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 Jeunes et précaires : Moins de 30 ans et une vie de petits boulots !

Article paru dans La Marseillaise du vendredi 23 octobre 2009 


 

Avoir moins de 30 ans en 2009 ce n’est pas une sinécure. Et la jeunesse se conjugue le plus souvent avec la galère. LS
Avoir moins de 30 ans en 2009 ce n’est pas une sinécure. Et la jeunesse se conjugue le plus souvent avec la galère. LS
Étudiants, diplômés ou pas, les jeunes entrants sur le marché du travail galèrent de CDI en intérim. Et ce ne sont pas les dernières propositions de Sarkozy qui les réconfortent.


 

A l’heure où des milliers de jeunes débarquent sur le marché du travail, leur moral n’est pas au beau fixe. Et leur avenir n’est pas une voie royale même après avoir pris connaissance de la réforme du RSA Jeunes.
    C’est le cas de Lise, une jolie brunette de 26 ans. Elle étudie à l’IUFM de Montpellier pour devenir prof. Elle commente la réforme Sarkozy : « Le RSA pour les moins de 26 ans, ça peut aider, mais juste à faire patienter. Ce qu’il faut c’est permettre à tout le monde de travailler. » Les difficultés financières, elle connaît. Elle touche 460 euros de bourse par mois, son loyer est de 420 euros. « Et la Caf ne donne pas grand chose ». A ses côtés, Florian, 20 ans. Il a arrêté ses études « pour pouvoir [se] loger et [se] nourrir. J’ai bien essayé de travailler en même temps, mais c’est trop compliqué. » Alors, il distribue des prospectus. Et en matière de travail indécent, il est déjà calé. « De toute façon le RSA, je ne pourrais pas le toucher, je n’ai pas travaillé deux années pleines. » Mal payé, il met quand même de l’argent de côté parce qu’il va rentrer dans une formation professionnelle « payante et pas rémunérée ». Galère, galère.


    Mélodie a 20 ans, Aurore, 22. L’une travaille depuis qu’elle a 18 ans, l’autre 16 ans. Toutes deux en formation commerce en alternance, trouvent le RSA jeunes intéressant et n’y voient pas malice. « Il y a tellement de contraintes dans la vie de tous les jours ».
    Ce n’est pas l’avis de Pierre. « C’est une aberration, si j’ai bien compris, il faut avoir travaillé deux ans. Moi, jusque-là j’ai surtout travaillé l’été. » Il a aussi arrêté ses études, mais trouvé du boulot dans une association. « Ca me permet de souffler un peu ».
    Souffler Romain, aimerait bien lui aussi. Il vient d’arriver en première année à l’université des lettres Paul Valéry. « J’ai eu la chance que mes parents mettent de l’argent de côté depuis que je suis tout petit pour payer mes études. » Mais en fait cet argent lui permet de payer son loyer et de manger. Et il a du mal à trouver du travail. Bref, il va continuer « à survivre ».
    Diane, en Master 2 de langues étrangères appliquées, à Paul Valéry également, n’y va pas par quatre chemins. « C’est de la poudre aux yeux du blabla politique qui ne mènera à rien du tout ». Elle a, de fait, du mal à croire qu’on puisse à moins de 25 ans, avoir travaillé deux ans sur les trois dernières années. « Pourtant, j’ai travaillé tout le long de mes études. Mais j’aimerai savoir comment on peut travailler pendant 35 heures, assister aux cours entre 10 et 12 heures par semaine, sans compter tout ce qu’on fait à la maison. » Elle connaît d’ailleurs beaucoup d’étudiants qui, sans bourse, et « dans des situations terribles » ont dû arrêter leurs études. « Les parents ne sont pas toujours derrière. Dans mon master, les gens ont 24, 25, 26 ans, ils vivent souvent en couple, ils ont une vie d’adultes. On ne peut pas considérer que la vie commence après l’obtention d’un diplôme ». Alors, elle envisage ce qu’elle estime être une utopie : une allocation étudiante universelle. « C’est-à-dire pour tous, quelle que soit la situation des parents, car on n’a pas toujours recours à papa-maman. »


Faute de moyens, elle stoppe ses études


    C’est le cas de Pierre-Alain, 24 ans, qui a appris la photographie. Pour l’instant, il est commis de cuisine et a cumulé plusieurs « petits boulots », en intérim, CDD ou au noir, sans rapport aucun avec ses études. Pourtant, réagit-il tristement : « Je n’aurais jamais deux années complètes de travail sur trois ans ». Par contre, avec l’association Reporters de paix, il part en Palestine, appareil en bandoulière. Une belle aventure dont il espère qu’elle lui ouvrira des portes.
    Une belle aventure, Roxane, 27 ans, espère elle aussi en vivre une en Nouvelle-Calédonie, là où elle s’apprête à partir pour changer d’air. En galère de boulots depuis qu’elle a laissé tomber ses études à la fac faute de moyens financiers – « J’avais coupé le contact avec mes parents et je n’avais pas envie d’aller bosser chez Mc Do, alors ça m’a découragée » -


« Je n’ai jamais touché plus que le Smic »


    Roxane souhaite concrétiser son dernier projet : la photo. Simple autodidacte comme elle se définit elle-même, elle n’en est pas moins motivée. Et optimiste. « Je pense qu’il me sera plus facile de trouver du boulot en Nouvelle-Calédonie parce que le Bac a une vraie valeur là-bas ». Il faut dire qu’à Montpellier, Roxane a enchaîné les jobs alimentaires précaires avant de décrocher quelques mois pour mieux s’occuper de sa fille. « Je n’ai jamais touché plus que le Smic. En général, entre 500 et 800 euros pour des jobs d’intérim », raconte-t-elle.
    Armée de son Bac littéraire, celle qui fut un temps secrétaire, un temps caissière, ou vendeuse en boulangerie, n’est certes pas surdiplômée. Mais elle nourrit quelques regrets. « Si l’ANPE m’avait à l’époque proposé un CAP photo au lieu d’une formation en bureautique, j’aurais peut-être un emploi intéressant ». Mais Roxane ne se fait guère d’illusions. A l’image de quelques-unes de ses connaissances, elle doute qu’un diplôme lui aurait automatiquement ouvert la voie royale. « J’ai l’impression qu’avant 30 ans, il ne faut pas espérer avoir un boulot fixe épanouissant ».

Témoignages
Recueillis par Annie Menras
et Rémi Cougnenc


http://www.lamarseillaise.fr/le-fait-du-jour/moins-de-30-ans-et-une-vie-de-petits-boulots.html
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Tag(s) : #Société
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