dimanche 13 janvier 2008
En tant qu’ancien communiste, je me suis intéressé aux débats préparatoires à l’AGE du PCF des 8 et 9/12, y apportant ma propre contribution (Alternative.Forge du 29/11, reprise par le site Bellaciao). Un mois après la tenue de cette assemblée, où en est-on?
Premier constat
L’important dossier des "contributions" apportées au site Alternative.Forge (désormais en sommeil, semble-t-il) ne paraît pas avoir donné lieu à une véritable analyse ou synthèse visible lors de l’AGE. Et pourtant ces travaux montrent que beaucoup de contributeurs ont consacré du temps à réfléchir et à construire des argumentations, s’investissant fortement dans l’expression de leurs idées.
Deuxième constat
A la lecture des textes exposés sur le site, on est frappé par l’absence quasi totale de discussions entrecroisées qui révèle que "l’intellectuel collectif" que doit être un parti communiste, n’a pas bien fonctionné. Il me semble que les responsables du site ou du Parti qui suivaient ces débats auraient dû intervenir "en ligne" pour impulser la confrontation d’idées, le "brain storming". En somme, en l’état, ces contributions apparaissent comme des "bouteilles à la mer" ... sans réponse.
Il se dégage de cet ensemble des points qui méritaient d’être pris en compte.
Rappelons d’abord la typologie de ces contributions. Un certain nombre d’entre elles sont des CR ou des synthèses de réunions de cellules ou de sections. Elles donnent une image de l’état des réflexions de chacun. Le plus grand nombre sont des contributions individuelles, que l’on peut classer en deux types principaux : des interventions courtes, généralement centrées sur des points particuliers ; des interventions plus longues ayant l’ambition de faire une analyse (ou une synthèse) plus détaillée, plus approfondie des choses.
Des quelques 250 à 300 textes que j’ai lus à ce jour, se dégagent les points principaux suivants :
1) la grosse majorité des contributeurs (individuels et collectifs : 65 % environ de l’ensemble) restent attachés à la pérennité d’un PCF et du communisme (éventuellement actualisés ou rénovés). Ils redoutent manifestement de voir ce capital (le Parti tel qu’il est encore, et le communisme, tel qu’ils se le représentent) dilué dans une nouvelle formation (nouveau parti, mouvement, fédération ... ) faisant se côtoyer de multiples sensibilités du "mouvement social" qui, pour certaines, sont très éloignées des communistes.
2) une minorité (9 % environ) s’orienterait vers ce dernier objectif.
3) le reste (26 %) est plus difficile à classer, car il ne s’exprime pas clairement sur le sujet. De ce fait on peut d’ailleurs penser que pour ceux-là le problème ne se pose pas : ils considèrent implicitement que le PCF est et restera un parti bien identifiable.
Il faut constater que l’hypothèse minoritaire (sous diverses variantes) est le plus souvent avancée par des personnalités, des dirigeants, des "élites" du Parti. Cet état de fait n’échappe pas à certains qui le déplorent, quelquefois avec des jugements assez sévères et polémiques. Il faut reconnaître qu’il y a dans cette "dichotomie" de quoi s’interroger ... Mais, n’étant qu’un "ex membre" du Parti, bien que se considérant toujours comme un communiste, je n’entrerai pas dans ce débat interne au Parti. D’autant plus que je pense qu’en rester à des considérations polémiques n’est peut-être pas le meilleur moyen pour aller vers une issue constructive ...
Je vois plutôt les choses de la manière suivante :
Il est clair que tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut mobiliser tous les exploités et opprimés du Capital pour mieux affronter ce capitalisme triomphant et de plus en plus prédateur, qui mène le monde à la catastrophe. Tout le monde constate aussi que les opprimés ou exploités, en nombre toujours croissant, sont de plus en plus désemparés, divisés, souvent même dressés (artificiellement) les uns contre les autres. Mais qu’ils sont quand même, simultanément, à la recherche de solutions à leurs nombreux problèmes, donc, d’une certaine manière, disponibles pour des combats émancipateurs, et même engagés dans ceux-ci. Ce dont témoigne le "mouvement social" qui n’est rien d’autre que l’expression organisée de ces combats (organisée, mais malheureusement le plus souvent sous la forme de multiples mouvements, quelquefois même concurrents).Tout le monde se rend bien compte que pour avancer, il faut unir ces combats en un vaste mouvement poursuivant un objectif rassembleur.
Là se trouve le coeur des problèmes qui motivent les uns et les autres. Et notamment ceux qui ne voient de solution que dans un "dépassement" de la forme parti, ou du PCF en tant que tel, espérant ainsi favoriser leur action au sein du "mouvement social", et trouver aussi par ce biais une réponse au "déclin" du PCE Et ceux, la "base" essentiellement, qui redoutent un "saut dans l’inconnu" pouvant être irréversible, et conduire non pas à enrayer le "déclin" du Parti, mais au contraire à l’accélérer. Il faut remarquer d’ailleurs que les diverses propositions du type "dépassement" sont, pour la plupart, assez peu étayées sur des faits et des argumentations très solides : ce sont des espérances sans doute pleines de générosité et même de rêves ... mais bien fragiles et peu structurées.
Comment sortir de ce dilemme?
En m’appuyant essentiellement sur ce que je viens de lire et sur une expérience récente que j’ai vécue (la participation à un "collectif antilibéral" ou pour une "candidature unique"), je ferai les remarques qui suivent.
Parlons d’abord de mon expérience des collectifs, ou plutôt d’un collectif parmi d’autres. Moi qui n’avait pas côtoyé depuis longtemps des communistes "encartés" oeuvrant à plusieurs au sein d’une même structure (dans ce collectif, ils étaient les plus nombreux) j’ai été frappé par la variété de leurs prises de position et de leurs analyses (ne serait-ce qu’au moment du vote final sur la candidature à retenir !). Quelle était leur spécificité, qu’est-ce qui les distinguaient des autres participants à ce collectif (LCR, féministes, Verts, Attac, "inorganisés" ... )? En somme, en quoi étaient-ils communistes et formaient-ils une entité repérable au sein du collectif?
En lisant les contributions actuelles, j ’y retrouve des caractères similaires. Incontestablement les communistes qui s’expriment là ont en commun des "fondamentaux du coeur" (humanisme, solidarité, etc ... ) identiques. Mais, non moins incontestablement, ils sont souvent loin de partager tous les mêmes "fondamentaux de raison" (notamment autour des questions de lutte de classe, de "dépassement" du capitalisme, de définition d’un après - capitalisme). En d’autres termes, ils donnent l’impression de ne plus se référer à un même "corps de doctrine", ils ne sont plus clairement identifiables par ce "corps de doctrine" partagé, qu’on peut aussi désigner comme "l’identité communiste". Il n’est donc pas étonnant - c’est tout au moins ainsi que je vois les choses - qu’ils appréhendent pour beaucoup de se trouver dans des formations qui, à biens des égards, ressemblent aux collectifs de récente expérimentation.
Cela renforce ma conviction qu’aller vers ce "dépassement du PC", véritable" dilution" selon certains, c’est vouer les idées communistes à l’effacement et les communistes (pris individuellement) à un plus grand désarroi. C’est donc aller finalement vers l’échec. Et cela explique peut-être (sans faire appel à des explications polémiques) que ce soient les "élites" du Parti qui, dans une certaine mesure, envisagent sereinement cette évolution : elles se sentent, elles, armées intellectuellement pour affronter "l’inconnu" et même pour y pérenniser leur statut "d’élites". Mais il me semble que la masse des communistes n’est pas - sauf exception - dans cet état d’esprit. De mon point de vue, ce serait donc une erreur, voire une tragédie, que le PCF s’engage en l’état dans une telle démarche.
Ce qui me paraît urgent (et nécessaire pour précisément aller vers un rassemblement des forces du mouvement social en un combat unitaire) c’est, d’abord, que le PCF trouve ou retrouve une "identité" forte, à la hauteur d’ailleurs de son poids numérique parmi les multiples partenaires du mouvement social.
Sur la base de mes lectures (des diverses contributions) et des réflexions que j’en tire, je pense qu’une voie pour aller dans ce sens pourrait consister en ce que le PCF, tel qu’il est encore, entreprenne de refonder sa doctrine. Une manière de le faire, que certains ont proposée, serait de se donner pour objectif urgent, pour "ardente obligation", l’élaboration d’un "Manifeste communiste du 21 ème siècle", à l’image de son illustre prédécesseur. Ce serait un vaste chantier où chacun, notamment les "tendances" aujourd’hui "cristallisées" au sein du Parti et la "base", comme les tenants du "dépassement" du Parti, pourraient mettre en commun leur réflexions, et travailler ensemble à un projet commun, unificateur. Cela permettrait, "en marchant" pourrait-on dire, de refaire du Parti un "intellectuel collectif’ viable. Il va de soi que ce travail théorique ne doit pas se développer en abandonnant l’activité quotidienne du Parti pour lutter en permanence contre les attaques du Capital et de son serviteur le plus zélé : Sarkozy. Mais je pense que le délai de 8 ou 9 mois qui séparent du Congrès du Parti fin 2008, laisse du temps pour sérieusement dégrossir les choses, à défaut de conclure définitivement. D’autant plus que des éléments allant dans ce sens sont dès maintenant présents dans nombre de contributions (notamment celles qui développent en détails leurs analyses). Ce qui voudrait dire que l’ouvrage est déjà sur le métier ... Un "corps de doctrine" clairement affiché en sus de redonner aux communistes, individuellement et collectivement, un point d’appui pour travailler à l’union de tous les exploités du Capital (ceux, notamment, qui se retrouvent dans la variété des composantes du mouvement social) donnerait aussi à voir à ces partenaires obligés, les idées forces du Parti avec lequel, eux aussi, doivent obligatoirement réfléchir, s’ils veulent vraiment faire avancer leurs multiples revendications.
En parlant de "Manifeste du PCF pour le 21ème siècle", je ne veux pas dire qu’il faut copier l’illustre prédécesseur, mais incontestablement en reprendre les grandes lignes et surtout la cohérence, pour actualisation. Après l’AGE des 8 et 9/12, et maintenant le dernier CN du PC, j’ai des craintes que l’on s’éloigne de cette idée de cohérence ou de synthèse, car le "saucissonnage" du travail à venir en des ateliers multiples ne semble pas s’inscrire dans une philosophie générale clairement affichée.
Pour conclure sur une note optimiste, je pense que si ce travail de refondation d’une "identité" autour de l’élaboration collective d’un "Manifeste" était entreprise, elle conduirait sûrement à ce que ceux qui envisagent des solutions centrifuges retrouvent dans le Parti le lieu le plus favorable à l’innovation qu’ils prônent. D’autres, anciens communistes, suivraient peut-être le même chemin ...
Collectif Bellaciao
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=59302
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