Gérard Piel: « Avec plus de cent mille passagers chaque jour, nous avons été capables en Paca d’augmenter de 80% les capacités d’accueil des TER ».Photo RT
Vice-président du conseil régional PACA et délégué aux transports, Gérard Piel est solidaire des
actions des cheminots. Il dresse le bilan positif de la région en matière de développement des TER, malgré le désengagement de l’Etat et de la SNCF.
Les cheminots ont manifesté hier pour
la défense du service public. Partagez-vous leur inquiétude ?
Je suis totalement solidaire de leurs actions, de ce rassemblement national qui porte sur les revendications propres aux cheminots comme les salaires ou l’emploi mais qui vise
également à dénoncer le démantèlement de cette belle entreprise nationale qu’est la SNCF.
Il est plus que temps de mettre un coup d’arrêt à ce processus pernicieux qui pourrait porter un coup fatal au service public du rail. L’exemple des orientations décidées par la
direction de la SNCF et du gouvernement en matière de fret est symptomatique des méfaits de ces orientations. Comment admettre, dans notre région PACA, qu’une cité aux riches
traditions cheminotes comme Miramas soit rayée de la carte du fret? Le projet équivaut à la réduction de 80% de la charge de travail de la gare de triage de Miramas où 500
emplois de cheminots sont menacés.
Ce qui, de manière plus générale, sera le cas pour l’ensemble de la Région qui est ignorée. Rien pour le Montgenèvre, rien pour la desserte du port de Marseille ni pour la voie
littorale.
Les compétences de la Région en matière de transports ferroviaires portent pour l’essentiel sur les TER. Au terme de
ces deux mandats, vous présentez un bilan positif ?
Sans aucun doute, mais avant de répondre plus précisément à votre question, je veux préciser combien la mise en concurrence, pour les TER, avec des compagnies privées seraient
catastrophiques.
Dans le cadre de mon mandat régional, je viens de séjourner en Italie, dans le Piémont. Là bas, le service public est en jachère. J’ai assisté à une manifestation de cheminots
contre la privatisation des TER de la région Piémont. Quatre lignes sont mises en concurrence avec des candidats français : Keolis (filiale de la SNCF), Veolia, RATP, etc. Les
lignes les plus rentables comme Turin - Milan sont couplées avec une ligne déficitaire. Est-ce cela que l’on prépare pour la France et ses services publics ? Veut-on créer les
conditions de l’arrivée d’entreprises privées ? En cas d’ouverture à la concurrence, on risque de voir des compagnies privées faire circuler des trains dans le genre de celui
d’ECR Cargo, une société de fret privée : un vieux train diesel, qui relie quotidiennement Cannes et Vintimille. D’autre part il y a des accidents en France avec des trains de
fret privés, car les règles de sécurité ne sont pas respectés.
Désormais, l’absence de moyens humains est criante. En quelques années, plus de 20 000 emplois ont été supprimés. La SNCF ne parvient même plus à respecter sa signature sur des
accords passés. C’est pourquoi, je le répète, je suis totalement aux côtés des cheminots qui manifestent contre ce qui se prépare. C’est aujourd’hui que cela se joue. Demain, il
sera trop tard.
L’effort de la région PACA en matière de TER est pourtant montré en exemple ?
Nous pouvons, en effet, être fiers de ce bilan. Ne serait-ce que parce que notre politique a réussi à gagner à la cause du transport ferroviaire de nouveaux et nombreux usagers
depuis 1998. A cette époque, prenaient les TER ceux qui vraiment ne pouvaient pas faire autrement. Aujourd’hui, malgré des difficultés réelles, le niveau de fréquentation
atteint de hauts niveaux : plus de cent mille passagers chaque jour. Nous avons été capables d’augmenter la capacité d’accueil de 80%.
En outre, avec les comités de ligne, le comité consultatif des transports, l’observatoire de la qualité, nous avons pu insuffler une dimension démocratique, citoyenne à cette
politique. Même si nous sommes encore loin du compte, que cela demande des améliorations. Nous avons besoin de cet échange et je crois que notre Région a été à la pointe de
cette volonté politique.
Mais cela coûte cher à la Région ?
Nous avons investi trois milliards d’euros depuis 2004. Mais c’est un investissement de qualité et pour les usagers et pour l’aménagement du territoire. Ce qui coûte cher et
constitue un véritable scandale, c’est que l’Etat n’a pas tenu ses engagements financiers en transférant les TER aux régions. C’est la même logique que celle développée par les
projets de loi sur la réorganisation des collectivités locales.
J’ajoute que ces investissements régionaux assurent le maintien de milliers d’emplois pour les entreprises qui construisent des wagons. Nous venons de passer deux appels
d’offres pour 2014-2015 à Bombardier et Alsthom. Deux contrats qui s’élèvent à 3 milliards d’euros. Il faut savoir qu’une rame coûte entre douze et quinze millions d’euros.
L’achat de ces rames vont éviter des licenciements dans le Valenciennois.
Certes, il reste encore quelques rames anciennes. A cela s’ajoute des rames qui ne peuvent circuler en raison du manque d’entretien dont est responsables la SNCF et sa politique
d’austérité.
La politique régionale, c’est encore la modernisation de certaines lignes.
On peut même parler d’un grand chantier régional. Mais dont l’exécution et les délais se heurtent de plein fouet avec les manques de moyens octroyés par l’Etat qui n’en fait pas
une priorité. Trop souvent la SNCF et RFF se désengagent. Il y a quelques jours, nous avons pu poser la première pierre de la ligne Marseille-Aubagne. Mais avec trop de retard
car nous avons subi la politique des gouvernements qui gèlent les crédits.
Le Front de gauche que vous soutenez, propose d’aller vers la gratuité du transport. Comment le financer
?
Dans un récent rapport à bien des égards discutables, la Cour des Comptes a souligné que le passager paie 17% du transport. La marge financière à dégager n’est donc pas très
importante. On peut la chiffrer entre 50 et 80 millions d’euros.
Pour y parvenir, nous proposons que soit octroyée aux Régions une partie du versement transports, qu’elles reçoivent une part des recettes des radars sur les route et les
autoroutes, et surtout que soient taxées les compagnies autoroutières qui obtiennent des résultats financiers pharaoniques alors qu’elles ne participent pas du tout au
développement du rail.
Interview Christian Digne
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