Article paru le 9 juin 2010 dans l'Humanité
Les fonctionnaires menacés d’une baisse des salaires
Si ça n’est pas une déclaration de guerre, cela y ressemble fort. Après avoir promis un recul de l’âge légal de la retraite et/ou un nouvel allongement de la durée de cotisation, après avoir fermé la porte à la mise en place d’un système de départ anticipé qui rendrait justice aux salariés astreints à des travaux pénibles, le gouvernement a laissé filtré hier les modalités de sa réforme des retraites pour les fonctionnaires. Citant des sources officielles, l’Agence France Presse indique qu’une hausse de la cotisation retraite des agents de la fonction publique est envisagée en haut lieu.
« réforme au goutte-à-goutte »
Cette hausse, ajoute-t-on de même source, rapporterait 3 milliards d’euros. Sachant qu’un point de cotisation supplémentaire pour les fonctionnaires rapporte environ 800 millions d’euros, le gouvernement se prépare donc à relever d’un peu plus de trois points le taux de cotisation, actuellement de 7,85 %. Cette mesure est justifiée par le principe de « l’équité », nous dit-on, en faisant valoir que, pour les salariés du privé, le taux de cotisation s’élève à 10,55 %. La communication officielle « oubliant » toutefois de préciser que ce taux représente le cumul de la cotisation pour le régime général et de celle pour les régimes complémentaires obligatoires (Arrco, Agirc), dont ne bénéficient pas les fonctionnaires. Cette annonce a soulevé un tollé du côté des organisations syndicales. Elles y voient d’abord la confirmation que, en dépit des moulinets verbaux sur le thème de la « concertation », le ministre du Travail, Éric Woerth, n’entend pas soumettre son projet à la négociation. Jusqu’à il y a quelques jours, confie un syndicaliste, le cabinet de Woerth affirmait la main sur le cœur que « rien n’était tranché, aucun arbitrage rendu, tout encore objet de négociation ». « J’en ai assez de cette réforme au goutte-à-goutte », s’énervait hier le « M. retraite » de la CFDT, Jean-Louis Malys. C’est insupportable, et c’est vraiment manquer de respect par rapport au débat qu’on doit avoir. » La nouvelle d’hier montre en effet que l’équipe Sarkozy-Fillon a fait le choix de distiller progressivement le venin de sa réforme, tout en l’accompagnant d’une intense campagne de propagande, dans l’espoir de désamorcer, ou, à tout le moins, de limiter la contestation.
Pas de mesure compensatoire
Mais c’est avant tout l’attaque, sans précédent, contre le pouvoir d’achat que les syndicats dénoncent. Augmenter de trois points la cotisation retraite des 5,2 millions de fonctionnaires revient à diminuer d’autant leur salaire net. Et rien ne laisse entrevoir une mesure compensatoire.Au contraire : le premier ministre ayant décrété dernièrement le « gel » des dépenses publiques, il y a tout lieu de redouter qu’il impose l’austérité aux agents de la fonction publique. Des négociations salariales doivent démarrer le 25 juin, et déjà, le secrétaire d’État chargé de la Fonction publique, Georges Tron, n’a pas écarté un « gel » des rémunérations.
Pour les fonctionnaires, une hausse de trois points de la cotisation retraite viendrait s’ajouter à l’application de la règle d’un départ en retraite sur deux non remplacé, source d’une dégradation des conditions de travail et du service aux usagers. Elle se cumulerait aussi avec le recul de l’âge légal de départ et l’augmentation de la durée de cotisation, envisagés pour tous les salariés, du privé comme du public, ainsi que la remise en cause d’une série d’avantages spécifiques, en matière de retraite, dont bénéficie la fonction publique (lire notre encadré). La goutte d’eau qui fera déborder le vase ?
Yves Housson
LE CHIFFRE :
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C’est, en milliards d’euros, le montant de la ponction que représenterait la hausse de cotisation des fonctionnaires envisagée par le gouvernement
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