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L’école, construire du « commun » :

Projet populaire et partagé

Quelle école, pour quelle société ?
- De la maternelle à l’université comment construire du commun ? Comment viser l’émancipation individuelle et collective  ?
- Comment réussir la transformation progressiste de l’école et sa démocratisation ?
- Quelle formation initiale et continue pour quels enseignants ?
- Quels finalités et moyens pour l’école ?
- Quel service public national pour l’éducation de la jeunesse, de la petite enfance à l’université  ?…


13 avril 2011

RASED : Réseaux d’Aides Spécialisées aux Élèves en Difficulté. Dispositif unique, outil de la réussite de tous les élèves

Le Schéma d’emplois 2010-2013 = suppression des RASED
Dans notre département : 40 postes supprimés
La bataille pour les RASED est au cœur des enjeux de la transformation progressiste de l’école et de sa démocratisation

Dans un premier temps, pour permettre à tous de mieux appréhender ce qui se joue voici quelques documents à lire.

1. Une contribution au projet pour l’école écrite par Josiane Korobeinik, enseignante Rased à Marseille, participant aux travaux collectif école PCF 13.

2. Humanité « L’invitée de la semaine, du 4 avril au 8 avril 2011 » Joëlle Auffret enseignante Rased à l’école Paul-Éluard (Vitry-sur-seine). 5 articles :
- « Les enfants apportent dans leurs cartables bien plus que leurs affaires d’écoliers. »
- L’enjeu de la lutte est de taille : ne laisser aucun enfant sur le bord de la route !
- On nous contraint à n’intervenir que sur des situations d’urgence
- Quand l’enfant peut s’engager à la reconquête de son désir d’apprendre.
- Continuer à espérer construire un monde dans lequel chacun puisse avoir sa place.

Contact : Miranda Cirasaro, Responsable collectif école PCF 13.

RASED : dispositif unique, outil de la réussite de tous les élèves (Josiane Korobeinik)

En 2008, le ministre de l’éducation nationale, Darcos annonçait la suppression de 9000 postes de RASED sur 3 ans, 3000 par an ce qui conduit à la fin de ce dispositif unique.

S’en est suivie une mobilisation sans précédent.

Une mobilisation très forte et déterminée, au delà des professionnels des RASED eux-mêmes, qui a touché les enseignants du premier degré (au lieu de nous diviser, les liens se sont soudés entre les RASED et les équipes des écoles au sein desquelles pourtant les « insatisfactions » face au Rased étaient fortes : nous étions un peu les bourgeois de l’école, par ailleurs les réseaux étaient déjà affaiblis et semblaient souvent inefficaces) mais aussi mobilisation des parents, des citoyens qui trouvaient cette mesure contradictoire avec les projets politiques même ceux affirmés par la Droite. 250000 signatures ont été recueillies sur la pétition unitaire « sauvons et développons les RASED » Il est à noter que ce collectif demeure 3 ans après, avec presque tous ses membres.

Cette action pour les réseaux s’est inscrite dans les actions menées et la forte mobilisation des personnels de l’éducation. Ce n’était en aucun cas une action spécifique, voire corporatiste, elle a fait corps avec le mouvement pour l’éducation, la formation.

Pourquoi cette unité dans la mobilisation, pourquoi avons-nous tant fait parler de nous alors que le sigle lui-même était peu connu.

D’abord car les RASED font partie du service public d’éducation et qu’il a semblé choquant de supprimer des postes dans l’éducation alors que le maître mot du ministre était précisément l’aide aux élèves en difficulté.

Le RASED c’est LE service public d’aide aux élèves.

Ensuite parce que est vite apparue derrière cette volonté d’en finir avec ce dispositif, une opposition entre deux conceptions de l’école.

Ce que je veux dire avant tout : Le RASED c’est un dispositif TRES imparfait et il faut l’interroger, le transformer. Pour cela il faut à minima un débat entre le ministre et les enseignants, les citoyens.

En effet les RASED qu’est-ce que c’est : (et c’est déjà plus ça ! La mise en pièces, comme pour toute l’école, n’a pas commencé il y a trois ans.)

- C’est un réseau, un maillage sur tout le territoire national, toute zone géographique : rural ou urbain, ZP ou pas : Neuilly, La Réunion, Marseille Nord ou Trets…chaque école de France disposait d’un RASED.

Ce n’est pas un dispositif de l’éducation prioritaire et c’est ce qui est bien, de mon point de vue. Cela évite de penser la difficulté comme déterminée par l’origine sociale et ainsi stigmatiser une catégorie d’enfants (d’origine populaire) voués « forcément » (voire génétiquement pourquoi pas !) à l’échec. La difficulté est liée à tout apprentissage. Même s’il faut donner des priorités à l’éducation en ZP, cela ne peut se réduire au traitement de la difficulté, (on sait que la culture, le sport…c’est aussi important) Mais évidemment dans les écoles ZP il faut plus d’école et de RASED !

Bien sûr, si les causes de la difficulté sont multiples : elles prennent toujours ancrage dans le terrain social

- Le RASED, c’est un réseau d’enseignants spécialisés (Psy scolaire, maître E et G) au service des équipes de maîtres, des élèves et des familles. Nous sommes enseignants et fonctionnaires (ce qui peut constituer une garantie pour les familles, d’indépendance, par rapport à l’aide extérieure) Nous n’avons pas de « statut » particulier, et tant mieux, nous faisons partie de l’équipe. Ce qui fait de nous des « spécialisés », c’est le CAPA, CAPSAIS, bien sûr, et la formation : il y a une relative unité des pratiques des personnels de RASED liée à la formation (ramenée à néant depuis 3 ans, ce qui signe la volonté d’en finir avec ce dispositif).

- Mais, le RASED pour moi, c’est surtout une réponse collective de l’école. C’est une prise de responsabilité de l’école sans la renvoyer aux élèves et à leur famille. C’est le contraire de la culpabilisation des familles, des enfants.

Le RASED participe à « la mise en commun »

Nous tentons en effet de nous pencher sur l’enfant en difficulté et pas seulement la difficulté de l’enfant.

Nous travaillons au sein des équipes, à leur demande, avec elles pour tisser ou retisser des liens entre les élèves et la classe, l’école, les apprentissages. (Nous travaillons pour des élèves en grande difficulté pour qui le soutien ne suffit pas ou pour qui la pédagogie n’est pas la seule réponse dans le but, toujours, de l’inclure mieux à la classe. L’élève apprend dans le groupe-classe.)

Le but de l’action du réseau c’est le réinvestissement scolaire, pour des enfants qui pourraient décrocher.

Nous tentons avec les équipes de nous approcher au plus près des besoins de l’enfant, en échangeant nos analyses : notre regard est pluriel. Nous tentons de le connaître dans sa globalité, et pas seulement au scanner de ses compétences, et dans ce qui se joue en particulier pour lui, toujours à un moment donné. Tout est en évolution.

Ainsi le RASED participe du combat pour un droit à l’égalité de l’accès aux savoirs pour tous.

C’est aussi un dispositif utile pour tous les élèves, toutes les équipes, qui aide à la prise en compte de l’enfant dans ses différences, sa singularité, mais aussi son unité.

Il aide aussi à dédramatiser les « problèmes « (de comportement par exemple). Nous sommes des personnels « ressource ! » sur le handicap, par exemple...

C’est un outil de l’institution qui a une vie paradoxale en soi (dedans et dehors), et qui est plus encore aujourd’hui un paradoxe dans l’école de l’exclusion qui s’affirme.

Ce que je veux souligner, c’est que de mon point de vue ce n’est pas la difficulté qui pose problème, mais les réponses que l’on donne ; c’est l’école qui est en difficulté de ce point de vue.

Enfin, nous ne voulons pas d’une externalisation de l’aide, une aide livrée aux officines privées, voire une médicalisation abusive, l’aide doit rester dans le service public d’éducation. Même si les structures comme les CMPP sont à défendre. Même si la psychiatrie est à défendre. Il faut défendre un espace entre le simple soutien et le recours à la médecine, la psychiatrie.

Enfin nous sommes des enseignants, nous pratiquons un métier de l’éducation, et c’est à travers l’attaque des réseaux l’idée du métier d’enseignant qui a été attaquée : compétence, … ceci en lien avec la casse de la formation. (Cette attaque contre le métier d’enseignant date, à mon avis de Robien et l’apprentissage de la lecture)

Le RASED a sa place dans une conception de l’école qui pense que chaque élève compte, une école qui ne renonce à personne, une école où on apprend ensemble.

Une conception en contradiction avec ce qui se trame dans les réponses actuelles du projet de droite avec comme mesures visibles : Évaluations, Aide personnalisée, mesures qui peuvent installer la concurrence entre élèves, entre écoles entre parents : Ainsi nous ne défendons pas les RASED pour eux-mêmes, mais l’école dont les RASED est un dispositif : des RASED pour la réussite de tous comme le disait notre banderole.

Enfin, c’est mon point de vue, les maîtres de réseau sont des praticiens, ils travaillent à la prise du « pouvoir » apprendre, en proposant aux élèves un espace pour apprendre ensemble, penser par soi-même, agir sur les apprentissages. Une pratique professionnelle qui s’appuie sur la prise de responsabilité, et non la culpabilisation, de l’individu concernant son avenir, alors que la société libérale enferme l’enfance dans l’infantilisme, lui enlevant toute possibilité de changer son devenir, d’avoir son rôle à jouer dans la transformation sociale.

(Cette question, à mon avis, est majeure, et j’ai bien besoin du collectif (le vôtre par exemple !) pour le travailler !)

A mon avis, défendre ce dispositif (et sa nécessaire évolution) est un enjeu de démocratie.

C’est défendre avec les maîtres l’enfant-sujet et non un objet comme le considère notre société.

Où en sont les RASED aujourd’hui ? Après 3 ans.

La droite, et son gouvernement, attaquent toute l’école et ses personnels violemment, les postes d’enseignants sont sacrifiés, et aussi comme j’ai essayé de le dire, l’attaque concerne nos professions.

Nous sommes inquiets car les équipes commencent à mesurer l’ampleur « du saccage incommensurable » dont parle Ouzoulias : Les maîtres nous parlent de manques : réseaux incomplets, trop surchargés, voire inexistants.

Combien d’élèves laissés pour compte ?

La psychologie scolaire est menacée.

Combien de familles livrées à l’aide privée, dont bon nombre de familles populaires.

Les seules réponses aux comportements « difficiles », des adultes comme des enfants, c’est la répression, la mise à la marge, la désocialisation.

L’école est très attaquée. Les RASED sont donc toujours en danger. S’ils répondent de moins en moins aux besoins, ils feront pour le ministère vite la preuve de leur inutilité alors qu’une étude récente (Université Descartes, M.Guillarmé) montre leur efficacité.

Enfin, même si les RASED sont un dispositif concernant tout le territoire, et élément de l’unité du système éducatif, élément de cohésion, d’égalité de droits, la disparition des RASED c’est un coup de plus porté à l’école des quartiers populaires ;

L’école des quartiers populaires est résolument détruite :

Manque de profs, personnels de moins en moins bien formés, personnels précaires..

Les enfants des quartiers populaires et leur famille sont de plus en plus montrés comme une menace par les libéraux (voir les dispositions sur les allocs).

Les glissements dangereux et faciles de la formule « trouble des comportements » en témoignent aussi.

Et surtout, la mise en place de ce système compte sur chacun de nous : nous devenons le complice de ce que certains d’entre-nous pensent combattre. L’école est en crise et charge chacun de nous, enseignants, y compris dans nos pratiques, d’être l’agent de cette politique d’exclusion.

C’est mon inquiétude majeure.

Il y a, de mon point de vue, (et du vôtre, je suis pas la seule !!!) urgence à débattre avec les parents, les élèves, les citoyens, et bien sûr les enseignants, à faire grandir en actes et en idées, mais aussi en pratiques transformées, une école démocratique.

Voilà quelques réflexions, entre autres, pour votre projet.

Josiane Korobeinik

Humanité « L’invitée de la semaine, du 4 avril au 8 avril 2011 » Joëlle Auffret enseignante Rased à l’école Paul-Éluard (Vitry-sur-seine)

« Les enfants apportent dans leurs cartables bien plus que leurs affaires d’écoliers. » lundi 4 Avril, 2011

Toute nation désireuse de former des citoyens responsables se dote d’une école de qualité. Aujourd’hui cette dernière est plus que jamais maltraitée par un État qui fait montre de bien peu de considération pour ceux qui devraient être l’une de ses préoccupations premières : les enfants. Pour preuve, cette année, ce sont 8 967 suppressions de postes qui ont été annoncées par le ministère. Aucun enfant, aucun parent, aucun enseignant ne sera épargné par ces mesures. En effet, cela signifie des classes plus chargées, la baisse de la scolarisation des enfants de plus de deux ans (particulièrement importante dans les quartiers défavorisés). La réduction massive des aides spécialisées apportées aux enfants en difficulté. Une baisse importante du nombre de remplaçants. Á Vitry-sur-Seine, les écoles Éluard, Saussaie et Cotton, dans lesquelles j’exerce en tant que rééducatrice, se voient amputées du poste que j’occupe. Je travaille au sein d’un Rased (réseau d’aide spécialisée aux enfants en difficulté). Le Rased comporte normalement un maître G chargé des aides rééducatives, un maître E chargé des aides pédagogiques (poste non pourvu dans ces écoles) et un psychologue scolaire. Ces Rased sont les héritiers des Gapp (groupements d’aide psychopédagogique) qui ont été créés à une époque où beaucoup pensaient qu’il était important de mettre l’humain au centre des préoccupations. Car, on le sait, les enfants apportent dans leurs cartables bien plus que leurs affaires d’écoliers. Ils transportent avec eux les joies, les peines et les soucis de la maison. Et cela les empêche parfois d’être aussi efficients qu’ils pourraient l’être à l’école. C’est là qu’intervient la rééducation. Ces aides sont nécessaires partout mais elles sont indispensables en ZEP. C’est pourquoi les parents et les enseignants des écoles Éluard, Saussaie et Cotton sont révoltés et ont décidé d’occuper l’école jusqu’à nouvel ordre car ils n’acceptent pas cette décision inique. Joëlle Auffret.

L’ enjeu de la lutte est de taille : ne laisser aucun enfant sur le bord de la route ! 5 Avril, 2011

Depuis l’annonce de la menace de suppression de mon poste de rééducatrice, mesure qui s’inscrit dans une volonté politique affirmée de supprimer totalement les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased), j’ai reçu de nombreux soutiens émouvants de parents, d’enseignants et d’enfants témoignant de l’importance du travail réalisé. Depuis quinze jours, tous les partenaires de l’école : les représentants de la municipalité, les représentants syndicaux, les parents, les enseignants tentent de faire entendre aux inspecteurs de circonscription, d’académie, au ministre, que cette mesure doit être abandonnée et pourtant, elle a été entérinée le 1er avril. Malheureusement, il ne s’agit pas d’une blague ! Cependant, nous avons décidé de continuer à nous battre car l’enjeu est de taille : ne laisser aucun enfant sur le bord de la route ! En effet, la collaboration entre le Rased, les enseignants et les familles a permis de remettre de nombreux enfants sur le chemin des apprentissages. À une époque où les difficultés rencontrées par les familles et par voie de conséquence par les enfants sont issues de situations multiples et complexes, les réponses à apporter ne sauraient être simplistes. Le ministère a présenté l’aide personnalisée comme LA solution miracle pouvant remplacer les aides spécialisées. Les enseignants sont unanimes : CELA NE MARCHE PAS ! En effet, rien ne pourra remplacer les réunions appelées « synthèses » qui se tiennent régulièrement entre les enseignants et les membres du Rased. C’est un temps précieux d’échange et de réflexion durant lequel nous essayons, tous ensemble, d’analyser les difficultés éprouvées par l’enfant. À l’issue de ces réunions, une solution d’aide est proposée. Parfois, simplement des idées non encore exploitées par l’enseignant émergent de la discussion et permettent de solutionner les difficultés au sein même de la classe, d’autre fois des aides spécialisées sont proposées aux familles. Ces aides donnent d’excellents résultats et c’est pourquoi, partout en France, les partenaires de l’école se battent pour sauver leurs Rased. Joëlle Auffret.

On nous contraint à n’intervenir que sur des situations d’urgence 6 Avril, 2011

Les suppressions des aides spécialisées sont d’autant plus intolérables que le bulletin officiel du 27 août 2009 rappelle leur nécessité : « Dès qu’un élève rencontre une difficulté dans ses apprentissages, les aides nécessaires doivent lui être apportées dans le cadre du service public de l’éducation (…) l’aide personnalisée peut se révéler insuffisante ou inadaptée pour certains élèves (…) les Rased viennent renforcer les équipes pédagogiques en apportant des compétences spécifiques permettant de mieux analyser ces situations particulières et de construire des réponses adaptées. » Eh bien, alors que toutes ces préconisations émanent du ministère, elles sont foulées aux pieds par ce même ministère ! En effet, partout en France les postes spécialisés sont fermés – lorsqu’ils ne le sont pas encore –, les inspecteurs de circonscription demandant aux enseignants spécialisés de se répartir sur un très grand, trop grand nombre d’écoles, rendant leur travail difficile, voire impossible et, en tout cas, beaucoup moins efficace pour les enfants. Bref, au lieu de nous permettre de travailler à prévenir l’apparition de graves difficultés, on nous contraint à n’intervenir que sur des situations d’urgence, ce qui, on le sait, donne de bien moins bons résultats ! Alors je m’interroge. Pourquoi nous interdire de faire un travail efficace dans des secteurs qui en ont particulièrement besoin ? Pour des raisons économiques, sans doute ! Mais, gouverner, n’est-ce pas prévoir ? Quel sera, demain, le coût économique et humain de jeunes adultes illettrés ou perpétrant des actes de violence ? À une époque où l’on parle beaucoup de lutte contre la délinquance, d’exclusion, je vous en conjure, Messieurs les décideurs, donnez aux enseignants, aux enseignants spécialisés, les moyens de travailler dans de bonnes conditions, regardez les études qui ont été faites dans les secteurs où cela a été un temps possible et vous verrez que cela est formidablement efficace ! Joëlle Auffret.

Quand l’enfant peut s’engager à la reconquête de son désir d’apprendre. 7 Avril, 2011

Les enseignants font appel aux maîtres spécialisés lorsqu’ils ont épuisé tous les moyens dont ils disposent et, ils ont souvent beaucoup d’imagination ! Mais, on le sait, tant qu’un enfant n’est pas engagé dans un processus d’apprentissage dynamique, quelles qu’en soient les raisons, aucune pédagogie ne fonctionnera ! De nombreux enfants sont dans ce cas. C’est là qu’intervient l’aide rééducative. Parfois quelques séances suffisent, d’autres fois il faudra plus de temps. Mais une chose est sûre, tous progressent ! Et le plus souvent dès le début de la prise en charge car, dès cet instant, l’enfant sent que sa difficulté est reconnue, que les adultes qui l’entourent se mobilisent ensemble pour l’aider et, cela, c’est déjà énorme ! Les premières séances (2 ou 3) se font individuellement. Là, nous prenons le temps « d’entendre », d’observer l’enfant dans sa globalité, ces premiers moments sont à chaque fois des rencontres intenses et émouvantes durant lesquelles les enfants font souvent preuve d’une grande lucidité face à leurs difficultés : « Quand je lis devant les autres, j’ai une boule dans la gorge et j’y arrive plus du tout. » Après ces premières séances, nous rencontrons les parents avec leur enfant, là encore c’est un moment essentiel car nous ne sommes pas à la même place que l’enseignant et les parents, souvent, trouvent là un espace de parole dans lequel ils peuvent dire leurs peurs, leurs incompréhensions parfois même leurs colères face à une école souvent bien différente de celle qu’ils ont connue. Parfois aussi se disent, dans cet espace protégé, des choses qui ne l’avaient jamais été jusqu’à présent : « Je voudrais que tu travailles bien à l’école pour avoir une meilleure vie que moi. » Et, dès cet instant, autorisé par ses parents, soutenu par son enseignant qui ne porte plus seul la difficulté de son élève, l’enfant peut alors s’engager, lors des séances de rééducation, à la reconquête de son désir d’apprendre. Joëlle Auffret.

Continuer à espérer construire un monde dans lequel chacun puisse avoir sa place. 8 Avril, 2011

Mardi soir, à l’école Paul-Éluard de Vitry-sur-Seine se tenait une réunion pour décider de la suite à donner à notre mouvement de protestation. Et, là, dans ce quartier que l’on appelle sensible, ces familles dont on dit « qu’elles ne s’occupent pas de leurs enfants » et bien, elles étaient là, en rangs serrés, nombreuses, d’horizons, de cultures et de confessions différentes pour réaffirmer leur attachement à une école de qualité. Au moment même où l’on parle de débat sur la laïcité, l’image était particulièrement saisissante ! Elle m’inspire une réflexion : Réaffirmer l’idée de la laïcité n’est-ce pas d’abord et avant tout garantir à chacun, quel que soit son milieu, sa confession, son origine et ses difficultés qu’il sera accueilli avec respect et considération dans une école qui mettra tout en ouvre pour lui permettre de donner le meilleur de lui-même ? Alors, au moment même où l’État tente de réaffirmer l’idée de la laïcité, est-il bien raisonnable que, dans le même temps, il mette à mal l’école laïque ? Partout en France, les familles, les enseignants se battent pour qu’elle reste cet espace de tous les possibles. Bien sûr, les enseignants sont formidables d’investissement et de conscience professionnelle. Mais, dans les quartiers où les gens sont particulièrement touchés par des difficultés de tous ordres, ces espaces de respiration privilégiés pour les enfants et leurs familles, que sont les Rased, sont indispensables. Mardi soir, les parents sont venus témoigner avec pudeur et retenue du nouvel élan qu’avaient pris leurs enfants en rééducation, « j’ai repris confiance en l’avenir de mon enfant », a dit une maman. C’est cet élan-là qui demain sera brisé. J’ai envie de pleurer ! Mes « larmes n’y pourront rien changer » mais, notre détermination sans faille peut-être. Alors pour continuer à espérer ensemble qu’il soit possible de construire aujourd’hui un monde dans lequel demain chacun puisse avoir sa place, venez nous rejoindre sur Facebook Parentsencolereecolepauleluardvitry. Joëlle Auffret.


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Tag(s) : #Education
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