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Idées - Tribune libre - Histoire - Article paru le 27 novembre 2009 dans l'Humanité


Tribune & idées

Des Français en Algérie indépendante

Algérie, les années pieds-rouges. Des rêves de l’indépendance au désenchantement (1962-1969), de Catherine Simon. Éditions La Découverte, 2009, 22 euros.

Ce livre-enquête tombe à point nommé. À travers l’itinéraire de ces Français ayant choisi de se battre aux côtés du peuple algérien pour son indépendance avant de participer à sa reconstruction, il retrace un pan important de l’histoire de l’Algérie – les années 1962-1969 – aujourd’hui occulté.

« Venus d’Europe le plus souvent, de France surtout, ceux qu’on appellera les “pieds-rouges” forment une nébuleuse inédite, sorte de pieds-noirs à l’envers, ramant à contre-courant de l’opinion française dominante de l’époque », écrit Catherine Simon. Ces hommes et ces femmes étaient « communistes, trotskistes, chrétiens, insoumis ou déserteurs », exerçant différents métiers – ingénieurs, ouvriers qualifiés, techniciens, enseignants, médecins. Engagés, ils l’ont été sans calcul. Ils furent derrière la création des premières usines de fabrication d’armes de l’ALN (Armée de libération nationale algérienne) au Maroc, avant de mettre leur savoir-faire au service de l’Algérie indépendante. En 1962, ceux qui sont entrés au pays dans les fourgons de l’ALN, et ceux qui y sont venus clandestinement durant la période de cessez-le-feu et des tueries de l’OAS, découvrent un pays exsangue. Le million de pieds-noirs partis, l’Algérie ne disposait que de 33 ingénieurs, 315 agents techniques, de peu d’enseignants, peu de médecins et pas du tout d’infirmières. Il n’y avait que 14 % d’enfants scolarisés  ; 85 % des Algériens étaient analphabètes. Qui plus est, l’OAS avait incendié la bibliothèque de l’université d’Alger (500 000 livres dont des manuscrits arabes inédits partis en fumée), détruit les quatre cinquièmes des classes, les équipements des hôpitaux et des cliniques. À quoi s’ajoutent, selon la Croix- Rouge, 2,5 millions d’enfants atteints de tuberculose et de rachitisme  ! L’Algérie de 1962 manquait absolument de tout.

Sans faire de bruit, ces « pieds-rouges » se sont investis. Avec passion. À Alger, Constantine, Oran et dans les coins les plus reculés du pays. Ils ont assuré la rentrée scolaire et universitaire de 1962-1963. Ils ont ouvert des classes, formé à tour de bras des éducateurs, des infirmiers et des infirmières, créé des instituts de formation de techniciens de la santé, assuré le fonctionnement des hôpitaux. Ils ont permis à la machine administrative de redémarrer, contribué à la relance du cinéma, aidé à la création de la cinémathèque algérienne, évitant à l’Algérie de sombrer. Et certains, comme George Chatain, le caricaturiste Siné, ont fait partie du premier noyau de journalistes de Révolution africaine, organe du FLN. Jacques Charby a travaillé à la radio algérienne, animant une émission (engagée) de variétés, Arnaud Spire était à Alger républicain avec Henri Alleg… D’autres, issus de l’extrême gauche, ont été conseillers de Ben Bella. Et puis, il y avait ces milliers d’anonymes qui ont essaimé l’Algérie profonde… Ils n’ont pas été récompensés comme il se doit. Après le coup d’État de 1965, « l’Algérie est alors pressée de se débarrasser des socialistes en peau de lapin », écrit la journaliste. L’aventure prend fin en 1969, année du premier festival panafricain. Désabusés, déçus, ces « pieds-rouges » l’ont été. Et à juste raison. Certains, comme Charby, Simon Blumenthal, Claude Vinci, Hélène Cuenat et tant d’autres, ont repris le combat quand l’Algérie faisait face au terrorisme islamiste. En 2003-2006, les mêmes étaient là quand le pouvoir algérien s’est attaqué aux journalistes et à la liberté d’expression.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Histoire
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