L’insécurité menace les cours de collège
Article paru dans La Marseillaise du mardi 9 novembre 2010
Les parents d’élèves ont bloqué l’accès au collège Manet. La diminution des moyens accordées aux établissements sensibles amorce
un vent de colère dans les établissements.
Dans l’éducation, la forte mobilisation contre la réforme des retraites a laissé bien plus que des stigmates. Elle a mis en germe
des formes de rassemblements de plus en plus larges, associant syndicalistes et non syndicalistes. Des habitudes ont été prises, des points de convergence sont nés sur des sujets qui ne traitent
pas de la seule question des retraites, la plate-reforme revendicative s’est élargie : formation des enseignants, expérimentation, réforme du lycée, pénurie budgétaire, vie scolaire décimée. Et
c’est sur ce sujet que la tension est aujourd’hui la plus vive.
Bien avant les vacances de la Toussaint, parents d’élèves et professeurs de collèges, labellisés ambition réussite (zone d’éducation
prioritaire), essentiellement implantés dans les quartiers Nord de Marseille, décidaient de bloquer l’accès de leur établissement pour dénoncer la diminution des emplois de vie scolaire, chargé
d’assurer la surveillance des élèves.
Dans ces collèges qui cumulent souvent les difficultés, le volume horaire et le nombre d’emplois précaires (contrats aidés) a
diminué de moitié. Le premier degré n’échappe pas à la règle avec la suppression de l’aide accordée aux directeurs (EVS) dans leur tâche administrative. Le second degré fait lui aussi les frais
de cette politique de restriction budgétaire, provoquant l’ire des parents d’élèves, qui se sont mis à bloquer l’accès des établissements. Avec en plus, la peur que le collège ne soit plus un
havre de paix. Et que la violence, comme c’est souvent le cas aux abords des collèges, fasse son entrée dans les cours de récréation.
Hier, aux premières heures de la matinée, les parents d’élèves décidaient de bloquer l’entrée du collège Manet, avant eux, ceux du
collège Gibraltar, aujourd’hui dénommé Alexandre Dumas avaient fait de même.
Sylvie Dubois dont le fils est scolarisé à Gibraltar plaide pour un mouvement plus global et se dit en droit d’exiger que l’école
continue d’assurer la sécurité des élèves. Gibraltar qui avait perdu deux contrats aidés, attend de retrouver un CUI (Contrat unique d’insertion) à durée limitée pendant six
mois.
Mobilisés pour sauvegarder l’existant
A la précarité des personnels de vie scolaire succède une autre forme de précarité. A la différence que cette fois ci, elle permet
l’introduction de personnels dont les contrats sont limités dans le temps et la fonction élargie.
Au collège Manet où quatre CUI ont été supprimés depuis la rentrée, d’une année scolaire sur l’autre, la situation s’est lentement
dégradée. Au point que l’établissement qui s’est toujours battu pour réclamer plus de moyen, doit se battre pour sauvegarder l’existant. « L’année dernière, on nous a même proposé de démissionner
», témoigne un enseignant, qui parle d’une vie scolaire à flux tendu. « Le jour où un parent portera plainte, c’est directement la responsabilité du chef d’établissement qui sera engagée.
»
Si la situation est généralement minimisée dans l’établissement, force est de constater qu’aujourd’hui les choses évoluent en pire :
insultes quotidienne, violence physique…
« Peu à peu, on supprime toutes les autres fonctions de l’éducation », assure Sophia Banodi, professeur de lettres. Selon elle, dans
ces établissements, « on va se contenter d’un minimum, validé cette année par le socle commun des connaissances. Sur le fond ; on assiste à un démantèlement du service public d’éducation.
»
De là à faire le lien avec le conflit sur les retraites, il n’y a qu’un pas : « Au fond c’est la même problématique. Tout est
question de choix financiers et politiques ».
CATHERINE WALGENWITZ
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