolongement de l’expérience des « collectifs antilibéraux ». D’autres cherchent à constituer un parti nouveau à « la gauche du PS », certains en affichant l’identité communiste, d’autres en demandant qu’on abandonne une étiquette lourde à porter, pour poursuivre l’idéal et le combat communistes. D’autres pistes évoquent la possibilité de conserver le Parti communiste au sein d’une « fédération de forces différentes ». Très attachés à leur parti, les militants communistes sont le plus souvent ouverts à de profondes évolutions. Ils considèrent le Parti comme un outil : sa conception doit être en conformité avec le projet politique. Ceux qui pensent à un projet profondément renouvelé militent pour de profondes évolutions du Parti lui-même. Beaucoup estiment que le PCF n’a pas d’avenir s’il ne donne pas un signe lisible de renouvellement à la société.
Olivier Mayer
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