L’eau un bien rare et cher qui suscitent les convoitises… MIGUE MARIOTTI
Environnement. La secrétaire d’Etat à l’Ecologie,
Chantal Jouanno, lance ce jeudi 3 matin au Pharo les travaux préparatoires. Et déjà, les écologistes dénoncent la mainmise des industriels.
Une secrétaire d’Etat, pas moins, pour
donner le coup d’envoi de la préparation du 6e forum mondial de l’eau qui se tiendra à Marseille en 2012. Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, lance les
travaux de réflexion ce matin au Palais du Pharo. Plus de 400 délégués et responsables d’organisations de l’eau s’y retrouvent durant deux jours pour « fournir une
feuille de route pour les deux prochaines années ».
De cette série de priorités se dégagent d’ores et déjà des orientations précises comme « donner l’accès à l’eau potable et aux installations sanitaires à des milliards
de personnes qui en sont privées », « gérer la sécurité de l’eau à travers les frontières » ou « l’eau, la santé, l’alimentation et l’énergie ». Le tout pour que le
forum se concentre dès son ouverture sur la « recherche de solutions aux problèmes de l’eau dans le monde ».
Louable, l’intention des chefs d’Etat, professionnels, scientifiques ou institutionnels qui se retrouveront à Marseille d’ici deux ans reste pourtant circonscrite par le
contexte économique et politique dans lequel elle s’inscrit. Car l’eau se fait rare et chère dans une logique de marchandisation de ce bien vital, sans oublier les
nécessaires investissements en matière d’infrastructures pour les pays qui ne sont pas équipés d’un réseau d’eau potable.
Priorité aux investissements privés
Dès la tenue du 3e forum de l’eau à Kyoto en 2003, le marché était estimé à 180 milliards de dollars par an pour fournir de l’eau à tous d’ici 2025, selon le rapport
Camdessus. Dans la foulée, le forum d’Istanbul en 2009 a rappelé « l’importance des partenariats publics privés pour la réalisation des projets hydrauliques ». De quoi
aiguiser les appétits des leaders mondiaux de la filière, quasi exclusivement français comme Véolia, Suez ou Bouygues.
La Ville a d’ores et déjà fait valoir le savoir-faire de la Société des eaux de Marseille (SEM), détenue à 100% par Véolia depuis mars 2010 (lire ci-dessous). Que son
président Loïc Fauchon soit également celui du Conseil mondial de l’eau n’a d’ailleurs pas échappé aux élus locaux d’Europe Ecologie qui s’interrogent sur les finalités
du forum et appellent, « avec de nombreuses associations, à la mise en place d’une organisation mondiale de l’eau indépendante des lobbies ».
Reste que ces derniers sont puissants. Le chef de l’Etat lui-même est monté au créneau, rappelant, hier à l’Elysée, « les ambitions internationales de la France dans le
domaine de l’eau » devant les ministres, les dirigeants du Conseil mondial de l’eau et le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin. A noter également qu’avant d’arriver au
Pharo, la secrétaire d’Etat fait un détour par le siège de la SEM, histoire de ne pas rater la visite d’un centre de services clients primé pour sa
performance…
MIREILLE ROUBAUD
A défaut d’une régie, une baisse du prix au
mètre cube
2012, la fin de 50 ans d’un
règne sans partage ? C’est le 31 décembre de cette année-là qu’arrive à échéance le contrat de délégation de service public (DSP) pour l’assainissement qui lie la
communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM) à la Société des eaux de Marseille (SEM). Un an plus tard, le 31 décembre 2013, c’est au tour de celui de l’eau.
Pour la SEM qui détient le marché depuis 1962, l’enjeu est d’autant plus important que le contrat qui pèse 250 millions d’euros représente 55% de son chiffre d’affaires.
Pour les usagers, c’est l’occasion de faire baisser les prix, dans une ville épinglée en 2007 par l’association Que Choisir dans son étude sur le prix de l’eau. A
Marseille, le taux de marge était alors de 56%, bien au-delà du coût réel de l’acheminement et du traitement de l’eau.
D’aucuns évoquent les bienfaits du retour en régie, avec un prix de 20 à 30% inférieur à une gestion privée. « Une alternative crédible à la DSP » considèrent les Verts.
Mais le président de MPM, ne semble pas pour le moment sur la même longueur d’onde. Lors d’une visite au siège technique de la SEM à la Capelette le 15 avril dernier,
Eugène Caselli (PS) a bien annoncé une baisse du prix au mètre cube dans la zone marseillaise qui pourrait être effective à la fin de l’année, mais a aussi clairement
écarté la possibilité d’une régie. « Ce n’est pas l’option que je privilégie », a-t-il estimé, selon lui, « trop complexe à mettre en œuvre sur les transferts de
savoir-faire ». Jusqu’à présent, selon le principe de l’affermage, MPM assure les investissements tandis que la SEM supporte les coûts d’exploitation et
d’entretien.
M.R.
|