La croissance de retour, mais molle
«C’est un bon chiffre qui consolide l’entrée dans l’après-crise. » Comme à son habitude, la ministre de l’Économie s’est montrée satisfaite à l’annonce par l’Insee des chiffres de la croissance pour le troisième trimestre 2010. Le produit intérieur brut (PIB) de la France a augmenté de 0,4 % de juillet à septembre, après une augmentation de 0,2 % au premier trimestre et une embellie à 0,7 % au deuxième. Ce chiffre, conforme aux prévisions, pourrait permettre d’atteindre 1,5 % de croissance en 2010, sur quoi le gouvernement avait tablé dans ses prévisions budgétaires. À condition toutefois que le dernier trimestre confirme la croissance attendue. Christine Lagarde se félicite d’autant plus de ce chiffre qu’il a été obtenu, selon elle, «dans un contexte international qui s’est un peu tassé, avec beaucoup de révisions de croissance à la baisse».
« La croissance est certes de retour, mais elle est désespérément molle», analyse l’économiste Alexander Law (Xerfi). Nicolas Bouzou (Asterès) dénonce les «discours lénifiants» et même «faux» du gouvernement. Le chiffre du troisième trimestre, fait-il valoir, ne parvient pas à faire oublier «les grandes fragilités de l’économie française». La demande intérieure reste le moteur de l’économie en France. Les dépenses de consommation des ménages ont crû de 0,6% au troisième trimestre, soit deux fois plus qu’au trimestre précédent.
Malgré le rebond de la production automobile (+ 1,9%), la production manufacturière décélère (– 0,1%), tirée vers le bas par la baisse des produits intermédiaires et des biens d’équipement. Une décélération amortie en grande partie par l’accroissement des stocks des entreprises : cela fait mécaniquement grimper le PIB, sans être nécessairement un signe de bonne santé économique.
Autant de points d’inquiétude sur les résultats à venir. Car les salaires restent bloqués alors que l’inflation repart et les négociations annuelles obligatoires (NAO) qui s’engagent dans les entreprises montrent que le patronat ne se montre pas prêt à lâcher du lest. Avec le blocage du point d’indice pour les 5 millions d’agents de la fonction publique, le gouvernement montre la voie à suivre. L’augmentation du nombre des chômeurs, en particulier des chômeurs de longue durée, pèse sur le pouvoir d’achat et ne contribue pas à la confiance.
Le renoncement à toutes les mesures de relance économique va commencer à faire sentir ses effets, par exemple sur l’achat des automobiles. L’asphyxie des collectivités locales et territoriales n’est pas non plus propice au développement de l’investissement public. Christine Lagarde se félicite d’une politique économique qui «continue de porter ses fruits». Les choix du gouvernement font surtout peser de l’incertitude sur les perspectives de l’économie française.
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