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Les futurs profs soumis à double épreuve

06-04-2010

Article paru dans La Marseillaise du mardi 6 avril 2010


La formation des enseignants avec la question des suppressions de postes fait partie des dossiers chauds de la future rentrée scolaire. ARCHIVES LA MARSEILLAISE
La formation des enseignants avec la question des suppressions de postes fait partie des dossiers chauds de la future rentrée scolaire. ARCHIVES LA MARSEILLAISE
Education. La formation des enseignants change à la rentrée. Elevée au grade de master 2 (bac+5) , elle va priver la nouvelle génération de stages pratiques et leur faire passer deux concours.

La prochaine rentrée scolaire verra la mise en place de la réforme du recrutement des enseignants des premier et second degrés.
Et on sait déjà que cette réforme, fortement contestée l’année dernière dans les universités, qui avaient refusé de faire remonter les maquettes de ces nouveaux masters de formation, continue de provoquer de vives réactions parmi la communauté éducative. La tension n’est donc pas prête de retomber, et les syndicats enseignants ne cessent d’exprimer leurs inquiétudes et continuent de réclamer le retrait de la réforme.
Le ministère de l’Education nationale, qui envisage de supprimer 13 000 nouveaux postes d’enseignants à la rentrée de septembre, vient de fixer dans une circulaire les principes généraux de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. Selon le texte ministériel, les enseignants nouvellement recrutés seront « accompagnés » par des professeurs expérimentés et bénéficieront de périodes de formation.


Ainsi, pour la rentrée prochaine, les néotitulaires commenceront par suivre « une période d’intégration et d’accueil », dans « les jours qui précèdent la rentrée scolaire, au plus tard le 30 août 2010 ». Ils auront ensuite une (ou des) classe(s) en pleine responsabilité, mais bénéficieront de l’accompagnement renforcé d’un « professeur titulaire chevronné » en septembre et en octobre. Cet accompagnement se fera ensuite plus souple. Ils suivront également des formations à l’université, groupées dans le temps et/ou étalées tout au long de l’année. Au total, accompagnement et formation, dont l’organisation est laissée à l’initiative des académies « en fonction de leur spécificité », compteront pour un tiers de l’emploi du temps du stagiaire.
L’opposition syndicale au projet est toujours aussi forte. Le Sgen-CFDT estime par exemple qu’« en les envoyant devant les élèves sans aucune préparation, le gouvernement institutionnalise le bizutage des futurs enseignants ». Les syndicats redoutent également des problèmes de remplacement des tuteurs en septembre-octobre, et des stagiaires en formation aux deuxième et troisième trimestres.


De sombres perspectives pour les futurs enseignants qui vont entrer dans le métier en passant des masters qui ne seront ni des masters recherche, ni des masters professionnels, mais des masters concours.


CATHERINE WALGENWITZ

 

 « Nous entrerons dans le métier complètement « bancal »

 A la différence des nouveaux qui feront leur rentrée en septembre dans les universités, subsiste une catégorie d’étudiants « intermédiaire » qui prépare actuellement le concours de professeur des écoles au sein de l’IUFM (Institut de formation des maîtres).
    Cette nouvelle génération de professeurs va essuyer la première les effets de la réforme de la formation. Désormais les apprentis enseignants entreront de plein pied dans le métier, sans être passés par la case de la formation initiale, qui permettait jusqu’à présent aux futurs professeurs de suivre une formation professionnelle d’une année scolaire.
    On a longtemps comparé cette formation initiale à l’internat des médecins. Impensable pour un chirurgien d’opérer sans avoir pratiqué sous le regard de ses pairs, comme il est impensable de laisser un enseignant inexpérimenté, seul face à 25 élèves.
    Deux futurs professeurs en pleine préparation du concours, qui se déroulera en juin prochain, ont bien voulu témoigner, tout en gardant l’anonymat, sur la perception qu’elles ont de leur futur métier. A la rentrée de septembre, après avoir réussi leur concours, elles devraient occuper un poste de professeur des écoles.

    « C’est aberrant, on va envoyer des gens pas formés sur le terrain », accuse les deux étudiantes. A la rentrée de septembre elles prendront en charge une classe avec le soutien d’un professeur des écoles, sorte de tutorat ou de retour du compagnonnage. « Ils nous accompagneront virtuellement jusqu’à la Toussaint », déplore l’une d’elle.
    « Aujourd’hui, nous sommes placées devant le fait accompli. On nous forme à un concours, pas à être professeur. » L’année de PE2, où les étudiants d’IUFM se consacraient à leur stage pratique, va cruellement faire défaut. « Actuellement, nous travaillons sur le savoir avec un élève virtuel, on est dans la théorie, mais que nous réserve la réalité ? », poursuit la jeune femme qui craint de ne pas arriver à assurer la préparation de ses cours en même temps que le suivi d’une classe. « Nous allons manquer de méthodes et entrer dans le métier complètement bancal. » Non qu’elles aient peur de ne pas faire face aux élèves, ce qui les inquiète le plus c’est d’avoir l’impression de les usurper, comme si elles leur mentaient.

    Lorsqu’elles analysent la situation, les deux jeunes femmes affirment vouloir remplir malgré tout leur rôle de fonctionnaire dans une école du « tri social ». « J’essaierai toujours de bien faire malgré les désillusions. » « Moi, rebondit sa collègue, je suis de nature optimiste, même si je sais qu’il sera de plus en plus difficile de prendre du plaisir en classe. »
    Dans une académie très prisée, où moins de 10% des candidats réussissent le concours de professeur des écoles, la partie s’annonce serrée pour les deux postulantes qui vivent sous pression afin de décrocher le fameux sésame.
    Quant aux nouveaux postulants qui passeront leur concours dans la foulée de leur master 2 (bac+5), on ne peut que leur souhaiter bonne chance. « Ceux qui échoueront vont constituer un formidable vivier de précaires dans lequel l’Education nationale pourra puiser », annoncent les futurs professeurs des écoles.

C.W.
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Tag(s) : #Education
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