Tribunes & idées. Histoire
La guerre des Algériens pour leur indépendance
La Guerre d’indépendance des Algériens, 1954-1962, sous la direction de Raphaëlle Branche. Éditions Perrin, 2009, 10 euros.
Il faudra d’abord – mais à vrai dire, il faudrait toujours – bien lire le titre de cet ouvrage collectif.
Il s’agit bien de la guerre des Algériens, et non d’une nouvelle étude sur la guerre d’Algérie dans son ensemble, où le côté français est souvent le mieux étudié ; il s’agit également de
la guerre d’indépendance, et non de la guerre révolutionnaire, comme une certaine historiographie héroïsante l’a parfois imprudemment présentée. Raphaëlle Branche appartient à cette nouvelle
génération d’historien(ne)s qui n’a pas vécu les événements, ce qui n’est a priori ni un handicap ni un avantage, mais ce qui mène à poser les questions hors des enjeux de naguère. Elle a réuni
une quinzaine de contributions, généralement déjà publiées dans la revue Vingtième Siècle. Guerre des Algériens, donc guerre menée : diverses facettes sont explorées. La composition
sociale du mouvement national fait l’objet de contributions de Benjamin Stora (paysannerie) et de Guy Pervillé (intellectuels) ; les rivalités internes – sanglantes – de ce
mouvement sont évoquées dans un article majeur du regretté Charles-Robert Ageron ; l’attitude du grand écrivain Mouloud Feraoun est décrite par Sylvie Thénault… Trois contributions
évoquent le sort de la communauté algérienne en métropole durant la guerre. Nous retiendrons particulièrement celles de Neil MacMaster et Jim House, qui exposent de façon remarquable la
stratégie de la Fédération de France du FLN, notamment dans la genèse de la manifestation du 17 octobre 1961. Stratégie quelque peu isolationniste, qui fut d’ailleurs critiquée par la direction
du Front. On mesure, à la lecture de ces pages, combien le fossé était grand entre la plupart des dirigeants du FLN et les démocrates – dont les communistes – français. Il faut avoir
la lucidité de reconnaître que la responsabilité était au moins largement partagée. Mais aussi guerre subie : Raphaëlle Branche traite elle-même le cas, ô combien douloureux, des viols
durant la guerre, dénoncés pour ce qu’ils furent : une « méthode ordinaire de torture », ordinaire signifiant ici habituelle… Elle montre que, dans une guerre où tout le peuple
algérien fut considéré comme ennemi, les viols ne furent pas des accidents isolés mais le fruit pourri du régime colonial agonisant. Faut-il que le climat idéologique de la France de ce début
de XXIe siècle soit dégradé pour qu’il se trouve encore des partisans de la réhabilitation de cette guerre-là, de cette histoire-là…
Alain Ruscio,
historien
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)