Fillon III ou le retour des tontons flingueurs
Article paru dans La Marseillaise du lundi 15 novembre 2010
Le remaniement du gouvernement annoncé par Nicolas Sarkozy juste après les élections régionales et le revers de son camp, n’aura débouché que sur une équipe dure autour de l’Elysée.
Cela avait beau être prévisible, l’affaire surprend : le Président de la République a finalement décidé de recycler François Fillon
II pour en faire un François Fillon III entouré d’une équipe resserrée politiquement.
Bref un gouvernement qui comptera 31 ministres et secrétaires d’Etat contre 38 auparavant.
Mais en remerciant un peu moins de la moitié de l’équipe sortante, Nicolas Sarkozy se dote surtout d’une équipe dure pour tenter de
signer un nouveau bail à l’Elysée en 2012.
Sur les 31 membres du gouvernement Fillon III, une vingtaine était déjà dans l’équipe Fillon II. Ils représentent, avec des renforts
de « choix », les 2/3 du nouveau gouvernement dévoilé hier soir.
Des poids lourds
Ces derniers figurent en outre au rang des poids lourds du gouvernement sortant ou de l’UMP, à l’image du retour d’Alain Juppé,
ancien patron du parti présidentiel et surtout ancien Premier ministre qui voulait rester « droit dans ses bottes » en demeurant sourd face au mouvement social. Une référence. Il prend place à la
table gouvernementale avec rang de ministre d’Etat pour piloter le puissant et prestigieux ministère de la Défense.
Dans le même ordre d’idée, l’époque de l’ouverture ou autres débauchages paraît lointaine. Il est vrai qu’elle avait suscité bien
des mécontentements dans les rangs de l’UMP et Nicolas Sarkozy ne pouvait prendre aucun risque en matière de mécontentement de ses troupes déjà fortement inquiètes du climat
social.
Exit donc Bernard Kouchner, les principaux leaders du Nouveau Centre et le Radical Jean-Louis Borloo. Seul reste Eric Besson. Mais
ce dernier n’a, il est vrai, plus aucune trace, même très pâle, du rose socialiste dont il fut membre : il est depuis longtemps déjà secrétaire général adjoint de l’UMP et ne fait plus illusion
sur ce front là. D’autant qu’avec sa collaboration avec Brice Hortefeux sur les questions d’immigration et d’expulsions, Eric Besson fait désormais figure d’homme de main parmi les plus fidèles
et rudes du chef de l’Etat.
Autre signe d’un pouvoir resserré sur lui-même, l’entrée au gouvernement de Xavier Bertrand, actuel patron de l’UMP (dont
Jean-François Copé va prendre la direction tout en « exprimant sa différence »).
Dans la même idée, l’arrivée du député UMP du Vaucluse, Thierry Mariani est un signe qui ne trompe pas. Celui que Nicolas Sarkozy
avait envoyé au combat, sans succès, pour tenter de ravir l’emblématique Région Paca à la gauche, restera l’homme de la plupart des amendements les plus durs et contraignants sur le plan
sécuritaire et de l’immigration. Pour preuve, certains projets de fichages des origines ethniques - y compris pour celles et ceux devenus français - avaient été rejetés car inconstitutionnels… Et
la liste est longue d’exemples au sein de la nouvelle composition du gouvernement. C’est même à se demander pourquoi le chef de l’Etat a-t-il voulu faire grand bruit d’un remaniement qui ne
change pas de Premier ministre, conserve les principaux ministres ou figures historiques de droite et … n’envisage pas de modifier le cap politique pourtant contesté par une majorité de
citoyens.
Une équipe de campagne électorale
La perspective de l’élection présidentielle de 2012 est bien évidemment le motif d’un tel choix de Nicolas Sarkozy. Un gouvernement
qui fait donc bien plus office d’équipe de campagne électorale au service de la réélection du chef de l’Etat que d’une équipe en charge des affaires au service de la France et de sa
population.
En resserrant sa base de fidèle, Nicolas Sarkozy qui, en la personne de Claude Guéant maintenu secrétaire général de l'Elysée,
disposera toujours d’un véritable Premier ministre bis, a donc préféré satisfaire sa droite plutôt que les exigences sociales qui se sont pourtant exprimées avec force. Un signe qui ne trompe pas
: Laurence Parisot estimait hier soir que les premières déclarations de François Fillon III « allaient dans le bon sens »…
Pierre BASTIEN
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