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Total Dunkerque

Amertume des salariés de Total "les annonces, c'est zéro"

L’ouverture à la concurrence du gaz dope le nombre de projets de terminaux. Le bien-fondé de ces projets reste à démontrer.


A lire mardi dans l’Humanité, le récit de la journée.


Le terminal gazier que veut construire EDF à Dunkerque assurera la regazéification de 10 à 13 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié. « Soit 20 % de la consommation française », précise le groupe. Depuis quelques années, les projets de terminaux gaziers se multiplient en France sans que le bien-fondé de ces équipements ait fait l’objet d’étude ou de débat public. Ainsi la société néerlandaise 4Gaz, propriété du fonds de pension Carlyle, veut en construire un au Verdon, en Gironde ; Poweo, allié au groupe allemand Eon, veut implanter le sien au Havre ; et le pétrolier britannique Shell a choisi le site de Fos près de Marseille. Petit à petit, la filière GNL, bien qu’elle reste minoritaire dans les échanges gaziers, gagne des parts de marché par rapport au traditionnel approvisionnement par gazoduc. Les experts du Centre international d’information sur le gaz naturel (Cedigaz) et de l’Institut français du pétrole (IFP) estiment que sa part dans le commerce mondial pourrait atteindre « 38 % en 2020 contre 22 % actuellement ». Ce brusque intérêt de ces groupes pour le GNL tient plus à la mondialisation du marché du gaz qu’à un souci d’améliorer la sécurité d’approvisionnement. Posséder une flotte de méthaniers permet ainsi de vendre son gaz sur le marché au plus offrant. Enfin, sans la libéralisation du marché du gaz en Europe et en France, ces projets n’auraient jamais sans doute vu le jour. Les groupes qui les portent cherchent principalement à conforter leur position de concurrent de GDF-Suez en développant leurs propres capacités d’approvisionnement.


Pierre-Henri Lab

Les annonces de Total, c’est zéro" : Thierry Dufresne résume lundi le sentiment des centaines de salariés de Dunkerque et d’autres raffineries, venus manifester devant les tours de Total de La Défense (Hauts-de-Seine).

"Tout ce qu’ils proposent, c’est une plateforme technique avec environ 2OO emplois", ajoute ce syndicaliste CGT membre du comité central d’entreprise, qui se tenait dans la matinée.

Total a annoncé l’arrêt de l’activité raffinage à Dunkerque, un projet d’y installer un centre d’assistance technique et une école de formation, et une participation à la construction d’un terminal méthanier avec EDF.

Mais au pied des bureaux de Total à La Défense, l’amertume a envahi les salariés partis en cars de Dunkerque au petit matin, ainsi que leurs collègues venus d’autres sites.

"C’est très difficile depuis septembre (date d’arrêt provisoire de la raffinerie de Dunkerque, ndlr)", témoigne David Lenglet, 32 ans, père d’un petit garçon de cinq ans et en charge de la sécurité des installations.

"Tout ce qu’on veut, c’est bosser et on a encore des moyens de pression pour les faire plier", ajoute-t-il, alors que les salariés nordistes sont en grève depuis deux mois.

"L’école de formation, on nous a déjà dit ça le 1er février, mais on est pas des formateurs nous, on est des raffineurs", s’exclame Joël Bouret, 27 ans d’ancienneté au compteur de Total. "Et le centre technique, cela veut dire passer 70% de notre temps en déplacement, loin de nos familles, on ne veut pas de ça", poursuit-il.

Son collègue Vincent Wiesbecker est "très en colère". Quelques minutes plus tôt, les manifestants sont allés du siège de l’activité raffinage à une autre tour abritant le siège de l’ensemble du groupe, distant de quelques centaines de mètres.

Les salariés ont voulu entrer dans le hall et se sont fait refouler par les gaz lacrymogènes des gendarmes. Quelques vitres ont été brisées.

Vincent Wiesbecker a les yeux rouges et tire nerveusement sur sa cigarette : "on se fout de notre gueule depuis six mois, jusqu’ici on a rien cassé, on respecte notre entreprise, mais vu comme on nous traite, on va changer de ton".

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Tag(s) : #Economie
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