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Vers la création de ghettos pédagogiques

 

Article paru dans la Marseillaise du mardi 8 juin 2010


« Les suppressions de postes ne peuvent se faire sans dégradation notable des conditions d'accueil des élèves » note la FCPE, principale fédération de parents d’élèves. Photo L.Saccomano
« Les suppressions de postes ne peuvent se faire sans dégradation notable des conditions d'accueil des élèves » note la FCPE, principale fédération de parents d’élèves. Photo L.Saccomano

Plus d’élèves en classe et moins de professeurs sur la feuille de route d’un gouvernement qui veut en finir avec le service public d’éducation.


Depuis qu’elle est enseignante, c’est la première fois que Viviane Sylvaint, directrice de l’école maternelle des Flamants à Marseille entend un ministre de l’Education annoncer sa volonté d’alourdir les effectifs en classe. Un sale coup pour cette ardente défenseur de la scolarisation des enfants de moins de trois ans. Car tout comme les effectifs, l’accueil des tout-petits est aujourd’hui menacé par les recommandations de Luc Chatel, décidément pressé d’appliquer le dogme du non-remplacement des départs à la retraite d’un professeur sur deux.


La scolarisation des enfants de deux ans est passée de 27 à 18%.


Encore sous le choc, Viviane Salvaint n’en finit pas de défendre tout l’intérêt qu’il y a à scolariser, dans des quartiers dit « sensibles », les enfants dès leur plus jeune âge. « Tout montre (langage, entrée dans l’écrit) que l’arrivée au CP se passe dans de meilleures conditions ». Pourtant, en l’espace de quelques années, la scolarisation des enfants de deux ans est passée de 27 à 18%. « De plus en plus, les inspecteurs académiques ne comptabilisent même plus cette tranche d’âge dans les effectifs ». Dans son école de 9 classes, Viviane Salvaint scolarise une quarantaine d’élèves de moins de 3 ans. L’arrivée d’un ou deux élèves supplémentaires dans des classes de ZEP ne dépassant généralement pas 27 élèves produirait une mini révolution, obligeant à reconsidérer le travail de groupe. « Le bruit, l’espace classe, tout cela devrait changer de dimension », note l’enseignante. « Nous sommes dans une solution de marchandisation complète ». Car vu sous l’angle gouvernemental, la question des effectifs est
pensée de manière globale. « On regroupe les classes, on globalise les effectifs, on est en train de racler les fonds de tiroir » accuse Christophe Doré, secrétaire académique du Snuipp-FSU, qui ne se sort plus de l’esprit ce dessin de presse, où l’on voit le ministre de l’Education
Luc Chatel munit d’un couteau de boucher préparer « la saignée des enseignants ».


50 000 nouveaux élèves dans les collèges en 2011 suite au baby boom des années 2000


Même la PEEP plutôt rangée du côté du gouvernement invite à la vigilance. Tout en nuances, la fédération de parents d’élèves pense cependant qu’augmenter la classe d’un ou deux effectifs n'aura aucune incidence sur le bon fonctionnement « d'une classe homogène, dans un quartier sans problème. » Mais elle reconnaît que cela peut être catastrophique ailleurs. La PEEP qui soutient l'autonomie des établissements, accordera une confiance aveugle aux principaux, qui seuls selon elle, « pourront décider si oui ou non, ils peuvent appliquer la mesure de rajouter un élève supplémentaire ».
La FCPE est, quant à elle, beaucoup plus tranchée sur le sujet. « La règle idéologique des suppressions de postes va notamment obliger le ministre de l'Education nationale à avouer ce que son prédécesseur n'avait jamais reconnu : les suppressions de postes ne peuvent se faire sans dégradation notable des conditions d'accueil des élèves. » Dans le premier degré, contrairement aux engagements pris jusqu'à présent par le ministre, la suppression pure et simple des RASED est de nouveau à l'étude. Dans les collèges à partir de septembre 2011, chaque année, ce sont 50.000 élèves supplémentaires qui frapperont à la porte des établissements, du fait du « baby-boom » des années 2000. Pas vraiment à la fête, parents d’élèves et enseignants s’interrogent sur l’avenir du système éducatif français. « Au moment où on nous demande une individualisation de la relation avec les élèves, on surcharge les classes », affirme Laurent Tramoni du SNES, qui a découvert sans surprise le contenu de la note ministérielle. « Il faut supprimer des postes coûte que coûte » rajoute t-il.


La destruction totale de notre système éducatif


Le sujet de la surpopulation scolaire pourrait presque paraître insignifiant, pour cette professeur d’histoire-Géo du collège Izzo à Marseille, tant le danger est ailleurs. « Le label ambition réussite va disparaître pour laisser place à l’expérimentation CLAIR qui vise une réelle autonomie des établissements, » indique Emelyne Balacheff. Les chefs d’établissements pourront recruter eux même leurs enseignants et appliquer ce que l’on appelle dans le jargon de l’éducation nationale, le socle commun des connaissances.
Une sorte de service minimum. Dans ce que le professeur nomme « la création de ghettos pédagogiques ». Toutes ces mesures mises bout à bout commencent à sérieusement agacer et à plomber le moral des enseignants. « On nous annonce une nouvelle mesure toutes les deux semaines » déplore Emelyne Balacheff. « Mais toutes vont vers la destruction totale de notre système éducatif ».

Reportage
Catherine Walgenwitz
Photo : archives Laurent Saccomano


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Tag(s) : #Education
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