Cancer financier : de Bretton Woods à la guerre des monnaies...
La crise actuelle du système monétaire international (SMI) est le signe qu’il n’est plus possible de continuer comme avant. Mais une réforme correspondant aux besoins de l’humanité du XXIe siècle, pour aboutir, se doit de tirer les leçons du XXe. Le dérèglement du SMI remonte au début des années soixante-dix, lorsque le président des États-Unis, Richard Nixon, a mis un terme à la parité du dollar avec l’or convenue en 1944, lors des accords de Bretton Woods. Cette décision était ambivalente. Elle visait certes à maintenir la domination des États-Unis et de leur monnaie compromise, notamment par la guerre du Vietnam. Le dollar restait le pivot du système monétaire international sans être soumis désormais à la contrainte de respecter une équivalence. Mais, paradoxalement, elle faisait franchir un pas considérable à l’humanité en permettant une formidable expansion monétaire.
Cette possibilité nouvelle, la banque centrale américaine l’a exploitée en émettant un flot de dollars afin de favoriser le développement des multinationales étoilées à travers le monde. Cela au moment même où la révolution technologique portée par le rôle nouveau de la connaissance changeait les conditions mêmes de la production, des échanges et même des relations entre les hommes.
Aujourd’hui, cette forme d’expansion monétaire, principalement en dollars, a atteint ses limites en ce sens qu’elle a favorisé une énorme accumulation financière de capitaux à la recherche de la rentabilité la plus élevée possible, ce qui a étouffé la croissance et l’emploi. Cet excès de capital par rapport à la richesse produite a provoqué une succession de crises monétaires jusqu’au séisme de 2008. Les interventions publiques massives qui ont suivi celui-ci ont évité l’effondrement sans pour autant traiter le mal à la racine : l’excès de capitaux et d’exploitation des hommes. Au contraire, elles ont relancé la croissance financière.
On ne réglera donc pas les problèmes si l’on ne s’attaque pas à ce cancer financier qui s’est propagé grâce à la prééminence du dollar. Nicolas Sarkozy propose de «bricoler» le système, en installant une domination conjointe euro-dollar, sans s’attaquer aux sources mêmes du mal. Il ne s’agit pas de substituer une domination à une autre ou de la partager, mais de créer les conditions d’une coopération en mettant les possibilités d’expansion monétaire au service du développement de toute l’humanité, de l’emploi, de la formation, de la santé, de la préservation de l’environnement de tous…
Cela suppose d’engager des réformes radicales, du local au mondial. Pour réduire les prélèvements et le rôle de la finance. Pour substituer au dollar comme monnaie universelle un autre équivalent général. L’économiste communiste Paul Boccara a proposé de faire jouer ce rôle à la monnaie du FMI, les droits de tirage spéciaux(DTS). La Chine l’an dernier a fait une proposition en ce sens.
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