De : Roberto Ferrario
vendredi 23 novembre 2007
de Roberto Ferrario
Ce "travail" est une première esquisse d’une analyse plus approfondie et il peut même être considéré comme mon humble contribution pour le mouvement communiste. Naturellement, je ne prétends pas exposer des thèses définitives et sans fautes ou des vues impartiales mais j’essaie d’exprimer mon point de vue en restant ouvert à tous les débats.
Un des points principaux de notre débat concerne la question des mouvements. Quelles différences y a-t-il entre les partis et les mouvements ? Quel rôle doivent avoir les communistes dans les mouvements ? Les militants confrontent leur idées sur ces questions et sur d’autres. Jusque dans les années soixante, la problématique concernant les mouvements était essentiellement limitée à ce qu’il faut faire dans les syndicats, car il n’y avait pas d’autres organisations ni d’autres mouvements de masse, hormis ceux qui étaient rigidement contrôlés par les partis. Les choses ont changé par la suite avec la naissance de mouvements de masse autonomes des partis, surgis sur des thèmes spécifiques ou expression de sujets sociaux différents de la classe ouvrière : des mouvements féministes, homosexuels, noirs, pour la paix, le logement, l’environnement, la consommation critique etc.…
L’importance de ces mouvements par rapport aux partis de gauche a progressivement grandi, aussi bien dans des termes quantitatifs (le militantisme de mouvement est de loin supérieur dans presque tout le monde à celui de parti) que pour leur impact (puisque ils ont obtenu des résultats concrets). Face à cette réalité, le débat à l’intérieur des partis de gauche (surtout ceux qui sont anticapitalistes) a souvent vu émerger deux tendances : la tendance « de mouvement », qui s’adapte, en substance, aux façons et aux contenus des mouvements, et celle « de parti », distante et méfiante, au fond, vis-à-vis de n’importe quel mouvement. Avec d’infinies variations intermédiaires. Avec l’émergence du mouvement alter mondialiste, le dilemme s’est présenté de nouveau. On essayera d’analyser dans ces pages la profonde différence existante entre les mouvements et les partis pour comprendre, si possible, les tâches spécifiques des communistes.
LE PLAN DE LA POLITIQUE ET CELUI DES MOUVEMENTS
La différence entre le parti et le mouvement est vite dite : le parti se situe sur le terrain de la politique, c’est-à-dire du pouvoir, et les mouvements, au contraire, sur celui de la realisation d’objectifs partiels.
Toutes les fois que les sujets sociaux opprimés ou, simplement, des secteurs de la population, se trouvent à faire face à un problème qu’ils envisagent de résoudre sous une forme collective, ils fondent un mouvement : un syndicat, un comité, une association, un réseau, une coordination. Ces organismes peuvent aussi offrir des visions globales du monde, mais ils essayent surtout d’atteindre leurs objectifs partiels, en étant plus ou moins conscients. Le but du projet du politique, au contraire, est celui de la conquête du pouvoir. Selon l’orientation du parti, cette conquête peut prendre la forme d’une participation au gouvernement ou celle d’un renversement du pouvoir étatique ou d’autres visions stratégiques plus ou moins intermédiaires. Donc les mouvements ont des objectifs partiels et circonscrits, tandis que les partis (ou, de toute façon, les sujets politiques) ont, ou devraient avoir des prétentions à une globalité. A savoir que l’ambition des partis est, ou devrait être, de résumer aussi les revendications partielles des mouvements ou de donner des réponses à ces instances sur le plan politique. Mais l’inverse n’existe pas : en tout état de cause, les mouvements ne se situent pas sur le plan de la conquête du pouvoir politique.
Naturellement, dans l’histoire, les "débordements » d’un plan sur l’autre sont pour le moins nombreux, mais justement l’étude de ces débordements nous indique que la subdivision que nous avons décrite n’est pas abstraite, routinière, mais qu’elle descend de la réalité historique, qu’elle se charge, indépendamment de la volonté des protagonistes, de remettre, à la fin de situations confuses, chacun « à sa place ».
Il y a des partis monothématiques qui ont cherché à amener directement sur le plan de la politique le partiel, à savoir les thématiques spécifiques, d’un mouvement. Les Verts, par exemple. Mais partout en Europe la fragilité de ces formations (disparitions, réagrégations, changements complets de son électorat, effroyables oscillations électorales) démontre le caractère provisoire de leur positionnement sur le plan du politique.
En outre, il est quelquefois arrivé dans l’histoire du mouvement ouvrier que naissent des syndicats, proposant, dans leur programme, d’aller au delà de leur cadre partiel de défense des intérêts élémentaires des travailleurs, pour envahir celui du politique. C’est le cas du syndicalisme anarchiste et du syndicalisme révolutionnaire du début du siècle dernier. C’est le cas aujourd’hui d’une partie du syndicalisme de base. Il s’agit de sujets syndicaux qui se proposaient et qui se proposent comme des sujets politiques concourant à la conquête du pouvoir politique (ou d’espaces sur ce plan). Nous avons eu dans les années vingt le syndicalisme anarchiste latino-américain qui organisait de véritables insurrections : nous avons aujourd’hui des groupements syndicaux se présentant aux élections avec des programmes politiques très radicaux.
Mais, par un étrange hasard, il n’y a plus de syndicats anarchistes ou leur nombre est limité, selon les pays, tandis que les syndicats sociaux-démocrates n’ont jamais cessé de fonctionner. D’ailleurs, aujourd’hui, les syndicats de base doivent justement à leur caractère politique le fait de ne pas arriver au-delà d’un consensus très limité. La plupart des travailleurs ne demandent pas aux syndicats d’être communistes, mais de faire leur travail, à savoir de défendre les intérêts matériels et élémentaires des travailleurs. Un syndicat qui, plutôt que donner des conseils, fait de grands discours contre la globalisation, est voué à ne rencontrer que la faveur d’avant-gardes restreintes et à ne gagner de temps à autre l’approbation de la masse que quand il apparaît en tant que syndicat, c’est-à-dire défenseur rigoureux d’intérêts élémentaires, suppléant à l’absence (ou remédiant à la trahison) des organisations de masse. Cela explique pourquoi dans certains cas le syndicalisme de base a organisé des manifestations et des protestations de masse et aussi pourquoi ces succès ne se sont pas traduits dans une augmentation égale du nombre d’adhérents.
Pourquoi la réalité produit-elle de façon naturelle cette « division du travail » entre les partis et les mouvements ?
Les mouvements poursuivent des objectifs partiels, c’est pourquoi les personnes qui y adhèrent sont plus nombreuses que celles qui militent dans les partis. Un travailleur peut être absolument disponible pour défendre son salaire par la grève mais, bien que cela puisse sembler contradictoire, il peut en même temps voter à droite. Il y a nombre de personnes qui sont sincèrement solidaires des populations du Tiers Monde et qui s’engagent en faveur de la consommation critique et contre le FMI mais qui, au moment de voter, choisissent des partis modérés. Cela ne représente une contradiction que si on adopte le point de vue du plan politique, à savoir un point de vue global, qui donne une explication, pas forcément correcte, de toutes les éléments partiels en les ramenant à une seule logique. Mais ce n’est pas ainsi du point de vue du mouvement, qui a une vision partielle. C’est à dire que le mouvement répond au besoin d’un maximum d’unité pour atteindre un objectif spécifique. Le fait de poser des problèmes de perspective politique est perçu par la masse des activistes de mouvement comme un attentat à cet effort, comme une tentative de division et c’est pourquoi d’habitude on les repousse comme « instrumentalisation ».
Mais la conscience de l’aspect partiel n’est presque jamais présente dans le militant de mouvement moyen. La tentation de voir le monde à travers la loupe du mouvement auquel on appartient est forte et spontanée. Il est difficile de trouver, par exemple, un militant écologiste qui ne soit pas convaincu que tout doit être ramené à la lutte pour le respect des compatibilités de la nature, ou un activiste de la consommation critique qui ne jure pas que le vrai changement dépend de l’adhésion individuelle à un autre style de vie.
Le mouvement alter mondialiste n’est pas le « mouvement des mouvements », mais il est l’un des différents mouvements apparus, ou réapparus, sur la scène politique mondiale ces dernières années. Les alter mondialistes jouissent sans doute de quelques sympathies dans le monde du travail mais, aujourd’hui encore, ce monde est séparé de celui du mouvement contre la globalisation. Dans les assemblées des forums sociaux nous trouverons quelques dirigeants, mais pas la masse des délégués syndicaux. La participation des syndicats de base ne signifie nullement l’adhésion des salariés, puisque le poids de ces organisations parmi les travailleurs est absolument minoritaire.
L’IMPORTANCE DES MOUVEMENTS
Premièrement : les mouvements sont utiles en soi puisque ils sont la représentation sociale d’un front unique pour atteindre des objectifs spécifiques, qui sont souvent conquis. Hélas, l’histoire oublie vite les mouvements, en transférant le mérite de certaines conquêtes aux partis ou à des leaders miraculeux. Et pourtant, les réformes progressistes du système scolaire, du système de santé, du système psychiatrique etc. sont le fruit de l’activisme frénétique de millions de personnes qui militaient sous des milliers de sigles souvent locaux. De même que certaines conquêtes syndicales des années soixante-dix n’ont sûrement pas été le mérite des bureaucraties, mais de la pression constante exercée sur elles par des milliers de comités et de conseils d’usine. L’atteinte d’objectifs partiels, qui prennent souvent la « forme » de réformes, améliore les conditions générales des citoyens et des sujets sociaux opprimés, leur fait vivre une existence meilleure et cela doit être évalué positivement en soi.
Deuxièmement : le fait d’atteindre ou pas des objectifs partiels augmente la confiance dans ses propres forces, à savoir l’estime de soi de la part des groupes qui ont promu ces luttes. Cette estime de soi est une condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, afin qu’il y ait beaucoup de personnes osant imaginer qu’un autre monde est possible. Sans des succès partiels, la naissance d’une confiance de masse dans les possibilités d’un changement global et radical est plus difficile : si l’on n’arrive même pas à obtenir une augmentation de salaire, comment peut-on penser à faire une révolution ?
La confiance de masse dans le « communisme » de la génération de l’après-guerre était due aussi à l’expérience de masse de la Résistance et des conquêtes partielles suivantes : des évènements ayant augmenté l’ estime de soi des classes sociales opprimées et qui en ont donc gardé l’espoir d’un changement radical même dans les années sombres du reflux, les années ’50.
Troisièmement : les mouvements représentent une très bonne école de lutte et d’autoformation pour les opprimés et cela ne pourra qu’amener des avantages. Pour les sujets sociaux opprimés les mouvements peuvent être une salle d’entraînement où l’on apprend le rôle de protagoniste et la démocratie. L’existence des mouvements n’est pas en concurrence avec celle des partis, au contraire : c’est comme l’air dont ils ont besoin pour respirer. Sans mouvements, un parti s’assèche et se réduit à une activité propagandiste et électorale.
Quatrièmement : La spécificité des mouvements, c’est-à-dire le fait qu’ils se battent pour des objectifs partiels, ne signifie sûrement pas que les partis, qui se battent sur un plan d’action (celui de la politique) qui est plus global, n’ont rien à apprendre des mouvements, ne peuvent pas être contaminés, changés par eux. Les communistes n’inventent pas autour d’une table leurs méthodes de lutte et les contenus de leur action, ils se distinguent des mouvements par l’objectif qui les anime : la conquête du pouvoir par des sujets sociaux opprimés, mais ceci ne doit sûrement pas les mettre dans la position de prêtres d’une religion que nous devons imposer au prochain. Ce ne sont pas les communistes qui ont enseigné aux prolétaires comment on fait une grève, un syndicat, un sit-in ou l’occupation de un édifice public. Ce sont les prolétaires qui l’ont enseigné aux communistes, dans leurs expériences de lutte, souvent confuses. Les camarades ne doivent pas refuser de se laisser contaminer, au contraire ils ont sans cesse quelque chose à apprendre de l’activité concrète des masses, activité concrète dont, dans un grand nombre de cas, les mouvements revêtent la forme. Les camarades devraient ensuite faire fructifier de ces enseignements, les synthétiser, les ordonner et réactualiser ainsi sans cesse la stratégie pour atteindre leurs buts qui sont différents de ceux des mouvements car ceux-ci se battent intentionnellement pour des objectifs plus partiels.
Cinquièmement : C’est bien en militant dans des mouvements que beaucoup passent du partiel au plan du politique. Le mouvement ne peut pas aller au-delà d’une certaine limite qui est précisément l’obtention d’objectifs partiels. Certains de ces objectifs, d’ailleurs, ne sont en rien minimalistes mais, dans le cadre du capitalisme, impossibles à atteindre, comme par exemple la démocratisation du FMI ou de l’ONU. Dans les mouvements, la prise de conscience de l’insuffisance de la militance traverse donc une grande part des activistes, des questions se répandent comme : "Mais après, qu’est-ce qu’on fait?", "Mais si l’on n’atteint pas cet objectif, quelle direction prendre?", "On a obtenu ce résultat, et maintenant?", "Pourquoi demandons-nous depuis tant d’années cette chose aussi simple en apparence, mais ne cèdent-ils pas là-dessus?".
C’est de la réponse à ces questions que dépend le passage de ces activistes au plan du politique. Il ne s’agit pas, que ce soit bien clair, d’arracher des militants aux mouvements, au contraire : il s’agit de les maintenir là où ils sont, mais en les intégrant à une vision stratégique, en les mettant donc en contact avec les militances d’autres mouvements. C’est bien en faisant l’expérience concrète des limites intrinsèques aux mouvements que nous pouvons espérer qu’il y ait de plus en plus de gens qui comprennent la nécessité d’une lutte plus globale, la lutte pour le pouvoir. Ce terme, pouvoir, nous savons bien qu’il a pris aujourd’hui une résonance un peu sinistre. Adoptons-en un autre, il suffit de comprendre de quoi nous sommes en train de parler : de la fin d’un appareil social étatique qui assure non seulement la domination de classe, mais celle de genre, d’ethnie, de génération et d’orientation sexuelle.
LES COMMUNISTES DOIVENT-ILS LUTTER POUR L’HEGEMONIE DANS LES MOUVEMENTS?
Il est typique d’une certaine tradition de penser que le devoir des communistes est de se mettre "à la tête" des mouvements de masse, en entreprenant en leur sein une lutte infatigable pour l’hégémonie. Cette lutte se produirait par la méthode de déplacer de plus en plus "à gauche" la ligne et l’identité des mouvements. Mais en réalité cela se traduit par un effort de politisation qui, s’il est couronné de succès, ne fait rien d’autre que de désagréger ces mouvements.
Par exemple, cela n’a aucun sens de faire en sorte que le mouvement altermondialiste qui est un mouvement anti-libéral devienne un mouvement anti- capitaliste. De cette manière, on lui attribuerait de force un rôle complètement politique qui revient plutôt aux partis. On ne peut pas demander à un mouvement hétérogène d’un point de vue politique mais uni sur le thème de la solidarité avec le Tiers-monde de devenir comme nous : le résultat ne serait pas du tout l’élargissement du parti mais l’éloignement du mouvement de ceux qui ne sont pas anti-capitalistes de façon cohérente. Nous n’y voyons aucun avantage ni pour le parti, ni pour le mouvement.
Dans l’histoire de la gauche, le problème de l’hégémonie se traduit parfois par la mission d’occuper le plus de postes dirigeants (ou "en vue") possible au sein des mouvements. Au contraire, les communistes, considérant le mouvement comme une excellente salle d’entraînement pour eux et pour les autres devraient pousser les camarades plus jeunes, même s’ils ne sont pas adhérents de notre parti, à vivre des expérience de direction. Nous ne devrions même jamais intervenir, le petit doigt en l’air, pour changer les virgule de documents que bien peu de gens liront, dans le but de leur donner une couleur la plus "communiste" possible. Au contraire, nous devrions nous attacher à ce que les documents soient clairs, compréhensibles à un niveau de masse, même si les contenus en sont partiels. Nous remarquons souvent, surtout dans de petits groupes externes au parti, une attitude à peine supportable faite d’interventions dans les assemblées qui ne servent, au sein des mouvements, qu’à "différencier", à détacher des morceaux, pourvu qu’on se retrouve avec quelques cartes en plus.
Puis il y a ceux qui entendent la "présence des communistes dans le mouvement" comme celle d’un marchand de journaux : ils sont là, toujours prêts avec leur revue qui dicte la ligne juste, les opuscules et les pins, cherchant à accrocher les malheureux qui s’étaient peut-être montrés un peu curieux. Qu’est-ce qu’ils y gagnent? De temps en temps, quelqu’un "tombe dans le filet" et on l’expédie tout de suite à vendre les journaux de l’organisation mais l’influence de ces pratiques dans les mouvements est égale à zéro. La plupart des gens sont dérangés par ce qui leur apparaît comme de véritables sectes. Concrètement, la "lutte pour l’hégémonie" de ces petits groupes s’épuise à chercher à "pêcher" celui-ci ou celui-là. Les gens s’ennuient non pas parce qu’ils n’ont pas envie d’écouter des personnes aux idées non conformes mais parce qu’ils voient dans ces méthodes, à juste titre, la volonté, non pas de renforcer le mouvement, mais l’organisation elle-même.
Au fond de l’attitude sectaire (envers les mouvements), il y a la conviction, pas toujours déclarée, que les mouvements sont imparfaits de nature et que s’ils peuvent servir à quelque chose, cela ne peut être qu’après une importante purification. Il y a donc une profonde incompréhension du fait que les oppressés se donnent et se sont toujours donnés des instruments différents pour atteindre des objectifs différents. Pour atteindre un objectif partiel il faut un mouvement, pas un parti et l’on ne peut pas accuser un mouvement de ne pas être ce que, par nature, il ne veut pas et ne pourra jamais être.
LES MOUVEMENTISTES
D’un autre côté, nous avons souvent rencontrés des gens dont l’exaltation des mouvements allait jusqu’à poser la question : mais alors à quoi sert un parti communiste? Si les mouvements pensent déjà à tout ! C’est l’autre visage de l’attitude sectaire : tandis que le premier exprime une considérable sous-évaluation des mouvements, l’attitude de "suiveur" cache une lourde sous-évaluation du rôle du parti. Les mouvements bougent sur des objectifs partiels, et ne pourront donc jamais se placer, sinon en termes confus, grotesques ou illégitimes, sur le plan de la lutte politique. Les "mouvementistes" assignent essentiellement au parti un rôle d’exutoire institutionnel des mouvements mais ce faisant, ils risquent de faire du parti un pot-pourri bureaucratique, un ensemble de représentations institutionnelles.
Ils ralentissent la politisation de secteurs du mouvement. En effet, ils leur font entendre que le plan du politique n’est pas celui de la conquête du pouvoir avec toute la stratégie complexe qui en découle mais essentiellement une place sur la liste pour les prochaines élections, pour vivoter dans un organisme institutionnel, à faire on ne sait pas très bien quoi. De cette manière, se répand l’idée de la politique comme d’une "chose sale", opportuniste et essentiellement inutile. Et en effet, la politique entendue comme cela, l’est.
Une ligne politique mouvementiste a bien pour effet que le parti perde son contenu le plus profond et radical : celui d’être porteur d’un projet global de changement et d’une stratégie pour poursuivre cet objectif. Les militants s’habituent à une gymnastique faite de "rendez-vous" des plus disparates, d’adhésions plus ou moins acritiques aux modes interprétatives dominantes, et finissent par ne plus comprendre pourquoi is devraient rester dans un parti qui ne sert qu’à accompagner un travail fait par d’autres.
Il y a ensuite les camarades qui sont arrivés à la conclkusion que l’expérience du communisme au vingtième siècle, dans toutes ses nuances, est épuisée et imaginent un nouvel organisme politique qui jaillisse du passage du mouvement altermondialiste au plan du politique. Une telle position est avant tout dangereuse pour le mouvement altermondialiste lui-même, au sein duquel cohabitent les positions politiques les plus disparates. Et donc, de deux choses l’une : ou bien l’on imagine que ce passage se fera à travers des scissions, donc de la dispersion, du mouvement et par conséquent une purification s’en suivra : c’est là une proposition et une perspective divisionnistes, et donc, en dernière analyse, contre le mouvement. Ou alors, c’est encore pire : l’assomption an niveau du politique de tout le mouvement avec toutes ses visions politiques divergentes et donc a création d’un sujet politique tellement hétérogène qu’il serait incapable d’une véritable action politique, générique, privé de stratégie, en perpétuel congrès permanent et, ce qui est pire, engagé de manière plus ou moins exclusive dans la conquête d’espaces électoraux.
LES DEVOIRS DES COMMUNISTES DANS LES MOUVEMENTS
Les militants communistes justement parce qu’ils ont une vision non partielle ont plus de possibilités que d’autres, au moins en théorie, non seulement de proposer les meilleures solutions pour renforcer un certain mouvement mais aussi pour comprendre quand un mouvement est nécessaire et chercher à le construire en partant à zéro. Les communistes ne devraient pas attendre que les mouvements tombent du ciel. Par exemple, aujourd’hui la constitution d’une grande organisation de masse des immigrés est urgente : les communistes devraient s’engager dans ce sens avec tous les sujets disponibles.
En deuxième lieu, les communistes doivent y être, dans les mouvements. Cela n’a pas d’importance que les mouvements aient des visions partielles, ou même erronées, peu importe leur direction : nous devons être au milieu.
Ensuite, les communistes devraient se distinguer comme ceux qui, plus que d’autres, défendent le caractère basiste d’un mouvement, qui se battent pour la rotation, contre le leadership, pour la démocratie et la transparence, etc. Ce n’est pas de l’angélisme. Etant donné que nous sommes confiants dans le fait que peuvent émerger de la base et des personnes les positions les plus correctes, alors cette base doit être mise en condition de pouvoir s’exprimer sans pseudo garde-fou sans classes politiques qui en limitent les potentialités. Les mouvements doivent être des salles d’entraînement pour les masses et non pour des classes politiques en formation désireuses de s’affirmer.
Dans le parti, devraient se confronter les gens qui proviennent et sont militants de différents mouvements sociaux, et en cela réside, ou mieux devrait résider, la richesses des communistes. Parce que, au sein de cette organisation, les activistes dans un milieu partiel de mouvement trouvent un sens global, entrent dans un dessein plus large. Au parti, adhèreront ces militants de mouvement qui à un moment donné sentiront comme une lourde limite le côté partiel de leur engagement, sentiront que le mouvement est un excellent instrument pour obtenir un objectif partiel mais absolument insuffisant pour changer le monde. Ce n’est que dans un parti que peuvent prendre place les militants les plus avancés du mouvement altermondialiste, avec ceux des syndicats, avec ceux des mouvements démocratiques, des femmes, etc. Mouvements qui sont séparés et qui le resteront, même s’ils peuvent et s’ils doivent, en certaines circonstances s’allier.
Les communistes doivent se distinguer dans les mouvements non comme ceux qui dispensent des prêches mais comme ceux qui font avancer jusqu’au fond et loyalement les instances des mouvements et aident à les construire et à les renforcer, de manière absolument désintéressée, les communistes luttent pour que les mouvements soient toujours cohérents avec les prémisses de leur constitution. Qu’y a-t-il au fond de cette approche? L’idée que la présence des mouvements est non seulement utile à la lutte des opprimés mais qu’elle est nécessaire.
Si la présence des mouvements est utile en soi, les communistes doivent se battre avec fermeté et détermination pour qu’ils jouent leur rôle jusqu’au bout. Ils ne doivent pas chercher à les faire devenir autre chose que ce qu’ils sont. Par exemple, nous ne nous battons pas dans les syndicats pour les faire devenir "communistes", mais parce que ceux-ci défendent les intérêts élémentaires de la classe travailleuse, c’est-à-dire que nous sommes cohérents avec leur nature. Une classe syndicalement active gagne de l’espace, de la visibilité, de la confiance en elle et crée objectivement les meilleures conditions pour la croissance des communistes. Du reste, la conscience syndicale, c’est-à-dire la volonté du travailleur de défendre collectivement son emploi et son salaire, constitue le premier degré nécessaire mais non suffisant pour une prise de conscience politique : la compréhension que dans la société capitaliste la lutte pour la défense de l’emploi et du salaire est sans fin et qu’il faut donc lutter pour une nouvelle société. On ne peut en aucune façon attendre d’une masse de travailleurs sans conscience syndicale une conscience de caractère politique.
Un travailleur qui ne sait même pas défendre son salaire ne sera sûrement pas prêt à la conquête du pouvoir politique. Les communistes ne doivent donc pas militer dans les syndicats avec des buts cachés et clandestins aux yeux des travailleurs et devraient se refuser à utiliser les luttes à caractère syndical ou leur position dans les syndicats à des fins de tactique politique, ils travaillent simplement pour que les syndicats fassent jusqu’au bout leur métier et doivent se distinguer comme ceux qui poursuivent ce but avec le plus d’abnégation. Les communistes devraient donc lutter de manière infatigable pour que les syndicats portent en avant de manière radicale et conséquente les devoirs que les masses leur ont confié, c’est-à-dire la défense des intérêts élémentaires que les syndicats eux-mêmes, le plus souvent, ne respectent pas. C’est sur ce plan que nous devons mener notre polémique envers les directions des syndicats de masse.
Les mouvements et les partis doivent être indépendants les uns des autres et les communistes doivent défendre cette autonomie avec force, cohérence et sincérité, même envers leur propre parti. Si l’autonomie n’est pas garantie, il arrivera dans les faits que les bases des mouvements seront utilisées comme des masses de manœuvre par des groupes politiques. En substance, la base des mouvements sera expropriée de la possibilité de décider par des structures qu’elle n’a jamais ni élues ni légitimées. De la même façon et pour les mêmes raisons, un parti ne peut pas être conditionné par un mouvement parce que la base de ce parti a le droit de décider et de na pas être expropriée de ce droit par la direction d’un mouvement.
Collectif Bellaciao
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=56059
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