Communisme et PCF :quel avenir ?
Communisme d’un nouvel âge
Par Roger Martelli, dirigeant national du PCF, historien, directeur du mensuel Regards
Si la situation actuelle persiste (le choix se résumant entre une gauche d’adaptation majoritaire et une gauche de protestation cantonnée au rôle d’aiguillon pour des majorités vouées à l’hégémonie sociale-libérale), le communisme est voué à disparaître ou, plutôt, à devenir une butte témoin, un souvenir du passé, agissant à la marge.
Alors, sommes-nous capables de créer les conditions d’une nouvelle dynamique à gauche en nous appuyant sur nos propres forces, en continuant (éventuellement en mieux) ce qui a été amorcé ? Ma réponse est négative. Depuis maintenant une trentaine d’années, nous avons essayé de bouger, de façon chaotique, inégale, mais nous avons tenté de bouger. Nous avons suivi des lignes politiques différentes, tantôt en compétition, tantôt en alliance avec le PS. Nous avons expérimenté beaucoup de pistes, d’évolution interne mesurée, de blocage parfois, d’avancées et de retours en arrière, de mutations à l’occasion. Rien n’a enrayé notre déclin. Si nous n’avons pas réussi, c’est parce que nos difficultés politiques, notre recul continu disaient tout simplement que la forme prise par le communisme du XXe siècle, à partir de la matrice bolchevique, était arrivée au terme de son développement.
Si nous avons échoué, c’est avant tout parce que nous avons enfermé chaque avancée dans le carcan de l’existant. Il arrive que l’on liquide de fait, quand on s’attache d’abord à conserver. Il ne suffit même plus de maintenir en transformant le cadre existant. Nous sommes arrivés à un point d’affaiblissement tel que, dans le cadre actuel, nous ne parviendrons pas à peser significativement dans le débat national et européen. La seule manière de peser est de s’inscrire dans la construction d’une dynamique politique installant à gauche une force politique capable d’imposer majoritairement la perspective d’une rupture avec les choix dominants depuis vingt-cinq ans, en mettant au coeur de toute dynamique collective le développement des capacités humaines et non la rentabilité d’un capital massivement financiarisé.
Comment contribuer à cette construction ? La prise de parti communiste le permet-elle ? Oui : le communisme, paradoxalement, est plus moderne que jamais alors que le communisme n’a jamais été politiquement aussi démuni. De l’organisation communiste est-elle nécessaire ? Oui, car il n’y a pas d’idée sans force matérielle pour l’entretenir.
Cette organisation doit-elle être la simple reproduction de l’existant ? Non : depuis 1848, le communisme politique n’a pas connu une seule forme d’organisation ; le « parti communiste » dont parlaient Marx et Engels n’avait pas grand-chose à voir avec le PC auquel nous nous sommes habitués au XXe siècle. Il faut de l’organisation communiste, mais certainement pas dans la logique verticale et hiérarchique qui était celle du parti bolchevique parce que la conception de la révolution ne peut plus être la même. Faut-il un Parti communiste séparé ? Cela se discute. Pour faire force politique, face à la droite et dans la concurrence politique avec le social-libéralisme, il faut rassembler des forces qui excèdent très largement celles du PCF. Comment y parvenir ?
Hypothèse 1. La diversité de l’espace des forces critiques de transformation sociale est trop disparate pour aller vers la constitution d’une force politique constituée en parti ou quasi-parti ; et il faut donc aller vers la constitution d’un front qui ne soit pas à géométrie variable et qui s’installe dans la durée.
Hypothèse 2. L’efficacité politique et la crédibilité de la construction supposent d’aller vers la cohérence des formations politiques de type partisan. On envisage la constitution d’une force politique unique, dans laquelle des sensibilités existeraient avec leurs marges d’autonomie dont une composante communiste en tant que telle.
J’estime aujourd’hui (ce n’était pas le cas jusqu’alors) que la seconde solution est la plus efficace pour renverser le plus rapidement possible la machine à bipolariser. Mais le plus important est d’enclencher le processus du rassemblement politique durable faisant force politique, quelle que soit la forme concrète retenue à l’issue du processus constituant.
Je plaide donc pour que, sans attendre, les communistes se placent dans une perspective de co-construction avec toutes les forces désireuses de transformation sociale vraie dans l’action contre la droite et le MEDEF, surtout dans un processus de construction politique durable où seraient abordées conjointement les questions de l’ambition, du projet, les propositions alternatives dans leur cohérence et l’organisation politique durable pour changer la donne politique à gauche et dans le pays, afin de contribuer à donner à la lutte sociale la perspective politique qui la conforte et qui lui donne sens. La force politique qui résultera du rassemblement ne pourra se passer d’aucun et surtout pas de la sensibilité communiste. À nous donc de faire vivre ce courant communiste dans la coopération avec les autres courants.
L’existence nécessaire d’un communisme politique passe-t-elle par une formation politique séparée ? Cela se décide dans la confrontation, des communistes entre eux, des communistes avec les autres composantes d’une dynamique transformatrice, les membres du Parti décidant à l’arrivée de leur propre choix. Je penche plutôt pour une hypothèse ; la vie me conduira peut-être à infléchir mon point de vue. La seule chose dont je ne démordrai pas est la conviction qu’il n’est plus envisageable de continuer en l’état.
Quelle que soit la forme retenue in fine, le communisme ne peut vivre que s’il cesse d’être le communisme du XXe siècle. Il ne peut vivre que s’il est le communisme d’un nouvel âge.
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