Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Article paru le 26 septembre 2009


l’Humanité des débats. Migrations

L’importance des flux migratoires doit être relativisée !


Par Jean-Christophe Dumont, économiste à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).


Les migrations internationales suscitent des attentes considérables tant de la part des migrants que de celle des pays d’origine. Pour autant, l’importance des flux migratoires doit être relativisée et la nature des liens avec le développement est plus complexe et plus ambiguë qu’il peut paraître de prime abord. Une meilleure compréhension des enjeux est toutefois nécessaire pour formuler des politiques à même de renforcer les effets bénéfiques attendus de la migration pour les pays en développement.

Bien qu’en augmentation, les migrations internationales restent faibles, avec environ 3,5 millions d’entrées dites permanentes et 2,5 millions de migrants temporaires, en 2007, dans la zone OCDE. Les migrations permanentes représentent en fait seulement 0,4 % de la population totale de l’OCDE (0,26 % en France, soit 169 000 entrées). Au total, environ la moitié des immigrants installés dans les pays de l’OCDE sont originaires de pays non membres ; ils représentent 1,1 % de la population de leurs pays d’origine.

De manière générale, ce ne sont pas les personnes les plus démunies ni celles originaires des pays les plus pauvres qui migrent, et cela en raison des obstacles à la migration (sélectivité des politiques migratoires et des besoins, coûts de la migration, a fortiori si elle passe par des filières clandestines, difficultés d’accès à l’information, barrières linguistiques…). Dès lors, si les migrations internationales peuvent contribuer à réduire les inégalités entre pays, il est moins sûr qu’elles aient un effet significatif sur les inégalités et la pauvreté dans les pays d’origine.

Les transferts de fonds vers les pays en développement ont plus que triplé au cours de la dernière décennie, pour atteindre 328 milliards de dollars en 2008. S’ils sont essentiels pour les familles qui les reçoivent, en permettant d’améliorer leurs conditions de vie et de logement, leur impact macroéconomique fait débat. Les transferts restent de l’argent privé qui n’a pas nécessairement vocation à être orienté vers des investissements productifs, même s’ils contribuent souvent aux dépenses d’éducation et de santé. Cela dit, il importe d’oeuvrer pour faire baisser significativement les coûts des transferts de fonds et pour développer les opportunités d’investissement. Par ailleurs, le fait que les transferts dépassent maintenant les flux d’aide au développement ne doit pas laisser penser qu’ils pourraient se substituer aux efforts attendus de la communauté internationale en faveur du développement des pays les moins avancés.

L’immigration vers les pays de l’OCDE est de plus en plus qualifiée, en particulier en raison de la nature des besoins de main-d’oeuvre dans les pays d’accueil et de l’augmentation du niveau d’instruction dans les pays d’origine. La perte de capital humain qui en résulte peut être dommageable, notamment s’il s’agit de professionnels de l’éducation ou de la santé. Les migrations internationales apparaissent alors comme un facteur aggravant d’une pénurie, souvent déjà aiguë. Nombreuses sont les personnes qui quittent leur pays d’origine simplement en quête d’une vie meilleure et/ou pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Nul ne songe à les blâmer. Il ne s’agit pas pour autant de mettre en place de nouvelles barrières à la mobilité mais plutôt de concentrer les efforts sur les systèmes éducatifs et sur l’amélioration de la situation économique, politique et sociale dans les pays d’origine. Les pays développés ont également un rôle à jouer en renforçant les formations dans les domaines où il y a des pénuries récurrentes ou structurelles, comme cela a pu être le cas ces dernières années dans la santé. Enfin, il importe de mieux répartir le coût de formation entre les pays d’accueil et d’origine, de renforcer la capacité d’accueil des étudiants étrangers et de favoriser la mobilité en tant que telle.

Même si les migrations peuvent contribuer à donner un visage plus humain à la globalisation, elles restent marginales par rapport au commerce et aux flux de capitaux. Doubler les flux migratoires vers les pays de l’OCDE ne modifierait pas fondamentalement ce constat. Les migrations ne suffiront pas à relever les défis du développement, mais avec des politiques plus appropriées dans les pays d’origine et d’accueil, elles peuvent y apporter leur contribution.

Informations sur www.oecd.org/els/migrations

Publicité
Tag(s) : #GEOGRAPHIE
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :