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Politique - Article paru le 8 octobre 2007

 

Pour faire face à sa crise, le PCF sort des sentiers battus

Gauche . Le Conseil national du Parti communiste a convoqué pour les 8 et 9 décembre 2007 ce qui sera finalement une « assemblée extraordinaire des délégués de sections » de toute la France.

« Toute régénération surgit toujours d’une perturbation. » C’est par cette réflexion tirée du texte d’Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau publié par l’Humanité qu’Hervé Bramy, président du conseil général de la Seine-Saint-

Denis, a ouvert le Conseil national du PCF. Confirmant le caractère exceptionnel du processus engagé, ce sera une « assemblée extraordinaire des délégués de sections » qui, les 8 et 9 décembre prochain, donnera le mandat et le cadre pour lancer le congrès statutaire de décembre 2008. Cette assemblée sera celle des militants communistes d’en bas. Les sections du PCF, les organisations de base éliront directement les délégués du congrès national. Dans leur préparation et leur tenue, les assises communistes seront ouvertes à des hommes et des femmes pouvant apporter leur réflexion « du monde du travail, de la création, du mouvement associatif. » Chaque fédération départementale est invitée à organiser des débats publics en ce sens et une dizaine de ces débats prendront un caractère national. Nouveauté dans la pratique communiste, plusieurs départements ont indiqué leur volonté d’organiser des réunions où les diverses « sensibilités » qui se sont exprimées au sein du PCF pourront exposer contradictoirement leurs options devant les militants.

Le succès de la Fête de l’Humanité, les 500 000 visiteurs et le foisonnement dans les débats sont passés par là. Comme d’autres responsables départementaux, Marc Brynhole, dirigeant du Loiret souligne que « les communistes ne baissent pas les bras » et « commencent à prendre la mesure des défis qui sont devant eux ». « Ne leur volons pas le débat ! », demande-t-il, en précisant qu’il « est impossible d’être dans des postulats, des a priori figés ».

Le Conseil national est entré lui aussi dans le vif de cette discussion. Et d’abord sur la politique de Nicolas Sarkozy et sa méthode. « Sarkozy veut affronter la société française » pour la remodeler, affirme Pierre Laurent. « Tout bouge très vite », fait-il remarquer notant le large front qui se dessine contre cette offensive, « plus rapidement que ce qu’on imaginait ». Autre sujet central, le projet communiste. De nombreux intervenants repèrent un « manque de travail des communistes sur le projet politique ». « Nous vivons le deuxième retard historique du Parti communiste français », affirme Jacques Fath, responsable aux questions internationales. « C’est notre retard à saisir la nature, le sens et l’ampleur des bouleversements du monde », « celui de la mondialisation capitaliste et de ce que l’on appelle la révolution informationnelle », précise-

t-il. « Tout a changé », en conclut-il, et nous avons besoin d’abord « d’une refondation politique et théorique, une redéfinition de nos repères essentiels ». « Est-il possible de changer la société sans s’attaquer aux questions de la révolution informationnelle ? » renchérit Jérôme Relinger. Selon lui, le PCF doit s’extirper des schémas historiques de réponses qui correspondaient au stade de développement du capitalisme du XXe siècle : dirigistes, étatistes, productivistes, nationalistes, volontaristes. « Comment faire émerger une alternative au capitalisme dans l’état du monde aujourd’hui ? » interroge Nicole Borvo. « On n’est pas au point, loin s’en faut », estime-t-elle. Mais pour elle, il faut aussi « faire émerger une perspective politique ». Elle considère que les communistes « ont la responsabilité de tenir le drapeau du rassemblement à gauche ». « Nous prenons nos responsabilités pour dire qu’il faut une riposte politique à la droite. Prenons-les aussi pour appeler tous ceux qui le veulent à la reconstruction de la gauche. » « Il faut en même temps ouvrir deux chantiers, prolonge Alain Hayot. Celui de l’espace communiste en termes de projet, de visée. Et celui de la construction d’un nouvel espace politique de gauche qui rassemblerait, dans le total respect de leur autonomie, des militants de la gauche de sensibilités socialistes, communistes, écologistes, altermondialistes… »

Ces réflexions seront donc au coeur de l’assemblée extraordinaire de début décembre. Cette assemblée devra décider des conditions de la riposte à la politique de Sarkozy, « identifier et formuler les principaux problèmes » qui provoquent « la crise que connaissent la gauche et le PCF ». Elle devra donner à la direction un mandat précis sur la façon d’organiser le travail pour le congrès de 2008.

Ce processus n’a pas été adopté sans discussion. Nicolas Marchand estime que l’assemblée est conçue pour « que les communistes mettent le doigt dans l’engrenage de la dilution du Parti ». Il reproche l’ouverture des discussions à d’autres que les communistes. Autre point de vue, celui de Roger Martelli, qui estime qu’il y a « un préalable » aux questions que le congrès se pose : « Qui va chercher à répondre et dans quel cadre doit-on espérer répondre ? » Pour lui, cela ne peut être « dans le cadre de l’existant, sur la base de nos propres forces, même en sollicitant d’autres que nous sur la base de nos réflexions à nous ».

Le texte des décisions a été adopté par 90 voix pour, 29 voix contre et 23 abstentions. C’est donc entre 1 500 et 2 000 participants qui sont attendus à l’assemblée extraordinaire de décembre 2007 avec comme feuille de route de questionner l’ensemble des fondamentaux du communisme, de l’analyse du capitalisme mondialisé à la visée de la transformation de la société.

Olivier Mayer

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Tag(s) : #Préparation Congrès PCF
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