Photo archives LM
SNCF. La grève a été reconduite hier dans tous les services de la région par des
cheminots très remontés. Ils manifestent aujourd’hui à Montpellier.
La CGT a voulu hier être au plus près des cheminots. D’où ces assemblées générales qui se
sont tenues par service sur les dix sites SNCF de la région de Perpignan à Alès.
A la gare de Montpellier, alors que le silence est assourdissant sous la marquise tant les trains sont rares, le service exploitation qui comprend les agents des
guichets, des escales et de la sécurité va se réunir. Ailleurs les contrôleurs, les conducteurs, ceux qui travaillent sur les voies ou à la direction générale font de
même. Le matin dès 3h30 des piquets de grève ont informé les agents. Et le résultat est palpable. La grève est bien suivie. Nordine Ameur, secrétaire général du site de
Montpellier compte 85% de grévistes chez les contrôleurs de la région, 70% chez les conducteurs. Les chiffres de la direction sont suspects à ses yeux, mais ils trouvent
quand même 75% de grévistes chez les contrôleurs.
A l’AG de l’exploitation, on fait aussi les comptes. Plutôt bons : 7 prises de service étaient attendues le matin aux guichets, 6 agents sont grévistes. Même chose aux
escales. Mais le débat est plombé par l’annonce de Guillaume Pepy, le Pdg qui a déclaré qu’il ne négocierait pas pendant l’action. On compte bien ici le faire revenir
sur sa décision. Marouane, secrétaire de la CGT, exprime sa colère : « la gestion par activité a atteint ses limites ». Il parle de la restructuration de la SNCF qui
morcelle chaque activité, empêchant un cheminot « voyageur » de donner la main à un cheminot « fret » et inversement. Une syndicaliste de SUD-rail dénonce « la
compétition » instaurée entre les agents, « ces CDD qu’on jette sans explication après deux ou trois ans de boulot ». « On se croirait au temps de la machine à vapeur »
jette-t-elle en évoquant les « dépressions », « les pressions manageuriales »…
«
On se mobilise pour les usagers
Quelqu’un demande pourquoi les cheminots ne se mettraient pas en grève au moment des départs en vacances. Freddy répond qu’il faut au contraire gagner la bataille de
l’opinion publique, « faire comprendre qu’on se mobilise pour les usagers et un service public fort. » Et fort, il l’est de moins en moins. « 48 heures pour rétablir le
service après un accident de caténaire », Marouane trouve ça scandaleux. « On ne nous donne plus les moyens d’assurer notre travail ».
Certains sont pessimistes - « On a rarement connu une telle surdité de la direction » - mais tous savent que l’entreprise est réellement menacée par la libéralisation. «
Si le fret est filialisé, on est au bord de la falaise », alerte Marouane. Après une demi-heure de débat, il faut se prononcer sur la suite. Freddy et Marouane
installent l’urne, disposent les bulletins. A midi, on dépouille : une seule voix est pour la suspension, toutes les autres pour la reconduction de la grève. Chacun sait
que le lendemain tous les services vont se retrouver ensemble - et tous l’attendent - pour une manifestation qui partira à 14h de la gare jusqu’à la préfecture où une
délégation sera reçue. « Il faut sensibiliser l’Etat, le contraindre à se mettre à la table des négociations », explique Marouane à ses collègues. De fait, ce
morcellement de l’entreprise fait partie de « la feuille de route du président de la république ». Eux ils veulent la garder entière et publique leur boîte. C’est
l’enjeu véritable du mouvement.
ANNIE MENRAS
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