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Idées - Tribune libre - Histoire - Article paru le 23 octobre 2009 dans l'Humanité

 

Réforme du lycée  :
La démocratisation est oubliée au profit du rendement

Que devient le pari de la réussite pour tous ?

Dessiner le lycée d’aujourd’hui nécessite, au préalable, de trancher sa place dans la formation initiale de tous les jeunes, d’en fixer les objectifs. Le projet éducatif est indissociable du projet de société, l’école étant lieu de transmission d’un patrimoine culturel et historique fondateur de la République et d’émergence des problématiques nouvelles qui interrogent la société. « Un lycée plus juste et plus efficace », dit Nicolas Sarkozy. Belle envolée qui cache cyniquement une conception inquiétante de l’école. On peut être efficace en ne laissant venir au lycée que les seuls collégiens susceptibles d’y réussir, faisant ainsi fi du pari de la réussite de tous. Jamais le mot « démocratisation » n’a été prononcé. Ce n’est pas un hasard : la réforme envisagée ne s’enracine pas dans la volonté d’ouvrir plus largement les portes du lycée à toutes les catégories sociales et l’objectif est simplement d’en améliorer le rendement. Traitons d’abord la question des contenus à enseigner qui construisent une culture commune à une génération et préparent à des poursuites d’études. Xavier Darcos a payé cher son approche mécanique d’une réforme sans contenus… et le débat a pris encore une année de retard. Pourtant, rarement la communauté éducative n’a été aussi unanime sur la nécessité d’une évolution, jamais les bases d’une discussion permettant de refonder le contrat entre la société et son école n’ont été aussi clairement posées. Encore ne faut-il pas s’enfermer dans un calendrier politique démagogique.

Pour qui concevoir le nouveau lycée ? Pour y enseigner quoi et au nom de quelle vision de la société de demain ? Quelle culture commune transmettre aux jeunes ? Quels citoyens voulons-nous ? Les réponses à ces questions permettront ensuite d’échafauder les structures, les horaires, les parcours possibles et d’envisager les stratégies pédagogiques et les recours pour ceux qui éprouvent des difficultés. Annoncer l’aide comme pivot de la réforme et réduire l’orientation à l’information, c’est faire l’impasse sur ces questions car c’est considérer l’échec et la difficulté comme inéluctables, c’est refuser de cerner les mécanismes cognitifs, mais aussi sociaux et culturels, qui sont à l’origine de bien des décrochages.

Le Snes et la FSU travaillent sur la notion de culture commune constituée de savoirs disciplinaires et transversaux, mais aussi de pratiques artistiques, sportives et culturelles, de méthodes et de compétences entendues au sens d’aptitudes intellectuelles et de savoir-faire transférables. L’enjeu est de comprendre qu’à l’opposé d’un modèle figé, une société se construit dans la diversité, dans le partage de valeurs communes qui s’enrichissent des apports culturels variés, dans le respect mutuel. Une telle culture suppose que soient abordés par tous les champs littéraires, scientifiques, technologiques, économiques et sociaux, artistiques et sportifs. Cela ne passe pas par un tronc commun aux horaires pléthoriques, ingérable en termes de pédagogie, mais par un repérage des apports des différentes disciplines dans cette construction. Les voies technologique et professionnelle ont ainsi fait accéder au baccalauréat toute une partie de la population qui ne parvenait pas à intégrer le lycée des « héritiers ». Certes, l’égalité de ces trois voies n’est pas reconnue dans les usages sociaux et dans l’accès à certaines formations du supérieur. Il faut revaloriser leurs débouchés et leur image.

La société d’aujourd’hui impose d’inscrire la scolarité obligatoire jusqu’à dix-huit ans, au-delà du seul « droit à formation » du plan de Martin Hirsch. Et que l’on ne dise pas qu’une partie de la population (toujours la même évidemment !) serait incapable, à quelques exceptions près, d’accéder à cette culture ! Nous voulons un lycée pour tous, organisé en séries regroupées en trois voies identifiées par des approches et des équilibres disciplinaires différents, laissant le temps à chaque jeune de se forger une ambition, de se construire.

Parallèlement les conditions de travail et d’étude doivent être améliorées : le pari de « l’éducabilité de tous » nécessite de faire évoluer les pratiques, de varier les supports et les approches pédagogiques pour que les lycéens trouvent sens aux apprentissages… Ceci ne sera possible qu’en rompant avec les politiques budgétaires qui imposent un retour à des formes inefficaces de dichotomie dans l’acte éducatif : cours collectifs avec des effectifs surchargés d’un côté, aide et soutien hors du cours de l’autre. C’est l’investissement collectif nécessaire si l’on ne veut pas que ce soit encore une fois les classes populaires et les plus défavorisés qui paient l’addition.

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Tag(s) : #Education
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