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Article paru le 7 avril 2010 dans L'Humanité

 

Violence scolaire : ce que veulent les professeurs


Les états généraux de la sécurité à l’école s’ouvrent aujourd’hui à Paris. À cette occasion, des enseignants nous font part de leurs doutes et de leurs attentes sur ce sujet surexploité par le ministre de l’Éducation, Luc Chatel.

Encadrement des élèves, pédagogie différenciée… Alors que s’ouvrent aujourd’hui les états généraux sur la sécurité à l’école, des enseignants exposent leurs solutions.

« Des équipes stables et des pédagogies adaptées » Camille Jouve, professeur d’histoire-géo au lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

« Mes élèves ne laissent pas à l’entrée de l’école leurs problèmes économiques, familiaux ou de bagarres de quartier. Le problème de fond est là. Et je ne suis pas sûre que le gouvernement ait envie de se concentrer dessus. Cela dit, il y a aussi des choses à faire au sein de l’école. Il faut savoir que les élèves violents sont, la plupart du temps, en détresse scolaire. On les voit arriver au collège plutôt pleins de bonne volonté. Puis, ils accumulent les mauvaises notes, assimilent le fait d’être des cancres. Et parfois, finissent par être violents, comme en réaction à ce système scolaire qui est violent avec eux. La réponse à apporter doit donc être aussi pédagogique. Il faudrait parvenir à mieux nous adapter aux besoins de ces élèves en difficulté, pratiquer des pédagogies différenciées, en petits groupes. Un vœu pieux tant que l’on sera dans des classes surchargées de 25 élèves… Ensuite, la stabilité des équipes enseignantes est extrêmement importante. Bien connaître les élèves, les familles, les fratries et le quartier permet d’appréhender les situations différemment et de trouver les bonnes solutions. »

« L’école doit pouvoir mieux encadrer 
les élèves » Christine Lichtenauer, professeur de lettres et d’histoire-géographie au lycée Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

« Je n’attends rien de ces états généraux car je ne crois pas que le gouvernement soit prêt à revenir sur sa politique de restriction budgétaire. Qu’on le veuille ou non, la question des moyens humains est cruciale. Aujourd’hui, les établissements où se déroulent le plus de violences manquent de surveillants, de CPE, de psychologues, d’infirmières scolaires… C’est une réalité. L’école doit pouvoir mieux encadrer les élèves au quotidien et pallier les manques des familles. Ensuite, cette violence des élèves, elle ne vient pas de nulle part. Elle est directement liée à la violence sociale qui mine la vie à l’extérieur des établissements. Si le gouvernement ne s’attaque pas à ce problème-là et se contente de mesures sécuritaires (vidéosurveillance, portiques…), les comportements asociaux de certains élèves n’ont aucune raison de disparaître. »

« Privilégier une communication moins violente » Delphine Weill, professeur de lettres et d’histoire au lycée professionnel Les Hauts-de-Flandre, à Seclin (Nord).

« Bien répondre à la petite violence, aux énervements quotidiens et au chahut demande une certaine maturité dans la pratique. Quand j’étais jeune prof, je ne savais pas trop comment gérer un élève qui débordait en classe. J’avais tendance à surjouer la fermeté : “ça ne va pas se passer comme ça ! Tu n’as pas à me parler comme ça !” Et puis, peu à peu, j’ai appris à utiliser des injonctions différentes, une communication moins violente. Je vais plutôt lui dire que je comprends son énervement mais qu’on en rediscutera à la fin de l’heure. En repoussant à plus tard, cela permet de faire retomber la pression. Lui-même se sent moins agressé. Il faut savoir que les élèves difficiles sont souvent en échec scolaire, dans des situations personnelles complexes, difficiles à vivre. Et l’enseignant est vu comme une autorité de plus à supporter.

 

Propos recueillis par Laurent Mouloud


Le chiffre

10,5 incidents graves pour 1 000 élèves ont été recensés dans les collèges et lycées en 2008- 2009, contre 11,6 en 2007- 2008, selon les chiffres du ministère de l’Éducation.

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Tag(s) : #Education
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