« On a le sentiment de ne plus avoir la main »
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Article paru dans La Marseillaise du mardi 9 novembre 2010 |
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L’intersyndicale CFDT, CFTC, CGC, SNU, CGT, FO, SUD, UNSA, SNAP, à pôle emploi est vent debout contre les conséquences d’une fusion Assedic-Anpe à marche forcée, pas prête d’atteindre sa vitesse de croisière.
Les syndicats estiment aujourd’hui « impossible de mener à bien leur mission de service public » au bénéfice des demandeurs d’emploi
à moyens constants. Ils se défendent d’être « résistants au changement » ou de manifester pour défendre des intérêts corporatistes. « Toute l’organisation spatiale et du travail concourt à la
désorganisation du travail, déclare Michel Michelotti représentant SNU au CHSCT Paca et membre du comité d’établissement. « En Paca, nous avons le plus fort taux de contrats précaires, de l’ordre
de 12% avec un flux en augmentation de 8% et un taux de chômage à 11% ». Même son de cloche chez la déléguée syndicale FO, à Montpellier.
« C’est aussi une question d’inadaptation des postes de travail aux métiers, constate Martine Agulhon. « On ne peut pas travailler
des dossiers d’indemnisation à côté de l’accueil. Et puis s’il faut faire de l’accueil et de la relation client puisqu’ils sont mixtes, on ne peut pas travailler toutes les composantes en même
temps à effectif égal. C’est infaisable ». Les tensions semblent s’aggraver et les incidents se multiplient comme à Nice où deux agences ont fermé invoquant le droit de retrait « face au climat
dangereux ». « Il y a quand même eu cinq tentatives de suicides depuis le mois de janvier 2010 dont deux sur le lieu de travail », s’insurge Michel Michelotti, élu SNU au CHSCT
Paca.
« Sur 2000 salariés en Languedoc-Roussillon on compte environ 280 CDD dont six rien qu’à la direction Ressources humaines, explique
Martine Agulhon, déléguée syndicale FO basée à Montpellier, et 60 à la plateforme régionale téléphonique ». « Nous avons le taux de chômage le plus important. Les sites sont surchargés et les
usagers continuent d’aller là où ils allaient avant. A Sète, par exemple, les agents n’ont plus le temps de régler les questions d’indemnisation tellement il y a de monde. Notre priorité c’est
d’éviter les ruptures de paiement et des mesures exceptionnelles sont prises sur les plateformes intensives de travail mais on a déjà 4 jours et demi de retard de traitement ». D’autres syndicats
parlent de trois semaines à un mois de dossiers en souffrance…
Dans cette région c’est par vagues successives que la montée en charge des sixtes mixtes s’est réalisée, à commencer par les petites
villes comme Lunel, Agde, Mende, le Vigan (vague 1) ou Béziers, Alès… (vague 2), « reste les agglo comme Montpellier, 750 agents » ajoute la responsable syndicale. « Dans d’autres agences, il
faut faire la navette entre le back et le front office (respectivement traitement des dossiers et accueil du public). C’est le nomadisme. J’ai ainsi vu de grosses panières remplies de dossiers
trimballées d’un site à un autre… ». FO a réservé une salle au domaine de Grammont (mairie annexe) pour y tenir une « AG aujourd’hui avec le personnel » et parler de ce
ras-le-bol.
A Nice, rendez-vous est donné à la gare SNCF pour défiler ensuite sur une grande artère de la ville. A Avignon, ce sera à 9 heures
devant le site pôle emploi Apollinaire. A Marseille, l’intersyndicale appelle à un grand rassemblement devant la Préfecture, à 10h30.
« Nous n’étions pas contre la fusion pourvue qu’elle soit précédée d’une uniformisation préalable des statuts, des contrats, des
métiers et avec une vraie anticipation, rappelle Nathalie Rubert, responsable régionale SNU Paca. C’était à ces conditions que la fusion pouvait être positive. On nous demande d’appréhender le
travail de l’autre mais tout se solde par des formations à l’arrache. On apprend les aspects techniques, les connexions, les codes comme si cela suffisait alors que le métier nécessite une
connaissance du marché du travail, de la formation, toute une logique qui est absente des procédures. Le sentiment qui grandit c’est la déqualification, on a le sentiment de ne plus avoir la main
».
Pour Emilie Cantrin, responsable CGT Paca, syndicat contre la fusion depuis le début, « de l’extérieur on ne s’en rend pas compte,
mais les deux métiers n’ont rien à voir entre eux, précise-t-elle. L’ex-indemnisation c’est le profil comptable et administratif, l’ex-anpe c’est le conseil avec une vision sociale de l’insertion
professionnelle. Pour les deux, c’est très difficile. Aujourd’hui on participe à la mise en concurrence des demandeurs d’emploi en fonction de leur taux d’employabilité parce qu’on ne peut pas
s’occuper des profils les plus éloignés du marché du travail. Cette grande souffrance exprimée par les salariés dans les agences, elle vient du fait que bon nombre d’agents sont perdus sans la
notion de service public. » Suivant le niveau de formation reçue, un ex-Anpe peut ne pas être en mesure de répondre à des questions ayant trait à l’indemnisation et vice-versa, soulignent les
syndicats.
D’où l’énervement et l’exaspération légitimes des usagers selon les responsables syndicaux. « C’est encore pire depuis la mise en
place du 3949 (accueil téléphonique) car les usagers reviennent en agence ». Un flux supplémentaire « inutile et contreproductif ». Les usagers « sont agressifs ». « Ce n’est pas la cause des
problèmes mais une conséquence de la désorganisation », martèle Michel Michelotti représentant SNU au CHSCT et membre du comité d’établissement. « Au lieu de créer une structure plus simple, tout
s’est inversé. Alors la direction recule et on nous dit un truc incroyable : formez-vous par imprégnation auditive ! Nous avons vraiment le sentiment d’un gâchis ». Nathalie Rubert, déléguée
régionale SNU va plus loin : « On voudrait nous accuser de mal travailler qu’on ne s’y prendrait pas autrement alors qu’en réalité c’est la fusion qui ne crée aucune plus-value ». Même le recueil
des offres d’emploi, le démarchage et la prospection « s’effectuent à la marge » dit la déléguée SNU, et « on est très contents quand on peut suivre une offre… ». Le niveau de la double
compétence illustré par l’Entretien d’inscription et de diagnostic (EID) devrait être finalisé fin juin 2011. Un deux en un qui absorbe à la fois l’entretien d’inscription et l’élaboration du
projet personnalisé d’accès à l’emploi.
Mais finalement, le métier unique ne concernera pas plus de 20 à 25% des conseillers en charge de la clientèle. « Sur les basiques
c’est possible d’intervenir sur la double compétence mais pas au-delà, explique Emilie Cantrin, déléguée CGT Paca. Des agents peuvent suivre entre 100 et 200 demandeurs d’emploi. « On ne nous le
dit pas mais le suivi mensuel des demandeurs, ce sera essentiellement du placement et du contrôle, car c’est bien moins compliqué que de travailler sur un projet professionnel, la formation,
l’orientation, qui sont le sens originel du service public ». Et de citer la radiation qui menace quand un rendez-vous n’a pas été honoré, « laissant 15 jours au demandeur pour s’excuser, avec
justificatif » mais sans tenir compte de « la dimension sociale et humaine pour certains demandeurs qui sont fragilisés, soit en dépression, soit en rupture familiale ».
En 2009, 321 500 emplois ont été détruits et le nombre de chômeurs atteint aujourd’hui plus de 4,5 millions, toutes catégories
confondues. « Sans la crise nous aurions souffert, mais crise + fusion rendent aujourd’hui le système inopérant. Je ne pensais pas que ce serait une catastrophe à ce point ». Emilie Cantrin, la
déléguée CGT Paca avoue « être très inquiète quant à l’avenir de l’établissement ». « Aujourd’hui les modes de management passent par « tout s’achète ». Le moteur c’est l’argent. Pour moi, c’est
l’intérêt pour le travail et si c’est bien payé, tant mieux ». 55% des agents issus de droit public (Anpe) ont opté pour le statut privé. Un choix « fort compréhensible » selon la syndicaliste. «
S’ils avaient proposé jusqu’à 20% d’augmentation pour passer du statut privé au public, tout le monde l’aurait fait ! Ce qui prouve que le gouvernement sait trouver les ressources financières
quand ça l’arrange. Il règne maintenant sur les agents de droit privé bien plus de pression car ils dépendent des hiérarchies locales ». Quant aux solutions, « elles n’arrivent pas, c’est ce que
nous constatons. »
La direction de pôle emploi via le service presse n’a pas souhaité répondre à nos multiples sollicitations entre le 2 et le 4
novembre.
Reportage Nathalie FREDON
Photos Redouane Anfoussi
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