Ripostes. C’est un scandale !
Les enfants oubliés de l’Angleterre
Londres, correspondance particulière.
Les excuses arrivent bien tard pour 150000 enfants anglais, enlevés de chez eux entre 1929 et 1967, et déportés
aux quatre coins du monde, victimes de traitements inhumains et du racisme érigé en système. Les victimes, âgées de trois à quatorze ans à l’époque, ont été déplacées pour la plupart en
Australie. Ces envois massifs étaient destinés à peupler l’ancienne colonie avec « des gens de bonne souche britannique blanche » et fournissaient, en même temps, une main-d’œuvre bon
marché. Il valait mieux élever des petits Anglais de souche bien anglo-saxonne plutôt que d’être submergés par tous ces Asiatiques qui frappaient à la porte australe.
Ramassés dans des orphelinats en Angleterre ou arrachés à des parents pauvres qui espéraient leur accorder un plus bel avenir (ou voulaient parfois se débarrasser de bouches encombrantes à la maison), les enfants ont souvent ignoré d’où ils venaient. Ils ont été placés dans des institutions publiques ou religieuses, où ils ont été victimes d’abus physiques et sexuels. On les appréciait bien pour leur couleur, mais ils devaient servir sans se plaindre ceux qui les avaient si gentiment sauvés de la misère chez eux.
En prenant la parole au Parlement de Canberra et devant ces « Australiens oubliés » de l’histoire, ils sont au total un demi-million, le premier ministre australien, Kevin Rudd, a présenté les excuses de la nation à sept mille survivants de ce programme honteux. Et il a pleuré en parlant de « la tragédie des enfances perdues » et en regrettant « la souffrance physique, la famine émotionnelle et l’absence froide d’amour, de tendresse et de soins ». Le premier ministre britannique, Gordon Brown, projette de suivre le bon exemple de son homologue prochainement.
Il y a huit ans, l’église catholique en Australie s’était confondue en excuses pour les violences, y compris des viols, les coups de fouet et l’esclavage que les enfants anglais avaient enduré pendant des années dans ses propres institutions et ses fermes.
D’autres enfants anglais ont été déportés au Canada et en Afrique du Sud, faisant partie à l’époque de l’Empire britannique ou du Commonwealth. On n’oublie pas non plus que l’Australie a été utilisée, au XVIIIe et au XIXe siècle, par l’Angleterre comme déversoir humain : des dizaines de milliers de prisonniers ont été déportés dans cette colonie des Antipodes pour y purger leurs peines. C’était souvent une punition réservée à ceux qui se rebellaient contre l’ordre établi ou avaient volé parce qu’ils avaient faim.
Parmi les déportés en Australie, les « Martyrs de Tolpuddle », les premiers syndicalistes anglais. Ils ont été châtiés pour s’être organisés dans les années 1830…
Peter Avis
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