Les postiers européens contre le dumping social
Comment s’organiser pour faire face à la libéralisation, et au dumping social qu’elle ne manquera pas d’entraîner ? À neuf mois de l’ouverture totale du secteur postal à la concurrence (prévue le 1er janvier 2011 dans seize des pays de l’Union), c’est pour avancer sur cette question que les députés européens de la Gauche unie européenne-Gauche verte nordique organisaient, jeudi, à Bruxelles, une audition des principaux syndicats de postiers européens.
« Si l’on en croit les rapports de la Commission, la libéralisation n’a que des effets positifs », a ironisé en introduction le député néerlandais Dennis de Jong, tandis que son collègue irlandais Joe Higgins dénonçait une ouverture à la concurrence menée pour des raisons « pas difficiles à trouver : le secteur postal en Europe représente un marché de 94 milliards d’euros par an, c’est une occasion pour les grandes entreprises d’en tirer des profits énormes ». Mais avec des conséquences sociales dramatiques sur les salariés du secteur, et sur la qualité et le prix du service rendu, comme l’ont détaillé les intervenants nationaux.
Une attaque sans précédent venue des intérêts privés
Pour Neil Anderson, leader du syndicat mondial des postiers, UNI Post & Logistics, l’objectif doit être d’arracher un moratoire sur la date du 1er janvier. « La directive garantit la prise en compte des conséquences sociales lors de l’ouverture à la concurrence mais, à neuf mois de la date butoir, rien n’est fait, la Commission ne s’intéresse pas à cette question. » Le syndicaliste s’inquiète aussi du fait que la directive laisse la possibilité aux pays, pour financer le « service universel », de mettre fin au tarif unique du timbre sur tout le territoire, autrement dit de faire payer plus les usagers vivant dans des zones reculées. Enfin, l’exemple des pays les plus avancés dans la libéralisation montre que le dumping social peut être sauvage : en Allemagne, les opérateurs privés ont réussi à stopper l’instauration d’un salaire minimum pour les facteurs, tandis qu’aux Pays-Bas, ils ont fait barrage à l’application d’une convention collective.
« Nous faisons face à une attaque sans précédent de la part des intérêts privés, il faut une riposte politique, pas seulement un moratoire ou un appel aux tribunaux ! » lance le représentant du syndicat grec Postelta, tandis que son homologue irlandais du CPSU craint que « la crise n’accélère les attaques » et en appelle à la grève. Pour la France, Anne-Marie Fourcade, administratrice CGT de La Poste, explique que la loi est passée mais que « la bataille continue », notamment chez les facteurs. Les syndicats se donnent rendez-vous le 14 avril prochain, à la manifestation européenne organisée par UNI Post à Bruxelles.
Fanny Doumayrou
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